Le grand salon de discussion

Discuter d'actualité, de politique, de philosophie

25 octobre 2007

Pourquoi je suis moyennement démocrate – Vladimir Volkoff (Editions du rocher)

scan0002Réfutant la pensée unique et le politiquement correct, Vladimir Volkoff était un essayiste et romancier assez controversé et polémique : il n’hésitait pas à remettre en cause l’idéal démocratique et à mettre en avant ce qu’il appelait la désinformation. Aussi, lorsque l’on me proposa la lecture de ce livre, mon côté rebelle et ma curiosité de connaître les arguments que pourraient avancer ce genre de personnage prirent-ils le dessus…

Facile à lire avec sa centaine de pages divisée en vingt-et-un chapitres, ce livre m’a plutôt surpris quant à son contenu. En effet, extrémistes de tous poils, ne vous attendez pas à trouver ici une quelconque éloge du totalitarisme ou une apologie des grands dictateurs, bien au contraire : l’auteur incite plutôt à se pencher sur les défaut de notre système afin de tendre à en corriger les erreurs et – pourquoi pas, même s’il est vrai que l’on ressent chez lui un certain goût de l’aristocratie (qu’il préfère largement à la démocratie), à le rendre plus « vivable ». Ainsi en arrive-t-il même à nous affirmer qu’en Suisse, il aurait pu être « passionnément » démocrate.
M. Volkoff nous expose un par un de manière assez simple et explicite (à tel point que l’on aurait parfois préféré qu’il étaye un peu ses positions) les raisons pour lesquelles il est « moyennement » démocrate : il doute que les personnes politiques capables de solliciter au mieux les suffrages soient également les meilleures capables de gouverner, d’autant plus qu’elles favoriseront les personnes qui ont voté pour elles en ignorant catégoriquement les autres (il rappelle qu’une victoire à la majorité de 50% plus une voix est fondamentalement différente d’une décision prise en consensus par l’ensemble de la population) ; parce qu’il a l’impression qu’un véritable complot (entre autres à travers les multiples médias) contre tout ce qui n’est pas démocratique est existant (donc – contradictoirement, directement opposé à la liberté d’expression), sous couvert du politiquement correct qui étouffe les débats et sous prétexte que la démocratie est le meilleur régime indiscutable de gouvernance ; parce que la démocratie part soit du principe que le peuple veut forcément le Bien, soit que ce qu’il veut est forcément bien (on comprend aisément ses réticences à ce sujet-là, notamment au niveau de la nation) ; parce que sous le masque de la volonté du bien général, elle a souvent abouti au totalitarisme ; parce qu’elle préfère la suprématie du nombre (une personne = un vote = une voix) à celui du mérite ; parce qu’il ne croit guère au principe de l’égalité absolu et à la Déclaration universelle des droits de l’homme ; parce que la démocratie est contre-nature ; parce qu’il estime que, de toute manière, la démocratie n’a jamais vraiment marché (et ne le pourra jamais) ; parce qu’il aimerait que l’on nous laisse le choix avec d’autres types de gouvernance et parce que la démocratie en arrive parfois à bafouer ses propres principes (prenant par exemple les Etats-Unis qui forcent d’autres pays à l’adopter, ou d’autres pays occidentaux cherchant à imposer la liberté à des pays qui ne l’avaient pas forcément demandé etc.).
Il est bien entendu que si l’on ne peut qu’être d’accord avec certaines de ses oppositions, d’autres sont – à mon appréciation, beaucoup plus discutables. Ainsi me suis-je demandé si j’avais bien lu lorsque j’ai vu (sur le principe d’égalité) que « On ne peut que se réjouir de la disparition progressive d’une certaine misère, mais faut-il se féliciter du même coup de l’appauvrissement des classes fortunées qui, dans le temps, avaient le loisir et les moyens de favoriser les arts, de l’ébénisterie à l’opéra ? […] Nous avons plus de bacheliers et d’avantage d’illettrés ; moins de pauvres et plus de chômeurs […] On ne voit pas ce qu’il peut y avoir de sain dans cette évolution ».

Le dernier chapitre, dans lequel l’auteur est censé nous dire quels changements pourraient le faire changer d’avis n’est en fait qu’une justification de l’aristocratie (sans qu’il ne la nomme expressément) puisque – entre autres, il finit son essai en affirmant qu’il doute de plus en plus des bienfaits des urnes (principe fondamental de la démocratie) sur notre système politique (par opposition à des décision prises par une certaine élite dont je pense qu’il estimait faire partie).
Cependant, pour pouvoir connaître et débattre de ce qu’il propose, il faudra vous procurer un autre essai, à savoir Pourquoi je serais plutôt aristocrate. En tout cas, pour ma part, je suis d’accord que la démocratie est loin d’être parfaite, mais je reste intimement persuadé qu’elle n’est pas forcément le pire système qui nous convienne à l’heure actuelle. Car lorsque j’entend certaines personnes (après une analyse certes pertinente) nous avancer que la démocratie est corrompue, et que je me rends compte que c’est surtout l’usage que l’on en fait (donc plutôt le cœur des hommes) qui est corrompu, je me demande si le fait de laisser mon avenir en décision à une certaine élite serait meilleur pour mes intérêts : ces personnes-là sont-elles réellement supérieures à nous du point de vue de la nature humaine, ou bien finiraient-elles - elles aussi, par ne regarder plus que leurs intérêts avant tout ?

Le débat est lancé…

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17 octobre 2007

La philo-thérapie – Eric Suarez (Eyrolles)

scan0001Eric Suarez est professeur de philosophie en classe de terminale, ayant pris l’habitude d’expliquer simplement à des non-initiés les théories (et les bienfaits) de la philosophie, il a ouvert un cabinet de consultations en philosophie au travers desquelles il souhaite proposer une alternative au discours des psys (sans pour autant vouloir s’y substituer, car il précise bien qu’il s’agit là de deux choses bien distinctes). Dans cet ouvrage, il nous relate certaines de ces consultations et nous invite – par le biais du questionnement, à trouver des solutions aux maux quotidiens qui peuvent tous nous toucher.

En toute honnêteté, ce n’est pas trop le genre de quatrième de couverture qui pourrait me donner envie de me lancer dans la lecture de ce genre d’ouvrage, mais force est de constater qu’un coup d’œil – même furtif, sur le sommaire ne peut qu’intriguer le lecteur potentiel. Avec des questions telles que : « Puis-je aimer la même personne toute une vie ? », « La jalousie peut-elle tuer mon couple ? », « L’infidélité est-elle pardonnable ? », « La beauté est-elle la condition du désir ? », « Suis-je un bon parent ? », « Le travail est-il la seule reconnaissance sociale ? », « Harcèlement au travail : comment sortir de la victimisation ? », « Qui suis-je après la mort d’un proche ? » ou bien « « Comment surmonter une rupture amoureuse ? », difficile de ne pas avoir la curiosité de lire la réponse à au moins une question abordée…
Bien entendu, aucune réponse claire et (surtout) universelle n’est donnée ici (en existe-t-il ?) ; mais l’auteur nous incite - avec comme fil rouge ses différentes consultations, à nous poser les bonnes questions afin de trouver par nous-même la réponse qui nous correspond et nous convient. Ainsi, après la lecture d’un chapitre, deux personnes peuvent très bien en tirer des conclusions opposées…

