31 août 2007
L’anti-traité d’athéologie – Matthieu Baumier (Presses de la Renaissance)
Alors que je m’étais lancé avec enthousiasme dans la lecture
du traité d’athéologie et en avait été quelque peu déçu, je me suis lancé au
contraire avec beaucoup d’appréhension dans la lecture de cet anti-traité, et
en a été au contraire agréablement surpris : le style d’écriture est assez
simple et direct, et les références bibliques sont plutôt rares…
Cependant, un petit reproche me vient dès le début du livre
à l’esprit : M. Baumier ne traitera que du christianisme (alors qu’à la
lecture du traité, il ne m’a pas semblé qu’il soit le principal visé, en tout
cas pas plus que les deux autres monothéismes), laissant le soin à d’autres de
faire un anti-traité qui concernerait le judaïsme et l’islam. Il est vrai que
l’auteur se justifie en précisant qu’à l’inverse du philosophe concerné, il ne
traitera – lui, que d’un sujet qu’il connaît (à savoir le christianisme
catholique) ; mais on peut tout de même rester un peu sur notre faim.
A noter également qu’il est amusant de voir un athée se
faire accuser de « pécher »…
Matthieu Baumier, après une magnifique « ouverture
de la dispute » qui nous met bien en bouche par sa sincérité et son
apparente objectivité, contredit Michel Onfray sur des sujets aussi divers et
variés que les femmes, la Genèse, la (prétendue obsession de la) mort, le
conflit entre religion et science, le Christ, Paul, les massacres et le nazisme
dans lesquels je ne rentrerai pas trop dans les détails pour cause (encore une
fois) de lisibilité de la présente chronique.
Je retiendrai de cet ouvrage principalement l’aisance avec
laquelle l’auteur avoue (souvent afin de mieux pouvoir le contredire un peu
plus loin) les ponts sur lesquels il est en accord avec M. Onfray, ou plutôt
ceux sur lesquels personne ne « réfute ce que Michel Onfray
affirme », à savoir (entre autres) que les « textes [religieux] sont
écrits par des mains humaines et compilés au cours du temps » ;
que le récit d’Adam et Eve n’est rien d’autre qu’un mythe ; que tendre
l’autre joue est une parabole ; qu’il y a eu des « courants
puritains ou fanatiques du christianisme, courants tout de même largement
minoritaires à l’échelle de l’histoire et de l’espace » ; qu’il
existe une « pluralité de sens » à la Bible (dans lequel le
philosophe n’en regard qu’un), ainsi l’auteur reconnaît-il que « la
Genèse [qui] montre que Dieu réserve aux hommes de devenir imbéciles et
mortels » est une interprétation possible ; que l’idée que des
Dieux aient été créés afin de conjurer l’angoisse est certainement assez
juste (mais qu’« il est même peu probable que, sans la mort, on eut
pu philosopher » - Schopenhauer) ; que « la résurrection n’a pas à
être démontrée comme vraie sur un plan historique : elle est affaire de
foi, bien sûr » ; que la Bible est un livre dans lequel « des
éléments de contradiction s’entrechoquent » ; qu’il est hors de
doute « que science et religion aient été en conflit, parfois violent » ;
que « le croyant sait pertinemment que le Christ est aussi une
construction de l’histoire » ; que Paul excellant dans le meurtre,
les passages à tabac et les razzias « n’est certainement pas
entièrement faux » pour une part de sa vie ; qu’il y a bien eu un
antisémitisme historique au sein du christianisme, etc.
Cependant, l’objet du livre restant tout de même de
contredire le philosophe (décelant « une prétention à ce plus
d’intelligence et un indéniable mépris pour nos ancêtres »), M.
Baumier n’hésite pas à s’en donner à cœur joie contre les approximations
(parfois grotesques et révoltantes comme celle sur la – prétendue, non intervention
du pape Jean-Paul II sur les massacres au Rwanda) et les théories hédonistes de
M. Onfray, ainsi met-il en opposition les femmes de la Bible « d’une
beauté extérieure animée par le feu de leur intériorité » avec ces
« objets de consommation hédonistes » qui se ridiculisent à la
télévision ( !) ; précise-t-il que le fait qu’il n’y avait rien avant
la « Création », c’est aussi la théorie du big-bang ; que
« le christianisme ne connaît pas de fiction de l’au-delà »,
mais plutôt une certaine conception de la résurrection ; qu’une
philosophie du jouir serait « exclusive d’une partie de l’humanité » ;
que lorsque quelqu’un en arrive à affirmer que « Dieu n’existe pas »,
« il montre en toute clarté que sa connaissance est déficiente »
(Jean-Paul II) ; qu’« aujourd’hui, la science la plus en pointe,
la physique quantique, rapproche science et religion » ; que
« matérialiste ou religieux, le fondamentalisme est l’ennemi de la foi
comme de la raison » (notez que j’aurais également pu mettre cette
réplique dans le précédent paragraphe) ; que l’auteur trace un portait de
Paul qui paraît fidèle grâce à des informations qu’il a trouvé… dans la Bible
(dénonçant ainsi la méthode du philosophe de considérer un texte comme « donnant
des informations vraies ou fausses selon que lesdites informations vont ou non
dans le sens de la thèse de l’auteur »), etc.
