25 septembre 2007
Sarkozysme aigu
Je tiens à commencer cette chronique en affirmant tout le
respect que j’ai pour Bernard Laporte, sportivement parlant. Le rugby est un
sport très complexe et je dois bien dire que je lui fais entièrement confiance
quant à ses choix (que ce soit au niveau des joueurs sélectionnés ou des
tactiques envisagées) pour mener l’équipe de France le plus loin possible dans
la compétition.
Sur le plan humain, je ne le connais pas suffisamment pour
pouvoir juger, mais je l’ai assez vu à la télévision et entendu à la radio pour
savoir que – contrairement à certaines apparences, il a une personnalité bien
trempée. Ce qui n’est pas forcément un mal en soit, surtout lorsque l’on doit –
en tant que sélectionneur d’une équipe de France, affronter ce mal bien
français qui est de critiquer à tout va chaque décision prise… On a ainsi déjà
pu voir M. Laporte remettre à leur place plusieurs journalistes (entre autres,
lorsqu’il ne traite pas les spectateurs du stade de France de « bourgeois
de m*** ») qui bien souvent tentaient de remettre en cause ses propres
choix, mais aussi parfois cherchaient simplement à faire connaître un peu plus ce
sport à leurs auditeurs/téléspectateurs en vue de cette coupe du Monde… Bon,
sur ce point, je ne serais pas trop sévère avec Bernard Laporte car tout
d’abord j’estime que personne n’est parfait et chacun possède des limites
(notamment lorsque l’on se rappelle le mal que certains ont pu faire à l’équipe
de France de football en 98), ensuite je ne peux que le suivre lorsqu’il annonce
que si les journalistes (sportifs) étaient si forts que ça, ce serait eux qui
se trouveraient à sa place.
Sur le plan politique, on le sait, M. Laporte a apporté son
soutien à Nicolas Sarkozy et est en voie de devenir un de ses secrétaires
d’Etat. Encore une fois, ce n’est pas moi qui irais le lui reprocher, chacun
étant libre de ses orientations et de ses choix, bien que je ne sois pas
spécialement pour que l’on amalgame le sport (ou une autre activité, artistique
par exemple) avec la politique. Toujours est-il que Bernard Laporte n’a pu que
forcer le respect lorsqu’il a répondu qu’il resterait concentré sur l’équipe de
France de rugby jusqu’à la fin de (sa participation à) la coupe du Monde, et
qu’il ne mélangerait pas les deux activités qu’il savait bien distinctes…
Jusqu’à…
Jusqu’à ce début de coupe du Monde. Jusqu’à ce qu’il
entreprenne de faire lire aux joueurs la lettre de Guy Môquet juste avant le
match d’ouverture, cette fameuse lettre qui a tant fait de bruit (il faut dire
que lire la lettre d’un jeune condamné à être fusillé durant la guerre de 39-45
à des joueurs de rugby – répertorié, rappelons-le, comme sport de combat, avant
un match, ce n’était peut-être pas le meilleur choix pour les préparer et les
motiver), d’autant plus que cette lettre avait été récemment utilisée par M.
Sarkozy (inutile – je pense, de préciser dans quelles circonstances), ce qui
rajoutait un peu au caractère hors propos de cette initiative… J’avais
finalement réussi à passer l’éponge sur ce détail, me disant que les images
n’auraient jamais dû sortir des caméras de TF1 avant la fin de la coupe du
Monde (ce qui avait d’ailleurs provoquer la colère des joueurs), et que M.
Laporte n’avait rien chercher de plus que de créer un élan
« patriotique » au sein de ses joueurs afin qu’il soient fiers du
maillot qu’ils portent et cherchent à le défendre du mieux qu’ils le peuvent…
Mais Bernard Laporte persiste et signe dans ce que
j’appellerai un sarkozysme aigu et (surtout, car comme je le disais plus
haut chacun est libre de ses choix) déplacé : après la victoire du
XV de France face à l’Irlande vendredi dernier, il n’a rien trouvé de mieux à
répondre à la question « Comment vous sentez-vous après ces deux
semaines difficiles ? » que « Moi je ne vous lis pas et
heureusement parce qu’il y a tellement de c***. J’ai confiance en un homme si
vous voulez en parler qui est le président de la République. Il n’y a pas de
relation entre mon nouveau métier et celui que je fais là. Je sais que ce sont
mes dernières émotions. Après je passerai à un autre métier avec la confiance
d’un homme qui est grand. Il nous l’a prouvé ce soir […] Si tout le
monde était comme lui, ce pays se porterait mieux » ( !).