Il serait bien difficile ici de faire un résumé de ce qui peut être évoqué sans l’écorcher, d’autant plus que chaque sujet ayant sa délicatesse, il me faudrait des pages entières pour pouvoir vous présenter le tout. Aussi, je préfère laisser votre curiosité – si elle a pu être piquée comme l’a été la mienne par ce qui a été évoqué plus haut, vous guider vers la lecture de ce livre.
Le Salon reste évidemment ouvert si vous avez des questions ou des commentaires ; pour ma part, je dirais que c’est un excellent ouvrage (même si le style d’écriture n’est pas toujours facile à saisir – notamment, je pense, dans les sujets qui nous touchent moins) que l’on peut et devrait garder sur sa table de chevet afin de toujours être préparé (en tout cas, autant que l’on peut l’être dans ces cas-là) à ce genre d’éventualités et de coups durs de la vie…

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31 août 2007

L’anti-traité d’athéologie – Matthieu Baumier (Presses de la Renaissance)

scan0001Le système Onfray mis à nu

 Après la lecture du Traité d’athéologie de Michel Onfray, Matthieu Baumier - entre autres animateur de la revue intellectuelle et littéraire « La sœur de l’ange », a l’impression d’être revenu « au temps des catacombes, celui où les chrétiens vivaient cachés comme des chiens », craignant que son auteur annonce « la naissance d’un anti-christianisme, comme il y eut l’antisémitisme ». Aussi prend-t-il sa plume et se met à rédiger un anti-traité qui a pour but de démonter et mettre à jour toutes les failles du système du philosophe hédoniste.
Alors que je m’étais lancé avec enthousiasme dans la lecture du traité d’athéologie et en avait été quelque peu déçu, je me suis lancé au contraire avec beaucoup d’appréhension dans la lecture de cet anti-traité, et en a été au contraire agréablement surpris : le style d’écriture est assez simple et direct, et les références bibliques sont plutôt rares…
Cependant, un petit reproche me vient dès le début du livre à l’esprit : M. Baumier ne traitera que du christianisme (alors qu’à la lecture du traité, il ne m’a pas semblé qu’il soit le principal visé, en tout cas pas plus que les deux autres monothéismes), laissant le soin à d’autres de faire un anti-traité qui concernerait le judaïsme et l’islam. Il est vrai que l’auteur se justifie en précisant qu’à l’inverse du philosophe concerné, il ne traitera – lui, que d’un sujet qu’il connaît (à savoir le christianisme catholique) ; mais on peut tout de même rester un peu sur notre faim.
A noter également qu’il est amusant de voir un athée se faire accuser de « pécher »…

Matthieu Baumier, après une magnifique « ouverture de la dispute » qui nous met bien en bouche par sa sincérité et son apparente objectivité, contredit Michel Onfray sur des sujets aussi divers et variés que les femmes, la Genèse, la (prétendue obsession de la) mort, le conflit entre religion et science, le Christ, Paul, les massacres et le nazisme dans lesquels je ne rentrerai pas trop dans les détails pour cause (encore une fois) de lisibilité de la présente chronique.
Je retiendrai de cet ouvrage principalement l’aisance avec laquelle l’auteur avoue (souvent afin de mieux pouvoir le contredire un peu plus loin) les ponts sur lesquels il est en accord avec M. Onfray, ou plutôt ceux sur lesquels personne ne « réfute ce que Michel Onfray affirme », à savoir (entre autres) que les « textes [religieux] sont écrits par des mains humaines et compilés au cours du temps » ; que le récit d’Adam et Eve n’est rien d’autre qu’un mythe ; que tendre l’autre joue est une parabole ; qu’il y a eu des « courants puritains ou fanatiques du christianisme, courants tout de même largement minoritaires à l’échelle de l’histoire et de l’espace » ; qu’il existe une « pluralité de sens » à la Bible (dans lequel le philosophe n’en regard qu’un), ainsi l’auteur reconnaît-il que « la Genèse [qui] montre que Dieu réserve aux hommes de devenir imbéciles et mortels » est une interprétation possible ; que l’idée que des Dieux aient été créés afin de conjurer l’angoisse est certainement assez juste (mais qu’« il est même peu probable que, sans la mort, on eut pu philosopher » - Schopenhauer) ; que « la résurrection n’a pas à être démontrée comme vraie sur un plan historique : elle est affaire de foi, bien sûr » ; que la Bible est un livre dans lequel « des éléments de contradiction s’entrechoquent » ; qu’il est hors de doute « que science et religion aient été en conflit, parfois violent » ; que « le croyant sait pertinemment que le Christ est aussi une construction de l’histoire » ; que Paul excellant dans le meurtre, les passages à tabac et les razzias « n’est certainement pas entièrement faux » pour une part de sa vie ; qu’il y a bien eu un antisémitisme historique au sein du christianisme, etc.

Cependant, l’objet du livre restant tout de même de contredire le philosophe (décelant « une prétention à ce plus d’intelligence et un indéniable mépris pour nos ancêtres »), M. Baumier n’hésite pas à s’en donner à cœur joie contre les approximations (parfois grotesques et révoltantes comme celle sur la – prétendue, non intervention du pape Jean-Paul II sur les massacres au Rwanda) et les théories hédonistes de M. Onfray, ainsi met-il en opposition les femmes de la Bible « d’une beauté extérieure animée par le feu de leur intériorité » avec ces « objets de consommation hédonistes » qui se ridiculisent à la télévision ( !) ; précise-t-il que le fait qu’il n’y avait rien avant la « Création », c’est aussi la théorie du big-bang ; que « le christianisme ne connaît pas de fiction de l’au-delà », mais plutôt une certaine conception de la résurrection ; qu’une philosophie du jouir serait « exclusive d’une partie de l’humanité » ; que lorsque quelqu’un en arrive à affirmer que « Dieu n’existe pas », « il montre en toute clarté que sa connaissance est déficiente » (Jean-Paul II) ; qu’« aujourd’hui, la science la plus en pointe, la physique quantique, rapproche science et religion » ; que « matérialiste ou religieux, le fondamentalisme est l’ennemi de la foi comme de la raison » (notez que j’aurais également pu mettre cette réplique dans le précédent paragraphe) ; que l’auteur trace un portait de Paul qui paraît fidèle grâce à des informations qu’il a trouvé… dans la Bible (dénonçant ainsi la méthode du philosophe de considérer un texte comme « donnant des informations vraies ou fausses selon que lesdites informations vont ou non dans le sens de la thèse de l’auteur »), etc.

En général, j’ai trouvé la lecture de cet ouvrage très intéressante, mais je pense qu’afin de pouvoir se faire une bonne opinion (que l’on soit d’un côté ou de l’autre) il est important de lire les deux livres, car il est vrai que Matthieu Baumier tombe parfois lui aussi dans la caricature, celle-là même qu’il prétend combattre (notamment en dénonçant le « véritable ennemi de l’humanité : l’individualisme politique et hédoniste, fondé sur le primat capitaliste absolu du profit matériel »)… Il accuse Michel Onfray de ne considérer qu’une seule interprétation possible des écrits, mais ne combat ceux du philosophe (qu’il interprète lui-même – comme l’on a pu le voir, selon ses critères) qu’avec sa propre interprétation.
Même si cela reste à moindre dose que le philosophe, force est de constater que la subjectivité prend vite le dessus lorsque l’on s’attaque à de tels sujets et c’est bien dommage, car cela constitue un terrible obstacle dans la tentative de convaincre celui qui ne pense pas comme soi.

A vous, donc, de vous faire votre propre opinion, le salon restant évidemment ouvert aux commentaires et débats à ce sujet.

