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11 février 2008

Echec pour Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy est un homme politique qui est – par conviction, proche, très proche du centre. N’importe qui, qui a un minimum de mémoire, pourra vous le confirmer. Il en est proche non pas parce qu’il estime que le centre est l’avenir de la France, mais plutôt parce qu’il aime bien plaire à tout le monde…
C’est peut-être d’ailleurs sa plus grande erreur : vouloir plaire à un maximum de personnes. Car plaire à tout le monde (de gauche comme de droite), c’est forcément tomber dans le « ninisme » engendré par François Mitterrand, et perpétré par Jacques Chirac avant lui. Un ninisme qui mène automatiquement à l’immobilisme qui a fait fuir les électeurs des urnes (ou qui les a fait se diriger vers les extrêmes) il y a quelques années.
M. Sarkozy semblait pourtant avoir compris cela en prônant – au sein même du gouvernement, la rupture avec ce même type de gouvernement…

Ce que Nicolas Sarkozy n’avait apparemment pas saisi, c’est que la France est scindée en deux parties : il y a (et aura toujours) ceux qui sont « pour » et ceux qui sont « contre ». Pour caricaturer à l’extrême, il y a ceux qui placent la charité au-dessus des intérêts de la nation, et ceux qui placent leurs intérêts au-dessus de ceux de la société…
La gauche a bien entendu accusé M. Sarkozy de monter ces deux parties l’une contre l’autre (comme si les Français étaient assez stupides pour se mettre soudainement à penser ce que l’ancien ministre de l’Intérieur s’était mis à dire, plutôt que d’avouer que celui-ci ne faisait que traduire leurs pensées), le taxant de « facho » à tout bout de champs à qui voulait bien l’entendre.
Une fois élu, notre actuel président de la République a bien entendu tâché de se dépêtrer de cette image (avec succès, devons-nous dire, puisqu’on ne l’entend plus critiqué – à part par certains irréductibles, que sur sa vie privée - !!!). Logique, diront certains ? Pas faux. Il aurait été idiot au vu de la montée des violences urbaines de rester sans rien faire ou de continuer à influencer dans ce sens-là.
Mais les convictions ont vite repris le dessus : ouverture du gouvernement à des personnalités de gauche, négociations musclées uniquement en apparence avec les syndicats… S’il est incontestable que la politique mise en œuvre par Nicolas Sarkozy est de droite, force est de constater qu’elle a du mal à convaincre.
A cela, une raison selon moi toute simple : M. Sarkozy a tenté de séduire l’électorat vacant de la gauche, estimant que celui de droite lui était désormais acquis. Grave erreur. Sa côte de popularité est même en train de chuter.

Fidèles à eux-mêmes et encouragés à la fois par un gouvernement qui réclame des élections municipales « nationales » (donc hors sujets) et une opposition qui appellent à un vote sanction, les Français se préparent à rappeler à l’ordre le Président. Non pas tellement que les discours de l’opposition (qui semble se complaire dans les victoires immédiates des votes sanctions aux élections locales) soient très convaincants, mais surtout que l’exercice du pouvoir amène son lot inévitable de déceptions.
Un échec s’annonce donc pour Nicolas Sarkozy, pour les municipales (certains maires en arrivent même à briguer les mairies sans l’étiquette UMP afin de ne pas partir avec un handicap) mais aussi à moyen terme.
A force de trop vouloir concilier tous les Français, il est en train de perdre toute crédibilité aux yeux des uns et (si tant est qu’il en est eu ne serait-ce qu’un soupçon) des autres. Attitude étrange : il avait pourtant réussi à se faire élire (et largement qui plus est) sans broncher sur ses idées avec un programme qui n’était pas facilement défendable du point de vue du politiquement correct… S’il espérait se faire aimer par une plus grande majorité encore de Français en redorant son image durant son premier mandat afin de mieux pouvoir attaquer le second, il risque fort - en continuant sur cette voie, d’être sévèrement surpris d’ici peu de temps.


