Le grand salon de discussion

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20 juillet 2007

Au nom de la culture, merci Jack Lang !

Il est beaucoup plus fréquent de trouver sur ce blog des critiques que des éloges, pourtant, lorsqu’une bonne chose est (ou a été) faite, j’estime qu’il est tout autant légitime qu’elle soit mise en avant.

En 1981 (il y aurait presque prescription, si la personne qui en est à l’origine ne faisait pas encore régulièrement la une des médias), M. Lang fait promulguer une loi qui ferait se dresser sur la tête les cheveux de n’importe quel libéral qui se respecte à l’heure actuelle (elle déroge au principe de libre fixation des prix). Pourtant, plus de vingt-cinq ans après son entrée en vigueur, elle n’a toujours pas été remise en question (en tout cas pas au point d’être supprimée, bien que modifiée – et consolidée, par diverses lois antérieures)… Pourquoi ? Tout simplement parce que l’objet visé par cette loi ne doit pas être considéré « comme un produit marchand banalisé, ne répondant qu’aux seules exigences de rentabilité immédiate », à savoir le livre.

Ce soir à minuit sortira officiellement (Le Parisien prétend connaître et révéler la fin dès aujourd’hui) le septième et dernier tome de Harry Potter. Avec près de 12 millions de pré-commandes rien qu’aux Etats-Unis, les libraires doivent d’ores et déjà se frotter les mains. Pourtant, la grogne monte chez certains libraires américains, anglais et suédois : ils ne vont pas gagner d’argent…

En effet, la notoriété du personnage principal – accentuée par la sortie des films, a fait que les grandes surfaces se sont mises à utiliser chaque sortie de livre estampillé Harry Potter comme produit d'appel en tête de gondole. Rien d’alarmant en apparence, c’est la loi du commerce. Sauf que le numéro un mondial de la distribution, l'américain Wal-Mart et sa filiale britannique de supermarchés Asda proposent le dernier tome d'Harry Potter jusqu'à - 55 % de son prix initial ! Ceci bien entendu afin d’attirer les clients et se rattraper sur les autres produits vendus en magasin, chose que ne peut pas faire un libraire…

Ainsi, grâce à la loi de Jack Lang, les libraires français seront épargnés par cette concurrence déloyale : le prix du livre fixé par l’éditeur doit être respecté par tous les détaillants qui ne peuvent faire bénéficier que d’un rabais de 5% au maximum sur le prix public…

Bien que contestée par certains juste après sa promulgation, cette loi a permis d’harmoniser le prix du livre sur tout le territoire (rendant ainsi la culture accessible à tous au même prix), de défendre les petits libraires indépendants (bien que ça ne les sauvera certainement pas de l’émergence de plus en plus grande de grandes surfaces et de librairies « virtuelles ») et évite la raréfaction du nombre d’ouvrages qui sortent (notamment les œuvres de création originale) au profit de titre à grande rotation…

S’il s’agissait de n’importe quel autre produit, j’aurais compris que l’on râle de la non-liberté de commerce, mais s’agissant de la culture, je dis bravo ! La conformité de la loi avec le traité de Rome a d’ailleurs été reconnue par un arrêt de la Cour de justice des Communautés européennes…

Posté par Bastogi à 14:02 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Une culture trop cher

Je suis d’accord que cette loi permet d’harmoniser les prix des livres et de mettre sur le même pied d’égalité l’accession à la culture, mais à quel prix ? En effet, la culture reste un loisir très onéreux qui selon moi n’est pas donné à tout le monde. Je pense que cette loi est utile uniquement pour sauver les quelques libraires qui subsistent en France (pour ma part, je n’ai jamais mis les pieds dans une librairie, je ne vois donc pas l’utilité de cette loi).

Posté par Beha, 23 juillet 2007 à 09:21

Re : Culture trop chère

>> Beha : Il est vrai que cette loi n’a pas que des bons côtés. Par exemple, fixer le prix d’un livre permet de ne pas le faire dépasser, cela empêche également de le baisser… Le choix n’est pas évident, mais je pense tout de même que l’application du prix unique est plus utile car s’il interdit de vendre un livre (qui s’est mal vendu par exemple) à moitié prix, il évite surtout de vendre les best-sellers moins cher (comme produits d’attrait commercial) aux dépens de livres plus « originaux ». En mettant tous les livres sur un pied d’égalité, M. Lang a non seulement protégé les librairies (comme l’exemple des pays étranger que j’ai donné le prouve), mais aussi les « petits » auteurs.
Je suis d’accord avec toi que les livres (notamment lorsqu’ils viennent de paraître) sont relativement chers, cela en devient presque un luxe. Mais n’exagérons rien : il existe des formats de poche accessibles à beaucoup ; de plus, on peut trouver des bibliothèques municipales (entre autres) où l’on peut emprunter gratuitement des livres grâce à une simple inscription. Bon, c’est sûr, ce ne sont pas les dernières parutions des auteurs à la mode, mais cela relèverait à ce moment-là plus du loisir que de la véritable culture…

Posté par Bastogi, 23 juillet 2007 à 14:33

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