En général, j’ai trouvé la lecture de cet ouvrage très
intéressante, mais je pense qu’afin de pouvoir se faire une bonne opinion (que
l’on soit d’un côté ou de l’autre) il est important de lire les deux livres, car
il est vrai que Matthieu Baumier tombe parfois lui aussi dans la caricature,
celle-là même qu’il prétend combattre (notamment en dénonçant le « véritable
ennemi de l’humanité : l’individualisme politique et hédoniste, fondé sur
le primat capitaliste absolu du profit matériel »)… Il accuse Michel
Onfray de ne considérer qu’une seule interprétation possible des écrits, mais
ne combat ceux du philosophe (qu’il interprète lui-même – comme l’on a pu le
voir, selon ses critères) qu’avec sa propre interprétation.
Même si cela reste à moindre dose que le philosophe, force
est de constater que la subjectivité prend vite le dessus lorsque l’on
s’attaque à de tels sujets et c’est bien dommage, car cela constitue un terrible
obstacle dans la tentative de convaincre celui qui ne pense pas comme soi.
A vous, donc, de vous faire votre propre opinion, le salon restant évidemment ouvert aux commentaires et débats à ce sujet.
Commentaires
Dingo
Bonsoir Bastogi, un petite visite
qu’il y a eu des « courants puritains ou fanatiques du christianisme, courants tout de même largement minoritaires à l’échelle de l’histoire et de l’espace »
Ouh, la la. Faut-il répondre ? De la patristique à l'inquisition...
qu’« aujourd’hui, la science la plus en pointe, la physique quantique, rapproche science et religion »
La physique quantique a maintenant 80 ans. C'est vrai qu'elle n'est pas contredite depuis. Juste quelques pbs avec la gravitation.
L'auteur, n'est-il pas un peu délirant sur ce point ? J'aimerais bien connaître sa vision !
Dingo
In medio stat virtus
La lecture d'Onfray est pénible. Il adopte un style cassant, qui frise la prétention et l'arrogance. C'est gênant venant d'un philosophe.
Il défend l'idée d'un monde où l'homme s'émancipe de Dieu. C'est le cas depuis deux siècles en France et un siècle et demi en Europe. Les deux guerres mondiales - nées sur notre sol - ont montré à quoi ont abouti l'athéisme et le mythe de l'homme prométhéen.
Le livre de Matthieu Baumier n'est pas le seul à critiquer le manque de rigueur de Michel Onfray. Ce n'est pas à l'homme ni à l'oeuvre que s'adressent ces critiques mais aux conséquences du manque de rigueur qu'une telle posture peut produire dans la société. C'est le problème des faux prophètes, déjà dénoncé dans l'Ancien Testament.
Le système Onfray sur la promotion de l'hédonisme est matérialiste, à l'excès. Il a deux défauts majeurs. C'est le règne du plaisir et de la jouissance, pas forcément celui du bonheur. Cette confusion est symptomatique et dangereuse. D'autres part, il n'y a pas de morale matérialiste. Le matérialisme vise l'utile, pas le juste. C'est le débat entre Epicure et Aristote. La recherche de l'efficacité est exclusive de notion de bien ou de mal. C'est le danger qui se cache derrière la philosophie d'Onfray.
Enfin, la théologie est une science riche et moderne. Je vous recommande la lecture d'un théologien moderne que Patrice de Plunkett présente sur son blog (je l'ai mis en lien )
In medio stat virtus
La lecture d'Onfray est pénible. Il adopte un style cassant, qui frise la prétention et l'arrogance. C'est gênant venant d'un philosophe.
Il défend l'idée d'un monde où l'homme s'émancipe de Dieu. C'est le cas depuis deux siècles en France et un siècle et demi en Europe. Les deux guerres mondiales - nées sur notre sol - ont montré à quoi ont abouti l'athéisme et le mythe de l'homme prométhéen.
Le livre de Matthieu Baumier n'est pas le seul à critiquer le manque de rigueur de Michel Onfray. Ce n'est pas à l'homme ni à l'oeuvre que s'adressent ces critiques mais aux conséquences du manque de rigueur qu'une telle posture peut produire dans la société. C'est le problème des faux prophètes, déjà dénoncé dans l'Ancien Testament.
Le système Onfray sur la promotion de l'hédonisme est matérialiste, à l'excès. Il a deux défauts majeurs. C'est le règne du plaisir et de la jouissance, pas forcément celui du bonheur. Cette confusion est symptomatique et dangereuse. D'autres part, il n'y a pas de morale matérialiste. Le matérialisme vise l'utile, pas le juste. C'est le débat entre Epicure et Aristote. La recherche de l'efficacité est exclusive de notion de bien ou de mal. C'est le danger qui se cache derrière la philosophie d'Onfray.
Enfin, la théologie est une science riche et moderne. Je vous recommande la lecture d'un théologien moderne que Patrice de Plunkett présente sur son blog (je l'ai mis en lien )
>> Qwyzyx : Je suis d’accord avec toi sur le fait que l’hédonisme matérialiste a ses limites et que Michel Onfray frise la prétention et l’arrogance, j’aurais peut-être même rajouté le côté haineux ; mais de là à considérer les deux guerres mondiales comme l’aboutissement d’une civilisation d’athéisme, il y a un pas que je ne franchirais pas. En effet, tu précises toi-même que l’athéisme existe chez nous depuis deux cent ans et en Europe depuis cent cinquante ans, et il me semble quand même que depuis la fin de ces deux derniers conflits, les guerres sont moins fréquentes qu’avant. Ceci dit, je n’irais pas jusqu’à considérer cela comme une conséquence directe de l’athéisme…
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