Posté par Bastogi à 19:03 - Commentaires [13] - Permalien [#]

Commentaires

    Sarkocratie

    Le Président Sarkozy a tout compris de la démocratie, de son fonctionnement jusqu'à son absurde contradiction. Il a fait tout un paquet de promesses aux français durant une campagne de 2 ans pour n'arriver qu'à une seule et unique chose, le Pouvoir. Il aime le pouvoir pour le pouvoir. Il n'a rien à faire de la notion et de la fonction initiale de la politique, du grec "gestion de la cité" , qu'est la recherche du Bien Commun.
    Bien des contradicteurs dirons que la démocratie est le moins mauvais des systèmes. Bien au contraire, c'est le pire. Sarkozy en est dans son action, mais aussi dans l'avenir proche, la preuve vivante. Il s'est hissé au pouvoir avec une démagogie aussi forte et ouverte que ces prédécesseurs. Il se prendra un revers tout aussi net lors des prochains scrutins. La démocratie, c'est le règne du "jetable". On change de gouvernement, de président, de majorité, de municipalité au rythme des envie et des passions à un instant T. On change de représentant comme on change de bagnole ou de portable, parce qu'ils sont obsolètes. Sarkozy ou un autre, après tout... ce n'est pas un problème d'homme, c'est un problème de système.

    Posté par Le Téméraire, 11 février 2008 à 19:30
  • Re : Sarkocratie

    >> Téméraire : La démocratie a quelque chose de pourrie en son sein il est vrai, mais que devons-nous, que POUVONS-nous faire ? Attendre (et/ou encourager) qu’un coup d’état soit organisé ? Par une extrême gauche qui se revendiquerait de la révolution du peuple ? Ou d’une extrême droite qui se revendiquerait de la monarchie ?
    Et même si l’une ou l’autre de ces solutions venait à devenir plausible, qu’est-ce qui nous indiquerait que la personne en question soit elle-même meilleure qu’un candidat républicain ? Qu’elle ne soit pas peut-être même encore plus attirée par le pouvoir ? Devrions-nous nous en remettre à la Providence ?
    D’autant plus qu’en cas de putsch, il y aurait de fortes chances que ce soit à vie que nous aurions un incapable… Sans pouvoir le sanctionner par un vote !
    Non, je reste persuadé – comme ceux dont tu parles, que la démocratie reste le moins mauvais des systèmes, tout simplement parce que j’estime que le cœur des hommes est corrompu, et je suis heureux que l’on me laisse la possibilité de choisir celui par qui je souhaiterais être gouverné (même si, au final, on s’en remet à la majorité) et surtout de pouvoir laisser planer sur sa tête la sanction du vote « au cas où »…
    Je suis cependant d’accord qu’il y aurait peut-être des choses à revoir !

    Posté par Bastogi, 12 février 2008 à 08:13
  • Au centre, toute!

    Salut Bastogi,
    D'accord avec toi sur bon nombre de tes analyses.
    Je ne me sens pas visé par la critique - légitime - que tu fais sur les charognards qui ne s'intéressent qu'à la vie privée de ce président "piple".
    Admettons quand même qu'il l'a bien cherché...
    Passons...
    Je suis persuadé que ce président n'a aucune conviction, ni de droite, ni de gauche, c'est un opportuniste fasciné par le pouvoir et tout ce qu'il apporte, le fric, les relations, les femmes...
    C'est un fin stratège, capable de s'entourer des meilleures "plumes" susceptibles de présenter de façon souvent flamboyante les affirmations les plus éculées ...
    Mais avant tout, c'est un trouillard qui conjure sa peur en jouant les matamores... un enfant qui fabule, qui truque, qui jouit et qui, au bout du compte, ne peut s'empêcher de casser ses jouets...(voir Neuilly)
    Entouré de courtisans, de profiteurs, de jolies femmes, n'est-il pas de plus en plus seul, cet enfant ????
    C'est dans ce sens peut-être qu'il peut apparaître "au centre" .
    Tiens! ça me fait penser aux vieilles pièces de 2 sous que gardait mon grand-père, elles étaient percées au milieu!
    Bonne journée!

    Posté par arlequin, 12 février 2008 à 12:09
  • Re : Au centre, toute !

    Salut Arlequin.
    En effet, à force de jouer sur sa vie privée avec les médias, on peut dire qu’il se prend un logique retour de bâton. Mais tout de même, aller jusqu’à annoncer qu’il avait envoyé un texto à son ex-femme quelque jours avant son mariage pour lui dire que si elle revenait, il annulait tout (que ce soit vrai ou pas), ce me semble une grave atteinte à la vie privée…
    Toujours est-il que j’ai du mal à croire à tous ces médias qui annoncent que sa chute dans les sondages est due à une « surexposition de sa vie privée » : 1) Si ça ne s’achetait pas, ça ne se vendrait pas ; 2) Je pense qu’il y a des choses bien plus importantes en politique que ce genre de ragots…