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27 juillet 2007

Traité d’athéologie – Michel Onfray (Grasset)

Trait_Depuis la sortie du « Da Vinci Code » de Dan Brown, il est revenu à la mode de remettre en cause (voire de blasphémer) les religions… La philosophie n’échappe pas à la tendance (bien qu’à l’origine, celle-ci avait des doutes depuis plusieurs siècles à ce propos). Cependant, si certains (pseudo-)philosophes se contentent de critiquer gratuitement une seule religion, Michel Onfray, lui, met à plat toutes les religions (principalement les trois monothéistes à l’origine des grandes civilisations de notre époque) et les mets en parallèle afin d’en étudier les points qui vont à l’encontre de sa théorie (à savoir l’hédonisme, c’est-à-dire la consécration du plaisir comme souverain bien).
Une petite remarque cependant : même s’il s’en défend (« Je ne méprise pas les croyants », préférant « combattre leurs bourreaux »), les propos de l’auteur sont quelques fois à la limite du manque de respect. A titre d’exemple, devant un musulman qui s’agenouille pour prier, il a « l’impression d’assister à une scène primitive ». 

Après une rapide préface et une introduction qui nous mettent en bouche, M. Onfray entre dans le vif du sujet. Dans la première partie, l’auteur nous relate l’histoire de l’athéisme - d’où il exclut Epicure et Spinoza, de l’abbé Meslier à Nietzsche, avant de nous expliquer pourquoi nous sommes toujours dans une société (bien que laïque) guidée par la religion (parfois par manque de culture - en prenant par exemple la crèche). Pour cela, il nous donne l’exemple des églises qui se vident le dimanche, mais qui restent toujours autant remplie les jours de Baptême, de mariage et d’enterrement ; et nous incitent à ouvrir les yeux sur la non-indépendance à la religion de la médecine occidentale et des comités d’éthiques laïcs, en citant la proximité avec la position de la Charte des personnels de la santé du Vatican, notamment sur les mères porteuses, la procréation médicalement assistée, le clonage, l’euthanasie etc. privilégiant les soins palliatifs et le rôle de la douleur. Selon Michel Onfray, il en est de même pour notre système judiciaire dans lequel « le juge peut jouer à Dieu sur Terre » en envoyant le criminel sexuel « croupir dans une cellule d’où on le sortira après avoir négliger la maladie qui l’afflige », sans compter sur les manuels de morale des écoles républicaines.
De cette façon, il en arrive même à accuser les philosophes contemporains tel que Luc Ferry, André Comte-Sponville ou même Bernard-Henri Lévy d’athéisme chrétien : c’est-à-dire un « négateur de Dieu qui affirme en même temps l’excellence des valeurs chrétiennes », « Jésus reste le héros des deux visions du monde, on lui demande seulement de ranger son auréole ». En toute honnêteté, le débat reste ouvert sur ce point car - selon moi, même si les proximités citées par M. Onfray sont fondées, il ne faut pas non plus aller jusqu’à renier les valeurs humaines qu’ont pu instaurer les religions et (en ce qui nous concerne) la philosophie des Lumières. Je serai d’ailleurs curieux de voir ce que proposerait l’auteur en remplacement de ces systèmes, mais il passe hélas trop rapidement sur sa théorie (peut-être voulait simplement avec ce livre ouvrir la voie à un second plus détaillé ?).

Dans une seconde partie, Michel Onfray tente de déconstruire les trois religions monothéistes en montrant à quel point – malgré les différences, elles peuvent se rejoindre, notamment sur la haine (de l’intelligence ; de la vie ; de l’ici-bas – au profit d’un au-delà ; du corps ; des femmes ; du sexe – pas de rapport anal car dissocié de la procréation, etc.), bien qu’il conçoit que « bien sûr, tous enseignent l’amour du prochain ». Il fait remarquer que seuls les Hommes sont capables de s’inventer des Dieux, de se prosterner, de s’humilier (bien que l’on pourrait lui objecter que ce ne sont pas les seules différences entre les Hommes et les animaux) ; que les religions « vantent un au-delà (fictif) pour empêcher de jouir pleinement de l’ici-bas (réel) » ; que le christianisme – par le biais du jardin d’Eden où tout est permis sauf l’intelligence et l’immortalité (arbre de la connaissance et de la vie), invente un Dieu suffisant pervers pour réserver aux Hommes l’imbécillité et la mortalité ; il dénonce la honte juive de devenir père d’une fille ou la supériorité dans l’islam des mâles sur les femelles, la circoncision « qui consiste à retrancher une partie saine d’un enfant non consentant sans raison médicale – la définition juridique de… la mutilation » ; la légitimation des coups sur son épouse en cas de suspicion ( !) ; fait remarquer que les trois monothéismes réprouvent sur le fond l’esclavage (puisqu’ils l’interdisent pour les membres de leur communauté) mais ne le condamnent ou ne l’interdisent pas forcément.

Puis, l’auteur se penche sur la déconstruction plus particulière du christianisme dans une troisième partie en commençant par citer les origines historiques (douteuses) de la Bible et les contradictions qu’elle contient : « autant de signes qui témoignent d’une construction postérieure, lyrique et militante de l’histoire de Jésus » ; puis démontre comment - dès ses origines, l’Eglise séduit et flatte les personnes qui détiennent le pouvoir, légitime et justifie le dénuement des miséreux, afin de se ranger du côté des tyrans ; expose au grand jour qu’elle n’interdit pas l’esclavage, et chasse le paganisme (ainsi que le judaïsme).

Dans la quatrième et dernière partie, M. Onfray veut déconstruire les théocraties qui supposent la revendication du pouvoir issu de Dieu, afin de pouvoir réfléchir ensuite à une nouvelle éthique car, selon lui, il n’y a « nul besoin de menacer d’un Enfer ou de faire miroiter un Paradis […] pour inviter à l’action bonne, juste et droite » : « mieux vaut une vérité qui désespère tout de suite […] qu’une histoire qui console sur le moment, certes, mais fait passer à côté de notre seul vrai bien : la vie ici et maintenant ». En effet, toujours selon lui, le paradis promis par les religions n’est rien d’autre qu’un antimonde où « tout ce qui a été interdit devient libre d’accès »…
L’auteur explique ainsi que les trois Livres peuvent justifier autant les actes les plus doux et aimants que les plus cruels et intolérants ; puis se penche plus spécialement sur les relations ambiguës qu’ont pu entretenir l’Eglise et Adolf Hitler (qu’il ne considère pas vraiment comme un athée) avant et pendant la guerre, sans compter ensuite après la guerre avec le nazisme sous toutes ses formes.

Bien entendu, tout au long du livre (qui ne respecte pas toujours l’ordre et le contenu des chapitres attitrés) ressortent quelques exemples d’incitation (mêmes indirectes)  à des bains de sang des religions telle que les attentats terroristes, les expéditions punitives dans la bande de Gaza, les agissements des prêtres pédophiles, les bûchers chrétiens, les fatwas musulmanes etc. Les exemples pleuvent sur les trois religions concernées sans aucune « préférence », et l’auteur termine en nous affirmant que devant un tel choix, il préfère encore la philosophie…

En guise de conclusion et pour donner mon avis personnel, en tant qu’agnostique (non-croyant qui ne nie pas pour autant l’existence de Dieu), je dois dire que j’ai été un peu déçu par cet ouvrage, tellement le concept me paraissait innovant et génial : je m’attendais à voir Michel Onfray opposer à chaque contrainte de la religion une théorie hédoniste qui nous aurait encouragé à profiter de chaque instant de la vie afin de ne pas la gâcher, car nous n’en avons qu’une ; ce livre ressemble au final plus à un procès des religions monothéistes qu’à une véritable incitation à devenir athée, ne laissant que peu, très peu (voire aucune) place à sa théorie sur le dépassement de la théocratie. C’est mon petit regret : cet essai n’arrivera pas à convaincre un croyant (même hésitant) de changer d’avis… Il reste cependant très intéressant à lire, et je le recommande fortement à quiconque est intéressé par le sujet.

