Le grand salon de discussion

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24 février 2008

Dictatures du politiquement correct et du politiquement incorrect

Nous sommes entrés dans une ère ultra médiatique. Chacun de nous (moi le premier) devenant un citoyen « par procuration », nous reposant sur notre droit de vote - durement acquis par nos ancêtres, pour nous exprimer, et réduisant notre vie politique et notre participation à celle-ci à des commentaires sur ce que l’on a vu à la télé, entendu à la radio et lu dans la presse (je ne parle évidemment pas de ceux qui « militent » pour un Parti ou un autre, mais c’est pour moi différent car ce que font ces sympathisants relève automatiquement d’un parti pris et sont donc - peut-être mêmes les premiers, à être englobés dans ce qui va suivre)… Par conséquent, chacune de nos idées (que l’on estime bien entendu brillantes) est potentiellement (obligatoirement ?) influencée par quelque chose à laquelle nous nous fions les yeux fermés.
Nous vivons également dans une société qui a gardé un traumatisme très présent de la seconde guerre mondiale, apogée de l’antisémitisme grandissant dans notre continent (mais dont les origines remontent au moins deux siècles plus tôt – sans parler de l’antisémitisme religieux) et sommet de l’antihumanisme.
Ce traumatisme nous a au moins permis du point de vue de la morale de faire un grand pas en avant (il serait malhonnête de le nier). Mais ce traumatisme nous restreint également à notre insu de plus en plus de libertés, et l’on pourrait se demander si nous ne sommes pas en train de tomber dans une véritable dictature. Une dictature, non pas comme celles dont nous avons les images (que l’on nous a communiquées ou que l’on s’est faites nous-même) en tête, mais une dictature que j’appellerai « psychologique » : la dictature du politiquement correct, celle qui nous fait taire certaines choses par peur d’être montré du doigt, voire carrément banni de la société… Une connaissance journaliste m’a d’ailleurs confié récemment en arriver à s’auto censurer par peur de se mettre le public (ou ses supérieurs) à dos.
Ainsi sommes-nous obligés de fustiger les expulsions d’étrangers – pourtant entrés de manière illégale sur notre territoire, pour ne pas être traités de fachos ; obligés de chercher des excuses à des délinquants (du moment que leur délit ne devienne pas un crime) sous peine de se voir accusé de favoriser un Etat policier et totalitaire ; obligés d’embaucher au moins un personne « de couleur » dans nos entreprises (même si la compétence n’est pas de mise par manque de choix) pour ne pas être accusés de racisme ; obligés de traiter de la même manière (y compris pour la rémunération) une personne compétente et une autre beaucoup moins, sous prétexte qu’il s’agit d’une femme, d’un homosexuel (déclaré) ou d’un handicapé (à condition, bien entendu, que la « faille » ne relève pour ce dernier cas pas directement de son handicap) sous peine d’être taxé de misogyne, d’homophobe ou d’inhumain ; obligés de masquer ses sentiments patriotiques pour ne pas passer pour un extrémiste nationaliste ; obligés de condamner le Front National dès que nous l’évoquons (même sur un plateau télévision ou lors d’une interview sensée demeurer objective) sous peine d’être accusé de sympathie envers la « bête immonde » etc.
Tout ceci a bien entendu un bon fond, je ne vais pas faire comme si le racisme (entre autre) n’existait (ou ne tuait) plus de nos jours, et comme si la désapprobation des différences (de toute sorte de différence) n’entraînait pas encore à l’heure actuelle de fortes inégalités ; mais force est de constater que cela en devient de plus en plus réducteur au niveau intellectuel…

Face à cela, Nicolas Sarkozy a peut-être été le premier à sentir le vent tourné et à se positionner de façon à l’avoir dans le dos, mais il n’a certainement pas été le seul : je pense que l’on sera tous plus ou moins d’accord pour dire que les médias l’ont bien aidé (consciemment ou pas)… Ainsi, l’on entend désormais par-ci par-là (parfois même de ma propre bouche je dois bien l’avouer) fustiger le « politiquement correct ».
L’ennui, c’est que certains (à l’instar de Franz-Olivier Giesbert dont je n’ai pas retrouvé l’adresse du blog) – prétendant combattre la pensée unique au nom de la liberté de penser, en arrivent peut-être même inconsciemment à faire comme ceux qu’ils dénoncent, mais avec des idées opposées, inversées : combattre le « politiquement correct » devient un argument en soi, et tombe à son tour dans une sorte de dictature psychologique, puisque la seule évocation de la finalité (ou des moyens) tend à remplacer un discours construit, réfléchi et argumenté…

