Le grand salon de discussion

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26 novembre 2007

Faut-il chasser les extrêmes ?

Loin de moi l’idée de me mettre à dos les principes du Cercle des blogueurs disparus en posant cette question, bien au contraire : c’est dans le cadre de nos grands débats communs que nous vous proposons celui-ci – vous pouvez d’ailleurs lire ici l’opinion de Toréador, de Pierre Catalan, de Frednetick, d'Odanel et d’autres à venir (faites-moi signe si j’en oublie).

Je ne tournerai pas longtemps autour du pot, et je sais que je ne ravirais pas les fans du politiquement correct, mais : non, j’estime qu’il ne faut pas chasser de notre échiquier politique les différents partis représentant les extrêmes, et ceci pour deux raisons.
Tout d’abord, je ne pense pas – comme nous avons pu le voir avec mon précédent post, que la démocratie est un régime infaillible, je serais même plutôt tenté de dire - à l’instar de Winston Churchill, que la démocratie est le pire régime… après tous les autres. Cela signifie peut-être que la démocratie est le moins pire des régimes, cela veut surtout dire qu’elle est loin d’être parfaite.
Que des candidats critiquent la démocratie (ou la République actuelle), je trouve cela sain car tout d’abord ça montre que nous avons encore une certaine liberté d’expression, mais surtout cela ne nous enferme pas dans une bulle idéologique (et par conséquent dangereuse) dans laquelle nous n’aurions plus le droit de remettre notre régime (et ses multiples failles) en cause et/ou en question. 

Ensuite, j’estime très humblement que je ne détiens pas la Vérité. Aussi je trouverais très hypocrite de bannir définitivement le vote des personnes qui ne pensent pas comme moi.
Si j’ai totalement approuvé le principe de Kiwis qui refuse les extrêmes au sein d’un Cercle qui se veut un minimum républicain (car il aurait fallu dès lors approuver et assumer ce que chacun aurait dit, y compris certains propos extrêmes tels que le racisme ou le « révolutionnisme ») ; j’estime que les extrêmes ne doivent nullement être supprimés de nos choix de vote ; d’ailleurs je tiens à ce propos à rappeler que les commentaires des extrémistes comme des autres - du moment qu’ils sont argumentés, non agressifs, non vulgaires et non discriminatoires (bref, qu’ils peuvent apporter et enrichir le débat) sont les bienvenus au Salon.
A titre d’exemple, je ne rentrerai pas ici dans le débat du moralement correct ou non, mais force est de constater que si des millions de personnes ne s’étaient pas tournés vers Jean-Marie Le Pen en 2002, Nicolas Sarkozy n’aurait jamais proposé un programme qui semble au fond convenir à la majorité des Français… Vers quoi se seraient alors retourné ces personnes-là qui ne sont pas – contrairement à ce que l’on voudrait faire croire, toutes racistes et/ou xénophobes (cf. à ce sujet les récentes déclarations de M. Jospin) ? Peut-être qu’à force de les en taxer, elles seraient réellement devenues fascistes… 

En fait, pour résumer, je crois que l’on peut dire qu’en tant que républicain et démocrate, je sois contre l’idée de chasser les extrêmes car cela pourrait s’avérer dangereux pour notre régime et notre pays…

Posté par Bastogi à 20:56 - Les grands débats communs - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

tu poses la question du droit d'expression accordé ou non aux extrêmistes.
En théorie, sur la scène démocratique, chacun peut exposer ses opinions.
D'accord.
Mais qui sont donc ces "extrémistes" dont tu parles?
les ultra-libéraux ?
les fondamentalistes religieux ?
les anarchistes ?
les communistes ?
ou bien sont-ce :
les racistes ?
les antisémites ?
les xénophobes ?
les partisans de la peine de mort ?
ou enfin :
les mafieux ?
les terroristes ?
les violeurs ?
les assassins ???
Tout dépend de ce qu'un groupe social déterminé, à un moment donné, a décidé collectivement de valoriser.
L'expression démocratique de tous et de chacun ne peut se défendre et se justifier que si elle s'accompagne d'un travail d'éducation, de conscientisation, de responsabilisation!!!
En un mot, pas de démocratie possible sans acquisition du sens civique, sans valorisation des notions qui permettent aux gens de vivre ensemble.
Pour se résumer, aucun système politique ne peut se revendiquer démocratique s'il ne s'appuie sur le principe suivant: seule la loi fondée sur l'égalité et l'équité est respectable!
A partir de là, les USA sont une fricocratie, le sarkozysme une copinocratie, la Russie une poutinocratie...
Le problème avec les extrémistes, mon cher Bastogi, c'est qu'ils sont la plupart du temps, "agressifs, vulgaires et discriminatoires.." et avec les braves gens tolérants et respectueux des autres, c'est qu'ils se font avoir!
Pour moi, la question n'est pas tant de savoir s'il faut donner la parole aux extrémistes car ils trouveront toujours les moyens de la prendre, mais de fournir à ceux qui essaient de réfléchir et d'agir en respectant l'HOMME DANS LA NATURE, de participer efficacement au débat public ....
affaire à suivre...
amitié

Posté par arlequin, 27 novembre 2007 à 18:01

Whaou ! Ça c’est du coup de gueule ;-) !!!