A noter qu’un anti-traité d’athéologie est paru quelques temps après, et qu’il fera prochainement l’objet d’une étude sur ce blog. Sachant que l’objectivité n’est pas le point fort de notre philosophe, je pense que nous aurons droit à quelques belles surprises…

PS : C’est ma plus longue chronique depuis que j’ai ouvert ce blog, désolé si je l’ai été un peu trop, mais j’ai préféré ne pas la diviser en deux parties (comme j’avais pu le faire, par exemple, pour celle consacrée au projet socialiste) afin que vous puissiez rester tout au long de sa lecture dans le vif du sujet.
Vos impressions et commentaires seront - bien évidemment et comme toujours, les bienvenus.

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06 juillet 2007

Charles Pasqua – Ce que je sais… (Seuil)

PasquaI - Les Atrides 1974 – 1988

Charles Pasqua.
La seule évocation de ce nom suffirait à lancer une multitude de débats : sa politique très controversée au sein du ministère de l’Intérieur en 86/88 et 93/95 ; sa trahison envers Jacques Chirac pour soutenir Edouard Balladur ; la création de son propre Parti, son rapprochement d’avec Philippe de Villiers ; les affaires qui l’ont finalement rattrapé etc.
J’ai trouvé intéressant de me lancer dans la lecture de ce livre afin de découvrir l’opinion d’un personnage politique qui – vingt ans auparavant, menait (à quelques choses près) la même politique que Nicolas Sarkozy ces cinq dernières années ; à cette différence près qu’il le faisait par conviction et non par populisme…

Le premier tome de ses mémoires concerne le septennat de Valéry Giscard d’Estaing ainsi que le premier de François Mitterrand, avec une large partie consacrée à la cohabitation (plus de la moitié du livre sur les deux dernières années).
L’auteur revient donc dans un premier temps sur la division de l’UDR entre ceux qui soutiendraient Jacques Chaban-Delmas et ceux qui soutiendraient Valéry Giscard d’Estaing (dont faisait partie Jacques Chirac – l’auteur estimant que ses idées ne concordaient nullement avec le Gaullisme). Estimant que M. Chaban-Delmas ne passerait le premier tour, M. Pasqua nous explique comment il convainc M. Chirac de garder ses distances avec M. Giscard d’Estaing afin de mieux pouvoir le trahir, car c’est bien d’une trahison dont se souviendront certains historiens de cette période, et ce, même si l’auteur s’en défend : « Pour qu’il y ait trahison, il eût fallu que les protagonistes soient dans le même camp. Tel était le cas en 1974, où l’apport d’une partie des voix gaullistes avait été décisif dans le succès de sa candidature obtenu à la marge ; pourtant il (Valéry Giscard d’Estaing) ne l’avait pas pris en compte ». Or, non seulement nous venons de voir qu’il avait lui-même conseillé à Jacques Chirac de prendre ses distances bien avant les résultats des élections, mais en plus il avoue lui-même dans son livre que l’attitude M. Giscard d’Estaing (en plus de l’avoir nommer Premier ministre) envers M. Chirac était plutôt positive, cela l’étonnant même (il était persuadé que Valéry Giscard d’Estaing allait se servir de Jacques Chirac pour décomposer et se faire rallier les « Gaullistes », puis - une fois utilisé, le jetterait).

L’auteur nous explique ensuite (selon lui) les causes de la défaite de 1981, et le désastre engendré par l’arrivée des socialistes au pouvoir avec au programme une augmentation massive de la dépense publique, celle des impôts, ainsi que les nationalisations (d’établissements bancaires et de groupes industriels) : la hausse de 10% du SMIC, de 20% du minimum vieillesse, de 25% des allocations logement feront monter le chômage, la dette et créeront quatre dévaluations du franc successives…
Que tout cela soit dû ou non à la politique de François Mitterrand de l’époque, force est de constater qu’une période de « rigueur » et un changement de politique économique suivront, ne laissant subsister que quelques mesures du programmes original…
Trop tard. Les français voteront majoritairement pour l’opposition, et la première cohabitation de la Ve République se mit en place.
Charles Pasqua revient (entre autres, mais je survolerai volontairement les nombreuses anecdotes – si intéressantes soient-elles, racontées dans cet ouvrage : la taille de ce post étant déjà suffisamment importante) sur les manifestations lycéennes de décembre 1986 et la mort de Malik Oussekine (qu’il considère comme un drame, et en assume pleinement ses responsabilités), alors qu’il tentait - selon ses dires, de convaincre Jacques Chirac de retirer le texte faisant polémique, estimant qu’il ne fallait pas se couper de la jeunesse…

Tandis que certains voient la politique menée par Charles Pasqua en tant que ministre de l’Intérieur (notamment sa défaillance) comme un début d’échec, ce dernier ne voit (sans doute n’a-t-il pas complètement tort) que la division de la droite responsable de la défaite du RPR en 1988. En effet, les attaques incessantes de François Léotard puis de Raymond Barre sur le gouvernement plutôt que sur la Gauche permirent à M. Mitterrand d’arriver en tête des suffrages, et le report (non crédible) des voix finit défaire M. Chirac…
Le livre se termine avec une introduction à sa future ( ?) suite : Jacques Chirac souhaitant une entrevue avec l’auteur n’aborde pas les raisons de leur déroute mais se penche plutôt sur l’avenir, persuadé qu’il était bon de conserver l’élan de rassemblement qu’avait provoqué le deuxième tour. Cela eut le don de mettre M. Pasqua en colère (il reste encore à l’heure actuelle persuadé que si M. Chirac l’avait écouté, avait clairement positionné sa candidature à droite – sans se rapprocher du Centre ; avait attendu le tout dernier moment pour lancer sa candidature – il est vrai que François Mitterrand se déclarant après lui eut un avantage certain, d’autant plus que la Droite se disputait à tout va ; le RPR aurait gagné cette élection – sans regarder ses potentielles propres erreurs, notamment celle de tendre la main au Front National qui leur fit certainement perdre une partie de l’électorat républicain au profit de M. Mitterrand…) et entama le froid qui allait se répandre entre les deux hommes, avec la suite que l’on connaît.

