22 juin 2007
John Locke (1632-1704)
Figurez-vous que (le vrai) John Locke fut un philosophe
anglais du siècle des Lumières !
Il était adepte de la philosophie empiriste qui, en
opposition avec l’innéisme des rationalistes, plaçait l’expérience au commencement de toute chose.
Au sujet de cet « affrontement » entre empiristes
et rationalistes, l’on apprendra après la mort de Locke que les empiristes
avaient finalement "raison", grâce au problème de Molyneux :
en 1730, lorsqu’un aveugle de naissance fut opéré avec succès, il ne pu
distinguer par la seule vue le cube de la sphère, infirmant ainsi ce que
pensaient les rationalistes (persuadés que les divers sens étaient connectés
les uns aux autres).
John Locke distinguait deux sortes d’idées : les
simples et les complexes. Je n’entrerais pas ici dans un long discours selon
moi parfaitement abstrait, mais prendrais plutôt un exemple qui permettra de
rapidement saisir le concept de Locke : il distinguait l’homicide (tuer un
homme), le meurtre (tuer volontairement un homme), et l’assassinat (tuer
volontairement et avec préméditation un homme)… Cette distinction ne
serait pas sans nous rappeler curieusement notre système judiciaire actuel.
Plus concrètement et dans un sens politique, Locke sera à
l’origine d’un concept de distinction des pouvoirs et, de par ses idées - à
l’époque peu communes (seul Spinoza avant lui avait soutenu la démocratie),
inspira de nombreux noms comme celui de Montesquieu ou de Rousseau, ainsi que
la Déclaration des droits américains.
Les idées de John Locke ont fait de lui le père du
libéralisme, notamment celui du modèle anglo-saxon : selon lui, la vie, la
liberté et la propriété sont des droits naturels que l’Etat doit garantir en
sanctionnant les violations ; il considèrera la tolérance religieuse et la
propriété - qu’il justifiera par le travail, et estimera que l’individu doit
renoncer à l’idée de se faire justice lui-même puisque le bien commun doit être
assuré par les lois de l’Etat.
De plus, en soutenant que lorsque les droits naturels (devant
être garantis par le souverain) sont transgressés, le peuple a le droit de se
révolter ; il inspirera la révolution de 1688 et les bases de la
démocratie anglaise.
Voici – à mon sens, un sacré grand nom de la philosophie
dont on ne nous parle guère (malheureusement) au lycée, certainement parce que
non Français…
Mais alors, quel est le lien me demanderez-vous avec le John
Locke de la série « Lost » qui apparaît en photo en haut de cette
chronique ? Eh bien, je dois dire que je ne vois pas grand-chose, peut-être
en apprendrons-nous plus en regardant la troisième saison ?
En attendant, je laisse aux spécialistes et aux décrypteurs (notamment
ceux qui ont lu « Le guide officiel ») de cette série le soin d’éventuellement
nous expliquer ce qu’ils ont pu comprendre ;-)
Toujours est-il que j’ai trouvé la ressemblance des idées de
ce philosophe avec notre société actuelle plutôt intéressante, surtout lorsque
l’on regarde que ces idées sont apparues au XVIIIe siècle…
Commentaires
J'ai du mal à être d'accord avec john Locke sur ce qu'il pense de "l'inné" qu'il rejette carrément au profit des idées acquises par l'expérience .
je n'avais jamais pensé à faire un quelconque rapprochement avec le personnage de LOST et je me demande pourquoi il y aurait une "connection" , une simple homonynie !
Locke démocrate?
Moi aussi je laisse l'inné à Sarkozy pour m'intéresser à des choses plus pertinantes.
Dis tu que John Locke est démocrate? Il me semble qu'il faut le mettre dans son contexte, celle de la Glorieuse révolution de 1688 et de la guerre civile qui a divisé l'Angleterre dans la second emoitié du siècle, essentiellement sur la question de l'absolutisme. Locke ne tourne son argumentation institutionel que pour légitimiter et défendre ce que d'autres de ses contemporain appelaient les "libertés saxonnes", c'est à dire le vieux Parlement anglais garantissant les privilèges de la nation politique anglaise (noblesse, clergé, villes et freemen). Il ne s'agit pas d'élargir le cercle de la souveraineté au-delà de cela puisque dans la pensée de Locke, comme dans celle de ses opposant, plus la souveraineté est large, plus elle favorise l'essor d'un pouvoir central fort, c'est à dire l'absolutisme auquel il s'oppose.
La lecture que les Français font de Locke, et plus généralement de la Glorieuse Révolution pendant la Révolution française est bien fallacieuse.
>> Chardra : Personnellement, j’estime qu’il y a une part de vérité dans chaque théorie, l’empirisme et la rationalisme n’échappent pas à la règle ; mais je ne pense pas qu’il existe énormément de moyens innés dès notre naissance : les capacités de réfléchir et d’agir (propres à chaque individu) se développent selon moi avec l’expérience - en tout cas en grande partie.
Le lien possible avec la série Lost n’était qu’un petit clin d’œil, je me demandais simplement si cette homonymie était choisie et voulue et, dans ce cas, pour quelles raisons.
>> Papageno : Mes connaissances dans ce domaine ne sont hélas pas suffisamment développées pour pouvoir débattre avec toi.
Toujours est-il que si la lecture des textes de Locke - même fallacieuse, a pu donner des idées aux Français durant la Révolution et a abouti à notre démocratie actuelle, tu m’en vois sincèrement ravi ;-) !
Je ne suis pas convaincu que Locke soit aux origines de la Révolution Française, mais ce qui est certain c'est qu'il a été utilisé par elle. Mais était il utilisé dans le bon sens...
Ce qui est amusant c'est la différence entre le "libéralisme" affiché de John Locke, au sens philosophique du terme, et les pamphlets incitant au meurtre des catholiques qu'il a publiés dans cette Grande-Bretagne qu'on dit si tolérante. Belle idée du libéralisme en effet.
Sur el fond, je trouve ses idées très intéressantes toutefois. Mais je préfère nettement Hobbes.
locke, rousseau... dites moi! "lost" regorge de philosophes!
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