C’est en cela aussi que j’estime que la France est en train de se diviser en deux (non pas que l’une ou l’autre des parties ait raison et l’autre tort). Et si les mentalités continuent d’évoluer dans ce sens, un conflit (et ce serait fort dommage) n’est pas inenvisageable…
Coincé entre ces deux visions du Monde (ou plutôt de la France) - non pas parce que je suis totalement objectif (bien que j’essaie au maximum de l’être dans mes chroniques) mais surtout parce que mes idées biscornues me font être d’accord parfois avec l’une, parfois avec l’autre (et souvent moitié-moitié), je me suis retrouvé il y a quelques temps accusé ici de me faire « complice de l'islamisation » parce que je défendais le respect et la tolérance envers les religions ; et de faire « le jeu de l'extrême droite » parce que je comparais les propos défendus par l’extrême gauche à ceux de l’extrême droite (notons au passage que les deux accusations sont opposées et – je pense, inconciliables. Pourtant, c’est bien de moi que l’on parle, et je n’ai ni changé d’opinion entre temps, ni inventé une quelconque idéologie qui ne correspondrait pas à mes idées pour faire bonne figure sur tel blog et une autre sur celui-là)… Si ces propos ne venaient pas de personnes que je connaissais (virtuellement parlant), j’aurais mis ça sur le compte de l’endoctrinement et j’aurais laissé tomber la discussion ; mais tout porte à croire que cela vient d’autre chose : peut-être ont-ils raison (moi-même plus influencé par le politiquement correct - peut-être parce qu’il existe depuis plus longtemps, je dois dire que c’est surtout la deuxième accusation qui m’a le plus interpellé) ? Peut-être devrais-je taire certaines idées « taboues » afin de ne pas encourager involontairement certaines idéologies ? Mais dans ce cas, c’est l’idéologie inverse (que je ne cautionne nullement non plus) que j’aurais encouragée…
Pris au milieu de ces deux dictatures psychologiques qui n’existent peut-être que dans mon esprit perturbé, j’ai cependant pris une décision : c’est de dire (et de défendre) ce que je pense. Peu importe ce qu’en diront ceux qui ne sont pas d’accord avec moi, peu importe si je cautionne malgré moi une idéologie (plus ou moins) totalitaire : je pense que chacun est assez intelligent pour ses faire ses propres opinions, d’autant plus qu’un lecteur régulier saura parfaitement ce que je pense sur chaque sujet abordé. Mais, que diable ! Je veux à tout prix garder ma liberté d’expression et surtout de penser pour ne pas finir comme ma connaissance journaliste à m’ « auto censurer » inconsciemment par peur de déplaire !

 

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18 février 2008

Marine Le Pen s’y verrait bien…

Invitée de Jean-Jacques Bourdin sur RMC mercredi dernier, Marine Le Pen a affirmé qu’elle aimerait se présenter aux élections présidentielles de 2012 pour représenter les « nationaux »… Sachant qu’elle n’avait pas répondu à la première question du journaliste qui était (de mémoire) « Serez-vous un jour Présidente du Front National ? », cela peut laisser penser que Mme Le Pen est prête à se présenter aux prochaines élections avec ou sans l’étiquette du FN (comme c’est d’ailleurs déjà le cas pour sa campagne municipale)…

Marine Le Pen est une personnalité politique d’extrême droite un peu à part : profitant de sa côte auprès des journalistes (« sympathique », « bonne copine » selon leurs propres termes - à ne pas prendre au premier degré bien entendu) et de sa large diffusion médiatique, elle tente de dédiaboliser le Front National.
Pour cela, elle arrache tout d’abord l’étiquette de Parti « antirépublicain » qui colle au FN depuis des décennies en affirmant son attachement à la démocratie, à la République et à ses fondements (droits de l’homme et du citoyen, laïcité etc.). Elle se permet même de donner des leçons d’égalité (en ce qui concerne le communautarisme grandissant et – surtout, encouragé par) à Nicolas Sarkozy - un comble !, et à la France (médiatique) en général (il faut dire qu’avec la période de l’entre deux tours à laquelle nous avons eu droit en 2002, ce n’est pas bien difficile)…
De plus, force est de remarquer que Mme Le Pen ne dérape jamais (en tout cas devant un micro) sur les sujets sensibles ou tabous : contrairement à son père à il y a encore ne serait-ce que quelques années, vous ne l’entendrez non seulement pas prononcer de propos racistes, mais pas non plus (c’est une exclusivité) de propos ambigus respirant la xénophobie !
Cela ne l’empêche pas, par « patriotisme » et par « amour de l’histoire et de la culture française », d’être contre l’immigration, et de ne pas pouvoir apprécier un bon morceau de raï que tente de lui faire écouter un détracteur par le biais de son autoradio… Mais - certainement beaucoup plus attirée par le pouvoir que son père, Marine Le Pen privilégie le grand nombre plutôt que les minorités, cherchant ainsi le vote du plus grand nombre de citoyens (de droite) possible plutôt que celui de certains extrémistes… 