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15 juin 2007

Mai 68, l’héritage impossible – Jean-Pierre Le Goff (La découvertes/Poche)

Mai_68« Mai 68 est sans contexte l’évènement social et culturel le plus important qu’ait connu la société française depuis 1945. Et pourtant, près de quarante ans après, il est toujours loin d’être assumé en tant que tel ». En effet, comment contester que Mai 68 ait encore une place des plus spéciales au sein de notre société ? Personne n’a-t-il jamais entendu les syndicats menacer d’un nouveau Mai 68 ? Les gouvernements parler de Grenelle ? La Droite vouloir combattre les idées de Mai ? La Gauche vouloir les perpétrer ? C’est en en partant de ce constat que Jean-Pierre Le Goff a décidé en écrivant ce livre de contribuer à faire « assumer enfin de façon critique l’héritage de Mai »…

Première remarque, l’auteur est un philosophe de formation et sociologue, et autant dire que cela s’en ressent dans son récit : il privilégie en effet le côté sociologique sur le côté historique des faits. Aussi, je vous conseille vivement de bien connaître votre sujet avant de vous lancer dans la lecture de cet essai.
M. Le Goff commence donc son livre en relatant les évènements de Mai 68, leurs causes et leur idéologie. Il nous explique ainsi que les soixante-huitards étaient des étudiants en manque de militantisme (dû en grande partie à un ennui profond), qui ont réussi à entraîner leurs jeunes collègues dans une contestation anarchique et joviale de la société contemporaine.
Planaient alors un fort rejet de tout engagement politique (ou syndical – rappelons que les accords de Grenelle négocié par la CGT seront rejetés par les manifestants), ainsi qu’un pacifisme profond, qui ne fut hélas pas respecté par tous : si la répression des forces de l’ordre sur les manifestants a attiré la sympathie de l’opinion publique envers les jeunes, la violence grandissante de ces derniers finît par retourner les choses contre eux, et c’est largement que le Parti du Général De Gaulle remporta les élections anticipées qu’il avait demandé…
C’est ainsi que la deuxième partie de se livre est consacrée à la politisation de ce mouvement, suite au fait que certains « enragés » comprirent qu’ils ne pourraient amener la révolution sans l’aide de la classe ouvrière. L’auteur nous décrit donc les divers courants d’extrême gauche (trotskiste, marxiste-léniniste et maoïste pour les plus répandus), sa flambée et son implosion, avec un petit chapitre sympathique dédié à la naissance du quotidien Libération.
Malheureusement pour la Gauche, une grande partie des ouvriers (lorsqu’ils ne sont pas dans la crainte d’être abandonnés du jour au lendemain par ces étudiants plein de fougue) se complait dans le système capitaliste de l’époque, en tout cas suffisamment pour ne pas vouloir risquer de faire une révolution.
La troisième partie traite d’une contre-culture naissante qui lancera bien des courants de pensée qui seront toujours d’actualité aujourd’hui : l’apprentissage, le féminisme, l’écologie etc. C’est d’ailleurs en partie ces mouvements (qui prennent de plus en plus d’ampleur) qui seront à l’origine d’un certain déclin des idées communistes pures et dures. Jean-Pierre Le Goff n’hésite pas à nous citer quelques exemples où la théorie suivie et poussée à l’extrême (notamment pour le féminisme, qui en vient à proclamer les bienfaits d’être lesbiennes plutôt qu’hétérosexuelles – plus par conviction que par sentiment, et parfois à assassiner ses propres enfants handicapés considérés comme des entraves à leur liberté) peut devenir dangereuse.
C’est la publication en France de certains ouvrages dénonçant le Communisme (les goulags, les déportations etc.) qui verra à jamais disparaître le fort mouvement de sympathie concernant la Gauche et ses idées révolutionnaires. Certains « nouveaux philosophes » - dont Bernard-Henri Lévy (sur lequel l’auteur ne mâche pas ses mots – un régal ! ;-) se faisant, après avoir soutenue les idées marxiste, les grands dénonciateurs de ce système et ont ainsi créer – selon M. Le Goff « l’ère du vide » que la France a traversé dans les années qui suivirent…
Vient ensuite la, ou plutôt les conclusions de l’auteur dans lesquelles il nous réaffirme (entre autres) que « Le gauchisme a voulu concrétiser jusqu’au bout l’utopie de la Commune étudiante et en a montré l’impossible réalisation » ; que de nos jours encore Mai 68 a du mal à sortir d’un schématisme qui en fait un bouc émissaire ou bien au contraire « le précurseur d’une libération des mœurs et de la culture qui triomphe aujourd’hui » et, pour terminer, que cela rend l’héritage de Mai impossible car « C’est hors de ce champ qu’un renouveau de la politique et de la culture est possible ».

Il est bien entendu que je n’ai retracé ici que les grandes lignes que j’ai pu retenir de la lecture de ce livre, et qu’il mériterait bien plus de place si l’on voulait en décrire tout ce qu’il contient (bien que les commentaires restent évidemment ouverts aux éventuels débats) car, comme l’affirmera Télérama « C’est un gros pavé sur Mai 68. (Et un sacré pavé dans la mare !) », rempli de références aux écrits de l’époque qui le rendent certes difficile à aborder, mais qui – je peux vous l’assurer, est vraiment très intéressant et instructif à lire.

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27 septembre 2006

Le bonheur, désespérément – André Comte-Sponville (Librio)

scan0001Cet ouvrage est la transcription d’une conférence qu’avait donné dans le cadre des « Lundis philo » André Comte-Sponville, philosophe français qui, comme bon nombre de philosophes - inspirés par Spinoza, voit le bonheur dans une certaine forme de désespoir… Non pas de désespoir dans le sens où quelqu’un est désespéré au point de vouloir tout abandonner, mais désespoir dans le sens où nous n’aurions plus rien à espérer si nous nous sentions comblés. C’est là tout ce que j’aime dans la philosophie : cette façon de détourner les mots de leur sens commun afin d’en approfondir la signification et d’en trouver une autre (la vraie ?).

L’auteur commence son essai en nous exposant sa définition de la philosophie, à savoir que – fortement inspiré d’Epicure qu’il va légèrement corriger, « la philosophie est une activité qui, par des discours et des raisonnements, tend à nous procurer la vie heureuse ». La philosophie recherche donc le bonheur, mais pas n’importe lequel : le bonheur dans le vrai.
C’est déjà un grand pas en avant comparé à ce que le « maître » de M. Comte-Sponville – Marcel Conche, écrivait, à savoir que « la philosophie n’a pas en vue le bonheur » (seulement la vérité)… Je vois mal en quoi la philosophie est à la recherche de la seule vérité - question on ne peut plus abstraite pour moi, et surtout comment elle pourrait arriver à la découvrir, car, après tout, qu’est-ce que la vérité ? Ne dit-on pas qu’il n’y a pas une mais plusieurs vérités ? Celles que chacun se fait des choses ? Bref, le bonheur et la vérité ne sont pas le sujet d’aujourd’hui.
André Comte-Sponville nous explique donc comment, à ses yeux, l’espoir peut nous faire passer à côté du bonheur. En effet, qu’est-ce que l’espérance ? Je dois dire que sa définition m’a plu : l’espérance, c’est un désir ; mais tout désir n’est pas forcément une espérance… Pour qu’un désir devienne espérance, il faut tout d’abord que ce soit quelque chose qui nous manque (sinon, ce serait un plaisir) ; ensuite, il faut que ce soit quelque chose que nous ignorions (sinon, nous n’espérerions pas, nous nous languirions) ; enfin, il faut que ce soit quelque chose qui ne dépende pas de nous (sinon, c’est quelque chose que nous voudrions faire), ainsi, « espérer, c’est désirer sans jouir, sans savoir, sans pouvoir ». C’est pourquoi trop d’espérance nous fait manquer le bonheur de jouir de ce que l’on possède au présent.
Apprendre à agir, à faire ce que nous voulons - voire ce que nous désirons, à moins espérer le bonheur est le meilleur moyen de le vivre.
L’essai est suivi d’une série de questions à l’auteur qui lui permettent de mieux étayer et exposer sa théorie, et que je n’aborderai pas ici : j’ai tenté d’en résumer les grandes lignes, je vous laisse le plaisir de lire son œuvre en intégralité si celles-ci vous ont interpellés.