    PS : Il est bien entendu que ce sont les médias que je visais et non ton blog

    Posté par Bastogi, 12 février 2008 à 15:36
  • Point trop n'en faut

    Oui, les grands medias vont dans le sens du "marché".. qui va toujours vers l'événementiel, le sensass, le croustillant, le moindre effort, le léger, le rigolo!
    En dramatisant on pourrait dire: le crapuleux, le glauque, l'atroce, le porno...
    Ce sont des leviers plus faciles à faire jouer que la réflexion rationnelle et le jeu des arguments - tels que dans ton blog tu t'efforces de le faire!!!
    Tout le monde sait ça depuis longtemps et c'est bien pour ça que je trouve ce chef d'état condamnable, c'est qu'il joue avec ces pulsions collectives toujours prêtes à s'exprimer!
    Cette baisse dans les sondages (toute relative d'ailleurs) n'est que la marque d'une opinion qui, dans un sursaut de dignité, refuse qu'on la manipule de façon trop voyante!
    D'ailleurs les conseillers du prince ne s'y sont pas trompés puisque depuis quelques jours on se montre plus soft sur les sujets "piple"!
    à+

    Posté par arlequin, 13 février 2008 à 08:29
  • La gauche le quitte

    Du centre? J'ai l'impression qu'aujourd'hui, c'est son électorat le plus à droite (FN, etc) qui le largue, épuisé par ces alers-retours à gauche, à Jaurès, à Guy Moquet, cette ouverture, sans cesse, au mépris de la compétence.
    D'un autre côté, son électorat de gauche, qui existe, le quitte aussi car il ne tient pas sa promesse de relever le pouvoir d'achat. Si on enlève ça, on est aux 39% d'opinions positives actuelles, non?

    Posté par le chafouin, 13 février 2008 à 09:09
  • >> Arlequin : Absolument d'accord, les médias sont – hélas, des entreprises comme les autres, donc attirés par ce qui se vend…
    Nicolas Sarkozy (comme d’autres personnalités politiques de « nouvelle génération ») joue effectivement beaucoup là-dessus : il est en train d’apprendre à ses dépens (comme n’importe quel autre « people ») que ce n’est pas sans risque !

    >> Chafouin : Tout à fait. C’est pour ça que je dis qu’il est proche du centre : il tente de récupérer les voix de droite comme de gauche (ce qui lui fait perdre les voix de l’extrême droite qu’il avait récupéré durant la campagne)… Ne me dis pas que toi tu le placerais carrément à gauche !!!

    Posté par Bastogi, 13 février 2008 à 11:40
  • Non moi je le place en opportuniste prête à défendre n'importe quelle opinion pour être élu!
    Plus sérieusement, son fonds politique est clairement à droite à mon avis. Tu ne peux placer au centre quelqu'un qui veut mettre le spédophiles en centre de rétention après avoir purgé leur peine!

    Posté par le chafouin, 13 février 2008 à 12:00
  • Bonjour !
    Faut dire qu'il ne pouvait y avoir que des déçus. En effet pendant toute la campagne présidentielle Badinguet Sarkozy s'est trés (trop) souvent livré à des exercices de grand écarts (à faire palir des gymnastes olympiques)une promesse à gauche le matin et le soir une promesse à l'extrème droite.
    Ainsi un jour, le matin il n'a pas hésité à villipender les patrons voyous devant un parterre d'ouvriers avant de se rendre le soir à une convention du Médef où étaient présents d'ailleurs quelques uns de ces patrons voyous.
    A force dire ce que les gens ont envie d'entendre, les gens finissent par y croire et c'est autant de futurs déçus.
    Tenir et Résister

    Posté par lecridupeuple, 13 février 2008 à 12:59
  • >> Chafouin : Je pense comme toi qu’il a un fonds à droite (après tout, n’a-t-il pas commencé comme militant du RPR ?). « Proche » du centre ne veut pas dire AU centre
    Mais (blague à part), je pense aussi que c’est un sacré opportuniste/populiste…

    >> Cri du peuple : Bien vu ! +1 !

    Posté par Bastogi, 13 février 2008 à 14:17
  • d'accord avec Chafouin

    le terme qui définit le mieux Sarko c'est opportuniste !!!

    Posté par Nico2312, 15 février 2008 à 15:26
  • un opportunisme au service d'une ambition inopportune !
    )))

    Posté par arlequin, 17 février 2008 à 10:09
  • echec de sarkozy

    je pense que sarko était bien partie pour réussir et même il avait tout pour réussir, l'opinion public , les grands patrons et la grande mojorité des médias mais son problème c'est "lui même"il a un taux de "moi" au-dessus de la norme.

    Posté par mateus, 13 mai 2008 à 14:05

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