Navré, M. Bernard Laporte, mais vous êtes ma cible du jour, car lorsque l’on déclare il y a encore ne serait-ce que quelques semaines que l’on ne veut pas tout mélanger, le minimum serait de rester fidèle à ses propos. Certes, les journalistes n’ont pas été tendres avec vous - j’étais et suis toujours le premier irrité face à ce genre de réactions et de critiques ; mais il y a des personnes dont je fais partie qui n’ont que faire de votre amitié et votre admiration envers Nicolas Sarkozy, alors ne profitez pas de votre situation de sélectionneur de l’équipe d’une nation qui reçoit la coupe du Monde pour nous exposer lourdement vos opinions !
14 septembre 2007
Le « miracle » de la croissance n’a pas eu lieu…
Nicolas Sarkozy espérait peut-être que le simple fait que
les Français l’aient élu à une grande majorité il y a environ quatre mois
allait suffire à dynamiser et relancer le pays. C’est sans doute ce que les
faits lui faisaient plus ou moins croire lorsque l’on a vu l’opposition (trop
occupée à s’entre-déchirer) incapable de contester de manière constructive les
réformes qu’il mettait en place… Mais la rentrée doit être dure !
En effet, après avoir complètement démoli l’opposition avec
sa politique de (pseudo) ouverture, M. Sarkozy ne devrait plus tarder à
affronter le pire fléau : l’opinion publique française, et avec toutes les
mauvaises nouvelles qui arrivent, laissez-moi vous dire que Nicolas Sarkozy risque
fort de chuter, d’autant plus haut qu’il l’est à l’heure actuelle dans les
sondages de populisme popularité.
En dehors des tensions avec son Premier ministre et avec nos
voisins les Allemands (certainement dues aux fortes personnalités des
dirigeants des deux pays), force est de constater que tout n’est pas au rose en
ce mois de septembre : la croissance, que le gouvernement estimait entre 2
et 2.5% (quitte à aller la « chercher »), n’est plus annoncée qu’à
1.8 ou 1.9%, et les spécialistes commencent à sermonner la France…
Il faut dire qu’après la défaite des Bleus (en rugby -
quoiqu’ils n’ont guère étaient plus brillants en foot), les Français sont vite
retombés sur Terre et ont recommencé à considérer leurs soucis, M. Sarkozy le
premier : si l’équipe de France ne va guère loin dans cette compétition
(et le match de vendredi a dû lui jeté un sacré froid dans le dos, au point de
remettre la cause « l’effectivité » de la nomination de Bernard
Laporte au gouvernement – ne serait-ce qu’un temps), la croissance ne
bénéficiera n’aucun coup de pouce supplémentaire - comme cela avait pu être le
cas en 1998.
Mais ne nous inquiétons pas, Nicolas Sarkozy a bien des
idées et des atouts dans ses manches pour nous sortir de cette situation qui
commence à devenir délicate : après nous avoir promis l’abaissement de
la dette et l’augmentation de notre pouvoir d’achat, il envisage pour
compenser l’agrandissement de la dette due au paquet fiscal voté en
priorité cet été – dont le coût a été estimé à près de 13 milliards d’euros par
an pour l’Etat (et dont l’efficacité n’a pas encore porté ses fruits - si tant
est que cela arrivera un jour), de baisser notre pouvoir d’achat,
notamment en augmentant la TVA, les prix du tabac, de l’alcool, des produits
trop sucrés ou trop salés, voire même de l’essence ! C’en serait presque
ironique et amusant si ces réformes (qui ne sont certes pour le moment qu’au
stade de l’élaboration théorique) n’avaient pas comme un arrière goût amer de « très
bientôt effectives »…
Attention, M. Sarkozy, je vous rappelle que vous avez déjà utilisé votre Joker Présidentiel, plus rien ne protège désormais vos faux pas des cibles du jour du Salon…
09 septembre 2007
Ils ont su nous contenir…
Avec toutes approximations, ces dégagements au pied où l’on
loupe le ballon (Skrela), ces pénalités (pourtant apparemment à portée de nos
buteurs) ratées (Skrela, Michalak), cette passe plus que téléphonée qui a mené
au contre à l’origine de l’unique essai des Pumas (Martin) - et de la partie,
et l’on perd d’uniquement cinq malheureux points… Il y a de quoi se dire que
nos Bleus auraient dû gagner ce match.