Je dois bien dire que la théorie d’André Comte-Sponville est une belle invitation à profiter de l’instant présent (à l’instar de ce que disaient les philosophes grecs – les stoïciens), et à aimer chacun des moments de sa vie, car nous n’en avons qu’une.
Cependant, mais cela n’est que mon opinion personnelle, permettez-moi d’y émettre deux objections :
- Premièrement, s’il est vrai que trop d’espérance nous fait manquer le bonheur de l’instant présent, je ne serais pas aussi sévère que l’auteur envers l’espoir. En effet, je pense que l’espoir a sa place dans la vie : tout d’abord parce qu’il y a des moments où l’espoir est tout ce qu’il nous reste, et il nous permet de nous rattacher à quelque chose alors que tout semble s’écrouler autour de nous ; ensuite parce que je pense – comme le précise si bien l’auteur, qu’espérer quelque chose, c’est aussi craindre son contraire, et craindre quelque chose peut nous aider – dans certains cas, à anticiper le fait qu’elle arrive et donc à mieux l’affronter. Espérer, à petite dose, c’est apprendre à faire des projets, à se fixer un but, indispensables selon moi dans la vie d’aujourd’hui ;
- 
Deuxièmement, et je trouve amusant que cette théorie ait été écrite par quelqu’un qui a des origines politiques communistes, car elle me rappelle justement le communisme : comme lui, cette théorie est excellente dans l’absolu, mais c’est sans compter sur la nature « humaine » de l’Homme. L’espoir fait partie de la nature de l’Homme, le combattre - en plus d’être peine perdue d’avance, revient à se fixer un idéal (chose que rejette tout bon philosophe matérialiste) impossible à atteindre… L’auteur en dit lui-même quelques mots en guise de conclusion : sa théorie ne doit pas être prise comme une fin en soi (au risque de tomber dans l’idéalisme), mais plutôt comme un but que l’on doit poursuivre tout en sachant qu’on ne l’atteindra jamais. Je vais peut-être jouer les difficiles, mais je trouve qu’une bonne philosophie ne doit pas être dès le départ vouée à l’échec, ou en tout cas, nous ne devrions nullement nous en contenter : profiter de l’instant présent est une belle invitation au bonheur, mais c’est ce que j’appellerais « une philosophie des moments heureux », car allez dire cela à quelqu’un à qui il n’arrive que des malheurs depuis quelques temps… De plus, je vois mal comment on peut aimer (ou ne serait-ce que tenter d’aimer) l’instant où l’on vient d’apprendre la disparition de quelqu’un qui nous était cher… Les moments malheureux font tout autant partie de la vie que les heureux, je serais même tenté de dire que sans eux, ces derniers n’existeraient même pas ; aussi, tenter de les supprimer en les ignorant ou en tentant de les « aimer » n’est pas – selon moi, une bonne stratégie du bonheur (d’autant plus que c’est impossible) : il ne s’agit donc là – toujours selon moi, que d’une théorie très alléchante, mais insuffisante au bonheur : il ne faut pas s’en contenter mais plutôt continuer à chercher.

Histoire de ne pas terminer cette chronique sur une note négative quant à l’ouvrage en question, je tenais à dire que le livre m’a réellement intéressé, et que j’ai trouvé qu’il est très facile à lire même pour quelqu’un qui n’aime pas forcément la philosophie, et, le moins que l’on puisse dire, c’est que dans ce domaine, c’est une sacrée qualité.
Si vous voulez d’ailleurs vous en faire une idée, vous en trouverez un extrait sur le site de Philipo.

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04 septembre 2006

Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus – John Gray (Michel Lafon)

scan0001Connaître nos différences pour mieux nous comprendre 

John Gray est un psychologue de couple rendu mondialement célèbre par la série d’ouvrages qu’il a écrit avec pour thème Mars et Vénus (Mars, Dieu de la guerre – l’homme ; Vénus, Déesse de l’Amour – la femme) dont voici le tout premier livre.
Je dois bien reconnaître que ce n’est pas trop le genre de lecture dans laquelle je me lance d’habitude, ne serait-ce que parce que lire un livre sur la psychologie de couple fait sous-entendre que l’on a des problèmes de couple – réflexe apparemment typique chez les hommes. Cependant, une amie m’ayant plus ou moins raconté la manière dont M. Gray présente les choses (notamment les clichés de la vie quotidienne, auxquels il trouve toujours une explication), cela m’a poussé à me procurer ce livre et, je dois bien l’avouer, je n’ai pas été déçu… 

L’auteur commence son essai en nous expliquant de la manière la plus simple la différence entre les hommes et les femmes, à savoir que les hommes recherchent avant tout à prouver leur valeur et leurs compétences, ils seront donc extrêmement intéressés par les objectifs qu’ils se seront fixés quotidiennement et - surtout, n’apprécieront l’aide de personne tant qu’ils ne l’auront pas demandé, afin de pouvoir se prouver qu’ils en étaient capables seuls. Si jamais un homme n’est pas capable de s’en sortir seul, il demandera conseil à un autre homme qui s’y connaît suffisamment pour pouvoir l’aider. Ainsi, lorsqu’un homme est sollicité pour régler un problème, il en ressent une grande fierté, puisque cela a prouvé que ses compétences en la matière sont reconnues…
A l’inverse, une femme privilégie les relations avec les autres, n’hésite pas à parler de ses problèmes avec plusieurs personnes afin de se sentir comprise, ou de chercher à faire toujours mieux…
Cette différence toute bête est à l’origine de toutes les divergences sur notre façon de voir les choses : un homme cherchera toujours à trouver des solutions à sa femme lorsqu’elle viendra lui raconter sa dure journée parce que c’est ce que lui souhaiterais qu’on fasse pour lui si jamais il devait venir parler de quelque chose qui le tracasse, alors que sa femme désire seulement être entendue, écoutée, comprise (du coup, elle n’écoutera les solutions miracles de son homme que d’une oreille) ; de même, une femme cherchera tout le temps à aider son homme lorsqu’il lui semble qu’il est en difficulté, alors que c’est exactement l’inverse de ce qu’il souhaite (tant qu’il n’a rien sollicité) : cela lui donne l’impression que sa femme ne lui fait pas confiance pour réussir quelque chose.
Je pense que déjà certains d’entre vous doivent commencer à se reconnaître dans ce qu’avance John Gray : quel homme ne s’est jamais demandé pourquoi les femmes parlaient tant ; quelle femme ne s’est jamais demandée pourquoi les hommes étaient si fiers et têtus ?
Moi, en tout cas, je tombe pile poil dans le cliché : force est de constater que je ne supporte pas que quelqu’un vienne me dire comment je dois faire, et il n’est pas rare que j’envoie balader celui (ou celle) qui sera venu me dire comment mieux visser mon boulon pendant que je bricole, même (et surtout) s’il a raison…
L’auteur nous explique donc comment cette différence, si elle est mal comprise ou connue, va inexorablement entraîner des disputes. 

