12 décembre 2007
La mécanique du glissement à droite
Voici un article que j’ai trouvé dans Le nouvel
observateur hors série de novembre/décembre 2007 (consacré aux droites de
1789 à 2007), il est de Michel Winock :
« La droite n’est pas une entité fixe ; elle
est composite et évolutive. Pendant près de deux siècles, elle a changé et
s’est nourrie de tous les transfuges de la gauche. Le moteur principal de
l’évolution a été la poussée répétée des forces de gauche vers la droite à
partir du renouvellement de l’extrême gauche. Sous la IIIe République,
l’extrême gauche des radicaux-socialistes pousse vers la droite les
républicains modérés, mais ces mêmes radicaux sont poussés à leur tour vers la
droite par l’arrivée à l’Assemblée des élus socialistes dans les années 1890. Après
1920, c’est le Parti communiste français qui rejette dans la direction de la
droite socialistes et radicaux.
Prenons l’exemple de Raymond Poincaré, figure
emblématique de la droite. Or, au début du XXe siècle, il est du côté des
dreyfusards avec une partie des modérés. Après la guerre de 1914-1918, ces
modérés de gauche, républicains, laïques et libéraux en économie, bien
représentés par l’Alliance démocratique, sont poussés à droite après
l’émergence du Parti communiste qui, avec le Parti socialiste, vient renforcé
la gauche anticapitaliste.
La droite a perdu ses doctrines d’origine imprégnées de
monarchisme et de catholicisme ; elle s’est républicanisée et laïcisée. Dans
ce processus, les idées, les groupes, les individus issus de la gauche ont joué
un rôle majeur. Tandis que la gauche originelle a évolué vers la droite, la
droite des origines, elle, a glissé vers l’extrême droite. Mais le processus
inverse est-il aujourd’hui impensable ? ».
Impensable ?
Je ne le crois pas, rien n’est impensable avec le cours du
temps. Surtout au vu lors de ces dernières élections de la reprise de certains
thèmes jusqu’à présent réservés à l’extrême droite par la droite… Voire même
par la gauche (sécurité, immigration, nationalisme etc.).
Mais je pense que ces évènements sont principalement dus à
un retour de bâton de sujets - pas forcément dangereux, qui ont fini par
devenir tabous dans notre pays. A l’inverse - en voyant le PS patauger et
s’emmêler dans ses propres prises de positions pendant qu’Olivier Besancenot
est en train de devenir LA figure emblématique de l’opposition en dénonçant de
manière engagée et structurée (par opposition à la manière que je qualifierais
de « systématique » du Parti socialiste) les réformes proposées par
le capitalisme (de droite comme de gauche), d’autant plus qu’il a désormais
exprimé explicitement le souhait de rassembler différents Partis de gauche afin
de créer un nouveau grand Parti anticapitaliste ; l’on peut se demander si
nous ne sommes pas en train d’assister à un nouveau « glissement à droite »…
L’émergence d’un nouveau Parti de gauche va-t-elle
influencer le PS dans les choix politiques qu’il doit faire ? Est-ce
finalement le renouvellement de l’extrême gauche – encore une fois, qui fixera
le sort du Parti socialiste ?