Evidemment, je parlais des extrémistes au sens politique… Et bien entendu, ceux-ci sont souvent « agressifs, vulgaires et discriminatoires », mais je dois bien dire que je n’ai (pour le moment) pas eu à censurer de commentaires. Pourtant, ce n’est pas le passage des extrêmes qui manque sur ce blog (bien que rare, je te l’accorde)…
Je fais certainement parti des gars tolérants et respectueux qui se font avoir, mais – comme tu le dis toi-même, en démocratie, la liberté d’expression s’applique à tous le monde, et d’autant plus avec ceux qui ne sont pas d’accord. L’expression « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté » (merci Toréador), n’a pour moi aucun sens.

Posté par Bastogi, 27 novembre 2007 à 19:52

In medio stat virtus!

Oui, c'est vrai, on n'a pas trop le choix.
Si on défend la valeur respect, il faut se l'appliquer à soi-même et cultiver la tolérance!
Pour autant, tout ne se vaut pas! Et laisser s'exprimer les idées des autres, même les plus opposées à ses propres convictions, ne veut pas dire qu'on cautionne les actes qui découlent de ces idées!
L'expression rappelée par ton ami "pas de liberté pour les ennemis de la liberté" est séduisante, mais très dangereuse aussi, car elle autorise à employer les mêmes méthodes que celle de nos adversaires, et de ce fait à valider ces méthodes.
Ainsi nous dévions doucement vers le "oeil pour oeil, dent pour dent" qui est profondément antidémocratique car opposé à la notion d'état de droit!
à+

Posté par arlequin, 28 novembre 2007 à 09:45

Bonjour
Le champ politique n'étant pas infini on peut dire qu'il y aura toujours des extrémes (c'est quasi mathématique) Maintenant tout est une question de limite. Où s'arrête et où commence la démocratie ? Est il admissible qu'au nom de la démocratie (qui signifie je crois litérallement "le gouvernement du peuple")certains revendiquent leur liberté de parole même si c'est pour rejetter la démocratie ? Personnellement je suis contre l'exclusion des extrèmes ne serait ce que parce la définition d'un extréme est toujours subjective. Il fut un temps où Clémenceau ou Jaures étaient par certains placés à l'extrème gauche. Et dans d'autre pays à d'autres époques, ceux qui pronaient la libéralisation de l'économie et de la parole étaient qualifiés de dangereux extrémistes contre révolutionnaires.
Ne vaut il pas mieux lutter démocratiquement contre les extrèmes ?
Désolé mon discours n'est peut être pas très construit mais c'est parce que je crois qu'en ces choses il y a plus de questions que de réponses.
Tenir et Résister

Posté par lecridupeuple, 28 novembre 2007 à 13:07

" lutter démocratiquement contre les extrèmes "...
oui! ça me va! en sachant , comme le dit le cri du peuple, qu'on est toujours l'extrémiste de quelqu'un!
et puis c'est toujours, à l'extrême, à la marge, à la frontière, que les choses peuvent bouger....à condition que cette frontière reste suffisamment ouverte!
c'est vrai en géopolitique comme en politique intérieure d'un pays!
salut à toi, Bastogi!

Posté par arlequin, 28 novembre 2007 à 17:26

Moi, ça me paraît le bon sens cet article! (j'enfreins un règlement aussi alors?)

Rien n'est jamais acquit, surtout pas la démocratie et, à mon humble avis, si Le Pen fit un si gros score en 2002, c'est que personne n'a su critiquer son programme raisonnablement.

Dire "c'est pas bien" est de l'ordre de l'émotion et n'explique rien... Or, la démocratie, c'est aussi une affaire de pédagogie!

Amicalement

Gael.

Posté par Gael, 13 janvier 2008 à 23:37

>> Gaël : Nous sommes d'accord. Bienvenu au salon (et chez les kiwis) !

Posté par Bastogi, 14 janvier 2008 à 10:23

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