M. Gray continue ensuite son livre en nous expliquant les réactions de chacun à la contrariété : l’homme va se renfermer sur lui-même et paraître tout à coup froid et distant ; la femme va ressentir le besoin de parler.
En effet, la meilleure manière pour une femme de faire le point sur ses soucis est d’en parler jusqu’à ce qu’elle se sente mieux parce qu’elle se sera sentie comprise et aimée : inutile de préciser à quel point cela peut devenir agaçant pour l’homme… A l’inverse, l’homme fera le point sur ses problèmes tout seul - toujours afin de se prouver à lui-même qu’il est capable de les surmonter sans aucune aide, et s’isolera le temps de trouver une solution (ou de se faire une raison) qui l’apaisera : inutile également de préciser à quel point cela peut devenir inquiétant et irritant pour une femme…
John Gray compare ainsi les hommes à des élastiques, et des femmes à des planches de surf sur une vague : il est inutile pour une femme de tenter de se rapprocher de son homme lorsque celui-ci s’éloigne d’elle, au contraire, elle ne fera qu’empirer les choses et prolongera la durée de son isolement (voire fera éclater une dispute qui sera fort désagréable parce que l’homme sortira alors les méchancetés qui lui traversaient l’esprit et qu’il voulait justement éviter de dire), alors que si elle laisse l’élastique s’étirer, il reviendra de lui-même vers son point de départ (voire plus près encore, si elle l’a laissé faire sans rien le lui reprocher). De même, les sentiments d’une femme montent et descendent au gré de la vague, il est incompréhensible pour un homme de voir sa femme soudainement devenir triste, moins aimante, voire agressive alors qu’elle était tout ce qu’il y a de plus adorable la veille. L’homme s’en sentira tout de suite coupable et tentera de savoir ce qu’il a fait et, chose qu’il devrait justement éviter de faire, cherchera à minimiser les problèmes de sa femme afin qu’elle se sente mieux : la femme aura alors le sentiment qu’il ne la comprend pas, voire la juge… Ce qu’il faut qu’un homme fasse dans ces cas-là, c’est qu’il laisse sa femme descendre vers le creux de la vague (en l’écoutant sans la conseiller) afin qu’elle recommence d’elle-même à remonter la pente, ayant eu l’impression d’avoir touché le fond (fond plus ou moins profond selon la gravité de ses problèmes).
Finalement, les hommes et les femmes se ressemblent quelque part à ce niveau-là….
Autre chose également incompréhensible pour un homme, c’est qu’une femme ne se sentira pas tout de suite mieux après qu’il eut écouter ses soucis sans broncher afin de l’aider à remonter la pente : au contraire, elle descendra encore plus bas (ah ! ces femmes ;-)) ! Cela peut paraître étrange (voire vexant) pour l’homme, mais c’est en fait tout à fait normal : il faut qu’il sache qu’il l’aide, mais que son aide (même si elle prend effet tout de suite) ne se fera ressentir qu’au bout d’un moment. En effet, une femme ne peut remonter la pente qu’après avoir toucher le fond, ainsi, lorsqu’un homme l’aide, il l’incite à descendre plus vite la pente afin de pouvoir la remonter…
Si les hommes et les femmes gardent ces différences en tête, cela évitera à coup sûr des disputes. 

Le reste de l’essai se consacre à la psychologie (pure) de couple : comprendre nos confusions respectives dans nos langages, marquer des points auprès du sexe opposé, éviter les disputes, exprimer nos sentiments négatifs etc. Et je ne m’attarderais pas d’avantage sur ces points, tout d’abord parce que cette chronique commence à être un peu longue et que j’ai abordé ici ce qui m’avait le plus intéressé dans ce livre, ensuite parce que je pense que si ce résumé vous a plu, il vaut mieux vous plonger dans la lecture du livre, l’auteur expliquant bien mieux que moi tout ce que vous voudrez savoir…
Je tiens juste à dire que le livre que j’ai eu entre les mains est une version condensée de l’essai (et je ne l’ai su qu’après l’avoir commandé sur Internet, évidemment), ce qui m’a fait un peu râlé au début mais m’a finalement suffit sur la fin, car certains passage, et notamment le dernier chapitre (le plus long du livre en plus) vont loin dans la psychologie (jusqu’à la fameuse théorie de l’enfance de Freud), peut-être même un peu trop loin pour des jeunes couples comme le mien (et peut-être aussi le votre) : ça devient lassant. 

PS : Je suis navré si mes explications ont été plus claires (si tant est qu’elles aient été claires) pour les hommes que pour les femmes mais, étant un homme, j’ai eu plus de facilité à comprendre - et donc à expliquer, les émotions des hommes.
J’estime que c’est une raison supplémentaire pour vous inciter encore une fois à lire vous-même le livre, mais – pour les plus réticents, je précise que Beha a commencé à le lire, et que vous en saurez certainement plus sur le sujet lorsqu’elle viendra vous faire partager ses impressions.
En attendant, vos commentaires (que vous l’ayez lu ou non) sont évidemment les bienvenus.

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09 août 2006

Etre de droite, un tabou français – Eric Brunet (Albin Michel)

scan0001En partant d’un constat intéressant – à savoir que s’affirmer de droite de nos jours revient à être traité de réactionnaire, voire de facho ; Eric Brunet, journaliste, a écrit un livre sur le fait qu’être de droite est devenu tabou en France (ça, je crois que personne ne pourra le contester).
Je me suis donc lancé, alléché, dans la lecture de l’essai, pensant y trouver des explications et des arguments irréfutables… Autant le dire tout de suite, il n’en est rien : l’argumentation de l’auteur est basée sur une succession d’exemples et de théories on ne peut plus subjectives (celles sur mai 68 - jacquerie de petits bourgeois, et sur les fonctionnaires - profiteurs de l’Etat, n’étaient pas mal :-(

M. Brunet commence donc son livre- après nous avoir assurer que son but ici n’était pas de prendre position (ce dont on a du mal à croire dès les premiers chapitres), en retraçant l’histoire de ce tabou depuis son origine : la guerre de 39-45 et la collaboration ; il nous explique ainsi que tous les collaborateurs n’étaient pas de droite, et que tous les résistants n’étaient pas de gauche. Il continue sur le fait que le communisme a toujours été mieux vu que le nazisme, alors qu’il a fait beaucoup plus de morts à travers les âges et dans le Monde (nous citant au passage la sortie très boycottée du livre Noir du communisme), puis termine en nous disant que François Mitterrand (dont il rappelle le passé peu – ou plutôt très, glorieux sous Vichy) a bien su affaiblir sa droite concurrente en la confondant avec l’extrême droite, équation encore très appliquée de nos jours.

Passé ce chapitre, nous entrons dans le vif du sujet dans deux longs, très longs chapitres qui ont – à mon appréciation, plus tendance à s’en éloigner qu’à y pénétrer : le journaliste tente de nous montrer comment il est devenu difficile de s’affirmer de droite dans le domaine de la culture, puis des médias.
Même si je pense qu’il n’a pas complètement tort sur le fond, la forme (enchaîner exemple sur exemple) ne m’a pas franchement emballée : un exemple doit à mon avis rester illustratif dans ce genre de démonstration, car je pense que quelqu’un qui voudrait établir une contre argumentation de sa théorie pourrait tout aussi bien l’appuyer sur de multiples exemples.
De plus, si l’on ne peut qu’être d’accord avec ce qu’Eric Brunet nous avance, cela ne défends en rien son idée principale… Je m’explique : certes, ne pas penser politiquement correct (par exemple être contre la gay pride) revient à se faire regarder de travers, mais je ne vois pas en quoi cela est un engagement politique ; de même, il critique ceux qui attaquent sans réelles raisons les USA, mais il convient lui-même que (en France) même la droite s’y est mise, Jacques Chirac en première ligne…
En cela, je pense que M. Brunet s’est fortement éloigné de sa thèse principale, même si on devine où il veut en venir, on pouvait s’attendre à mieux qu’à tant d’amalgames de la part d’un professionnel : on a parfois l’impression qu’il parle de l’extrême gauche et du communisme comme de LA gauche, et n’hésite pas à placer les socialistes tantôt à gauche, tantôt à droite selon ce qui l’arrange.