L’ennui, avec cette attitude, c’est que Marine Le Pen ne fait pas l’unanimité. Non seulement au sein de son Parti, mais également d’une partie de ses électeurs : en « démocratisant » le FN, Marine Le Pen tend à faire coïncider (certes fort involontairement, et bien aidée par l’ancien ministre de l’Intérieur) son programme avec celui de Nicolas Sarkozy (ceux-ci n’étaient d’ailleurs – en apparence, pas très loin l’un de l’autre aux dernières élections présidentielles). Ce qui a eu pour effet de faire perdre les voix du Front National au profit de l’UMP (d’un point de vue stratégique, pour un électeur souhaitant la victoire de ces idées, M. Sarkozy avait bien plus de chances de se faire élire que Jean-Marie Le Pen au second tour), mais aussi de faire s’éloigner certains extrémistes que M. Le Pen avait toujours réussi (grâce à ses petites phrases qui lui valurent nombre de condamnations) à garder parmi ses électeurs…
Mme Le Pen se retrouve ainsi mise en concurrence (voire en difficulté) à la succession de son propre père qui, pourtant -  depuis qu’il a réalisé qu’il ne pourra pas se représenter dans cinq ans, ne cesse de la défendre. Les années à venir au sein du FN risquent d’être bien mouvementées, et pas seulement par la vente du Paquebot. Face à cela, Marine Le Pen a apparemment décidé de se lancer  quoiqu’il arrive à la tête du Front National : il faudrait peut-être lui rappeler qu’elle ne sera pas la première à tenter de représenter les nationaux sans l’appui (qu’ils estimaient plutôt être un poids) du FN : Bruno Mégret et Philippe de Villiers s’y sont risqués avant elle, avec les résultats dont on se souvient…
 

Posté par Bastogi à 18:48 - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 février 2008

Echec pour Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy est un homme politique qui est – par conviction, proche, très proche du centre. N’importe qui, qui a un minimum de mémoire, pourra vous le confirmer. Il en est proche non pas parce qu’il estime que le centre est l’avenir de la France, mais plutôt parce qu’il aime bien plaire à tout le monde…
C’est peut-être d’ailleurs sa plus grande erreur : vouloir plaire à un maximum de personnes. Car plaire à tout le monde (de gauche comme de droite), c’est forcément tomber dans le « ninisme » engendré par François Mitterrand, et perpétré par Jacques Chirac avant lui. Un ninisme qui mène automatiquement à l’immobilisme qui a fait fuir les électeurs des urnes (ou qui les a fait se diriger vers les extrêmes) il y a quelques années.
M. Sarkozy semblait pourtant avoir compris cela en prônant – au sein même du gouvernement, la rupture avec ce même type de gouvernement…

Ce que Nicolas Sarkozy n’avait apparemment pas saisi, c’est que la France est scindée en deux parties : il y a (et aura toujours) ceux qui sont « pour » et ceux qui sont « contre ». Pour caricaturer à l’extrême, il y a ceux qui placent la charité au-dessus des intérêts de la nation, et ceux qui placent leurs intérêts au-dessus de ceux de la société…
La gauche a bien entendu accusé M. Sarkozy de monter ces deux parties l’une contre l’autre (comme si les Français étaient assez stupides pour se mettre soudainement à penser ce que l’ancien ministre de l’Intérieur s’était mis à dire, plutôt que d’avouer que celui-ci ne faisait que traduire leurs pensées), le taxant de « facho » à tout bout de champs à qui voulait bien l’entendre.
Une fois élu, notre actuel président de la République a bien entendu tâché de se dépêtrer de cette image (avec succès, devons-nous dire, puisqu’on ne l’entend plus critiqué – à part par certains irréductibles, que sur sa vie privée - !!!). Logique, diront certains ? Pas faux. Il aurait été idiot au vu de la montée des violences urbaines de rester sans rien faire ou de continuer à influencer dans ce sens-là.
Mais les convictions ont vite repris le dessus : ouverture du gouvernement à des personnalités de gauche, négociations musclées uniquement en apparence avec les syndicats… S’il est incontestable que la politique mise en œuvre par Nicolas Sarkozy est de droite, force est de constater qu’elle a du mal à convaincre.
A cela, une raison selon moi toute simple : M. Sarkozy a tenté de séduire l’électorat vacant de la gauche, estimant que celui de droite lui était désormais acquis. Grave erreur. Sa côte de popularité est même en train de chuter.

Fidèles à eux-mêmes et encouragés à la fois par un gouvernement qui réclame des élections municipales « nationales » (donc hors sujets) et une opposition qui appellent à un vote sanction, les Français se préparent à rappeler à l’ordre le Président. Non pas tellement que les discours de l’opposition (qui semble se complaire dans les victoires immédiates des votes sanctions aux élections locales) soient très convaincants, mais surtout que l’exercice du pouvoir amène son lot inévitable de déceptions.
Un échec s’annonce donc pour Nicolas Sarkozy, pour les municipales (certains maires en arrivent même à briguer les mairies sans l’étiquette UMP afin de ne pas partir avec un handicap) mais aussi à moyen terme.
A force de trop vouloir concilier tous les Français, il est en train de perdre toute crédibilité aux yeux des uns et (si tant est qu’il en est eu ne serait-ce qu’un soupçon) des autres. Attitude étrange : il avait pourtant réussi à se faire élire (et largement qui plus est) sans broncher sur ses idées avec un programme qui n’était pas facilement défendable du point de vue du politiquement correct… S’il espérait se faire aimer par une plus grande majorité encore de Français en redorant son image durant son premier mandat afin de mieux pouvoir attaquer le second, il risque fort - en continuant sur cette voie, d’être sévèrement surpris d’ici peu de temps.


Posté par Bastogi à 19:03 - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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