Auraient dû gagner ce match, cela ne veut certainement pas
dire qu’ils l’auraient mérité ! Mais on a eu l’impression que les rugbymen
de l’équipe de France ont surtout eu du mal à tenir la pression de ce match
d’ouverture de la coupe du Monde à domicile où l’on les annonçait parmi les
favoris face à une équipe d’Argentine finalement peu inquiétante, mais dont la
stratégie a été payante…
En tant que supporter (mais pas fanatique) de l’équipe de
France, je reste confiant : les Bleus nous ont déjà prouvé à de multiples
occasions que c’étaient parfois dans le creux de la vague qu’ils savaient être
les plus combatifs. Je sais donc qu’ils sont parfaitement capables de se
ressaisir, d’arriver premier de leur poule en récupérant le maximum de points
de bonus, et de nous faire rêver encore longtemps en allant loin, très loin.
Peut-être même jusqu’à une finale contre les All Blacks.
Mais pour quoi faire ?
Si c’est pour nous offrir le même spectacle que vendredi
dernier, ou n’importe lequel des quatre derniers test-matches contre la
Nouvelle-Zélande, ce n’est pas la peine !
En tant qu’admirateur de rugby, je le dis sans frémir :
je préfère assister à une belle finale sans la France plutôt que de regarder
une finale minable et sans suspens avec les Bleus…
Au fond, je me demande si le mieux pour tout le monde ne
serait pas que les Bleus arrivent deuxième de la poule D, et affrontent (selon
toute vraisemblance) les Blacks en quart de finale. Alors nous serions
rapidement fixés de savoir s’ils sont capables de prétendre pouvoir remporter
la coupe, ou s’ils sont bons pour retourner faire les beaux sur les calendriers
ou sur des publicités pour cheeseburger…
Je suis sévère, mais que les choses soient claires : je
suis certainement l’un des rares à croire (encore) au potentiel des Bleus.
Lorsque je lis ici ou là qu’il faut absolument que l’on
arrive premier de notre poule afin d’éviter les Blacks en quart, je me demande
si finalement il ne vaudrait mieux carrément pas qu’une autre équipe batte la
Nouvelle-Zélande avant la finale, ou l’épuise et la blesse tellement que nous
serions assurés de pouvoir gagner la coupe… Est-ce comme ça que certains
veulent voir la France championne du Monde ?
Ben, pas moi !
Les Blacks sont sans conteste possible les meilleurs joueurs
de rugby du Monde, mais ils ne sont certainement pas invulnérables ! Les
fantômes de 1999 (et 2003, pour ne pas dire 1995 et 1991) planent encore dans
leur tête… Les prétendants à la succession des Anglais doivent être capables de
les battre, et ce n’est pas chose insurmontable, loin de là.
En tout cas, une chose est sure : c’est que je préfèrerais
voir les Bleus perdre (ou gagner, pourquoi pas ? ;-) en quart de finale
contre les All Blacks après un match acharné plutôt que de les voir gagner (ou
perdre !) en finale contre les mêmes, mais après un match au rabais…
En attendant, il reste encore des matches difficiles à jouer… Allez les Bleus ! Ressaisissez-vous ! Je sais que vous êtes encore capable de nous faire rêver, et on est toujours tous derrière vous !