Eric Brunet termine son livre par deux chapitres dans lesquels il revient de manière un peu plus précise sur ses théories : être de droite dans l’éducation et dans le travail, bien que, encore une fois, je trouve qu’il s’éloigne un peu du sujet.
Selon moi, que les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres (IUFM) apprennent à tous les professeurs à enseigner de la même façon (et avec des méthodes de moins en moins pointues) est bien triste, mais je ne vois pas en quoi cela est une propagande de gauche ; de même, lorsqu’un ouvrier n’est pas en accord avec son syndicat représentatif, je ne vois pas pourquoi il serait forcément de droite, et inversement…
Décevant donc, même si le livre reste très intéressant et que je ne regrette pas de l’avoir lu jusqu’au bout ; je pense qu’il est à réserver à une certaine élite (dont je ne fais pas partie), qui connaîtrait les exemples - et surtout les contre-exemples, de la théorie de M. Brunet afin de s’en faire elle-même sa propre opinion.

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12 juillet 2006

Apprendre à vivre – Luc Ferry (Plon)

Traité de philosophie à l’usage des jeunes générations 

scan0001Ancien ministre de l’Education et philosophe modeste, Luc Ferry commence son livre en annonçant les critiques qu’on lui a faites sur son précédent ouvrage, à savoir qu’il était incompréhensible (à lire). M. Ferry se donne alors un objectif : être le plus compréhensible possible, même pour un lecteur non préparé et - quitte à expliquer clairement les choses, autant les reprendre depuis le début…
L’auteur nous fait donc d’entrée de jeu une promesse, à savoir arriver à nous faire comprendre les pensées qui ont fait au cours des siècles l’histoire de la philosophie.

Luc Ferry nous plonge donc jusque dans l’antiquité afin de voir l’émergence de la philosophie, à savoir l’envie de combattre la peur de la mort à travers autre chose qu’une croyance métaphysique (la religion). Prenant la nature comme exemple, les grecs se sont donnés comme objectif de l’imiter le plus fidèlement possible afin d’entrer en harmonie avec ce qu’ils appellent le cosmos, pour pouvoir jouir de l’instant présent tel qu’il est, c’est-à-dire non aux dépens des regrets du passé et des espoirs de l’avenir (qui n’a jamais entendu parler de Carpe Diem ?).
Dans le domaine pratique, ce genre de pensée a conduit – entre autres, la société à s’organiser en hiérarchie.
Ce genre de pensée est révolutionnaire pour l’époque, mais – il faut bien l’admettre, elle n’est guère rassurante quant à la véritable peur de la mort. Aussi, lorsque le christianisme arrive en occident, il fait de nombreux adeptes : ses théories sur la personnification de Dieu ; le concept que tous les êtres humains, mêmes (voire surtout) les plus faibles sont dignes de respect ; de l’idée de la personnalisation de la mort (retrouver ses proches au paradis etc.) ne peuvent que séduire, même si elles vont à l’encontre de la philosophie au sens propre, puisqu’elle encourage à mettre de côté l’usage de la raison au profit de la foi.
Dans le domaine pratique, ce genre de pensée est évidemment à la base de la pensée et donc de la société occidentale.
Le christianisme aura longtemps le monopole (par rapport à la philosophie). Cependant, au bout de quelques siècles, la technologie aidant, les sciences en sont arrivés à remettre en question certaines thèses du christianisme (notamment l’âge de la Terre et la formation de l’univers).
S’en est suivi alors une grande période de doute dans laquelle les êtres humains ne savaient plus à quoi s’en tenir. Ce fût le moment pour les philosophes de prendre leur revanche : n’hésitant pas à remettre en cause tout ce qui était acquis, les Lumières finssent par mettre en place l’Homme au milieu de toutes leurs réflexions. C’est le début de l’humanisme, qui sera à l’origine de la Déclaration des droits de l’Homme (ne prenant plus comme base la hiérarchie naturelle comme ce fut le cas chez les Anciens – notons au passage la proximité avec la pensée chrétienne).
En lisant au fur et à mesure ces trois grands chapitres, et prenant la peine d’y réfléchir un peu, on se rend compte à quel point la philosophie a pu être importante, et – quoi qu’en disent certains, à quel point elle peut être liée à l’Histoire.
Les deux derniers chapitres de ce livre sont un peu plus abstrait, puisqu’ils sont consacrés à la déconstruction de Nietzsche (on regrettera au passage l’absence de précisons sur Freud ou Marx) qui, prenant comme modèle les remises en cause des Modernes pour leur appliquer leur propre théorie et les rabaisser afin de ne voir ressortir que l’essentiel – à savoir être heureux, c'est-à-dire (je déforme sûrement) profiter de l’instant présent tel qu’il nous plait de le vivre (cette théorie développera l’individualisme, et sera prise comme modèle par les Nazis) ; puis nous en venons (enfin) à ce que l’auteur pense de tout cela et nous expose sa propre thèse : combattre le matérialisme par l’humanisme développé par Kant, sans tomber dans l’excès (le communisme) en gardant en tête les conseils de Nietzsche…
Si nous avons bien compris cela, nous pouvons désormais nous attaquer à son livre sur la question, à savoir : Qu’est-ce qu’une vie réussie ? ;-)
Mais aussi (chose plus surprenante) celui de son grand concurrent (au niveau théorique), le communiste André Comte-Sponville (auteur du récent Le capitalisme est-il moral ?) : Le Bonheur, désespérément afin d’ « élargir notre pensée ».

Bref, un excellent livre pour tous ceux qui souhaitent s’initier à la philosophie sans se prendre la tête à essayer de déchiffrer les phrases une à une.
Toutefois, je lui ferais un petit reproche : le tutoiement du lecteur. Visiblement mal à l’aise lui-même de nous tutoyer, l’auteur n’en devient que moins naturel, et donne parfois l’impression de s’adresser à des gamins, voire des débiles… C’est dommage, d’autant plus que ce sentiment est mis en avant dans la quatrième de couverture, et risque de décourager le lecteur potentiel avant même qu’il ait acheté le livre.
Cependant, je souhaiterais ne pas être trop sévère avec M. Ferry sur ce point. Si le tutoiement ne sonne pas naturel, c’est parce qu’il est forcé : tentant de tenir sa promesse, l’auteur essaie de créer une complicité avec son lecteur, en écrivant comme s’il était en train de lui parler. Si je peux me permettre, je lui dirais que la complicité peut également être créée en utilisant le "vous", donnant ainsi l’impression que l’on adresse à plusieurs personnes à la fois (un peu comme un professeur), voire (à mon avis le summum de la complicité), en utilisant le "nous", qui montre ainsi que l’auteur s’inclus parmi ses lecteurs…
Mais je vous garantie que, une fois la gêne du tutoiement surmontée – il n’est d’ailleurs pas impossible qu’il n’y ait que moi que ça ait gêné, on prend un réel plaisir à se faire raconter les différentes théories qui figurent dans ce livre : personnellement, j’ai adoré le chapitre sur la victoire du christianisme sur la philosophie, et ça ne me déplairait pas de lire d’avantage sur ce sujet, voire de lire des récits semblables sur les autres religions du Monde entier.

Posté par Bastogi à 07:28 - Bibliothèque - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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