15 juin 2007
Mai 68, l’héritage impossible – Jean-Pierre Le Goff (La découvertes/Poche)
« Mai 68 est sans contexte l’évènement social et
culturel le plus important qu’ait connu la société française depuis 1945. Et
pourtant, près de quarante ans après, il est toujours loin d’être assumé en
tant que tel ». En effet, comment contester que Mai 68 ait encore une
place des plus spéciales au sein de notre société ? Personne n’a-t-il
jamais entendu les syndicats menacer d’un nouveau Mai 68 ? Les
gouvernements parler de Grenelle ? La Droite vouloir combattre les idées
de Mai ? La Gauche vouloir les perpétrer ? C’est en en partant de ce
constat que Jean-Pierre Le Goff a décidé en écrivant ce livre de contribuer à
faire « assumer enfin de façon critique l’héritage de Mai »…
Première remarque, l’auteur est un philosophe de formation
et sociologue, et autant dire que cela s’en ressent dans son récit : il
privilégie en effet le côté sociologique sur le côté historique des faits. Aussi,
je vous conseille vivement de bien connaître votre sujet avant de vous lancer
dans la lecture de cet essai.
M. Le Goff commence donc son livre en relatant les
évènements de Mai 68, leurs causes et leur idéologie. Il nous explique ainsi
que les soixante-huitards étaient des étudiants en manque de militantisme (dû
en grande partie à un ennui profond), qui ont réussi à entraîner leurs jeunes
collègues dans une contestation anarchique et joviale de la société
contemporaine.
Planaient alors un fort rejet de tout engagement politique
(ou syndical – rappelons que les accords de Grenelle négocié par la CGT seront
rejetés par les manifestants), ainsi qu’un pacifisme profond, qui ne fut hélas
pas respecté par tous : si la répression des forces de l’ordre sur les
manifestants a attiré la sympathie de l’opinion publique envers les jeunes, la
violence grandissante de ces derniers finît par retourner les choses contre
eux, et c’est largement que le Parti du Général De Gaulle remporta les
élections anticipées qu’il avait demandé…
C’est ainsi que la deuxième partie de se livre est consacrée
à la politisation de ce mouvement, suite au fait que certains « enragés »
comprirent qu’ils ne pourraient amener la révolution sans l’aide de la classe
ouvrière. L’auteur nous décrit donc les divers courants d’extrême gauche
(trotskiste, marxiste-léniniste et maoïste pour les plus répandus), sa flambée
et son implosion, avec un petit chapitre sympathique dédié à la naissance du
quotidien Libération.
Malheureusement pour la Gauche, une grande partie des
ouvriers (lorsqu’ils ne sont pas dans la crainte d’être abandonnés du jour au
lendemain par ces étudiants plein de fougue) se complait dans le système
capitaliste de l’époque, en tout cas suffisamment pour ne pas vouloir risquer
de faire une révolution.
La troisième partie traite d’une contre-culture naissante
qui lancera bien des courants de pensée qui seront toujours d’actualité
aujourd’hui : l’apprentissage, le féminisme, l’écologie etc. C’est d’ailleurs en partie
ces mouvements (qui prennent de plus en plus d’ampleur) qui seront à l’origine
d’un certain déclin des idées communistes pures et dures. Jean-Pierre Le Goff
n’hésite pas à nous citer quelques exemples où la théorie suivie et poussée à
l’extrême (notamment pour le féminisme, qui en vient à proclamer les bienfaits
d’être lesbiennes plutôt qu’hétérosexuelles – plus par conviction que par
sentiment, et parfois à assassiner ses propres enfants handicapés considérés
comme des entraves à leur liberté) peut devenir dangereuse.
C’est la publication en France de certains ouvrages
dénonçant le Communisme (les goulags, les déportations etc.) qui verra à jamais
disparaître le fort mouvement de sympathie concernant la Gauche et ses idées
révolutionnaires. Certains « nouveaux philosophes » - dont
Bernard-Henri Lévy (sur lequel l’auteur ne mâche pas ses mots – un régal !
;-) se faisant, après avoir soutenue les idées marxiste, les grands
dénonciateurs de ce système et ont ainsi créer – selon M. Le Goff « l’ère
du vide » que la France a traversé dans les années qui suivirent…
Vient ensuite la, ou plutôt les conclusions de l’auteur dans
lesquelles il nous réaffirme (entre autres) que « Le gauchisme a voulu
concrétiser jusqu’au bout l’utopie de la Commune étudiante et en a montré
l’impossible réalisation » ; que de nos jours encore Mai 68 a du
mal à sortir d’un schématisme qui en fait un bouc émissaire ou bien au
contraire « le précurseur d’une libération des mœurs et de la culture
qui triomphe aujourd’hui » et, pour terminer, que cela rend
l’héritage de Mai impossible car « C’est hors de ce champ qu’un
renouveau de la politique et de la culture est possible ».
Il est bien entendu que je n’ai retracé ici que les grandes lignes que j’ai pu retenir de la lecture de ce livre, et qu’il mériterait bien plus de place si l’on voulait en décrire tout ce qu’il contient (bien que les commentaires restent évidemment ouverts aux éventuels débats) car, comme l’affirmera Télérama « C’est un gros pavé sur Mai 68. (Et un sacré pavé dans la mare !) », rempli de références aux écrits de l’époque qui le rendent certes difficile à aborder, mais qui – je peux vous l’assurer, est vraiment très intéressant et instructif à lire.
08 juin 2007
Mais qu’attend le PS ?
Le Parti Socialiste est un grand, un très grand parti. Pour
ceux qui en douteraient encore et le voyaient plutôt moribond, je les invite à
regarder les résultats de l’élection présidentielle (ne serait-ce que du
premier tour), ou les intentions de vote pour les prochaines législatives.
Cependant, il ne faut pas se leurrer, il n’est pas au sommet
de sa forme. Il vient de perdre sa troisième élection présidentielle d‘affilée,
et il - ou plutôt certains de ses représentants prennent plaisir à l’autocritiquer
afin de se poser comme candidat naturel d’ici cinq ans…
Pourtant, nous avons vu que ces incessantes querelles ne
font - plutôt que de l’en sortir, qu’enfoncer un peu plus le PS dans la
situation actuelle.
Personnellement, j’estime que le PS n’est pas sur une
mauvaise dynamique, en tout cas pas depuis douze ans. En effet, il a gagné des
élections après chacune de ses déroutes présidentielles (même s’il ne
s’agissait surtout que d’un vote sanction envers l’autre partie), et focaliser
sur ces dernières n’est pas la bonne méthode. Selon moi (bien que le débat
reste évidemment ouvert), si le Parti Socialiste n’a pas su tirer profit du
rejet par l’opinion publique de la droite (rappelons que malgré ce qu’a pu
promettre Nicolas Sarkozy, le nouveau gouvernement n’est rien de plus que la
continuité du précédent), c’est parce qu’il n’a pas proposé de réelles
alternatives face aux propositions de l’UMP. Bien au contraire, il a parfois
légitimé celles-ci (notamment et entre autres sur l’immigration -
« choisie » selon l’UMP, « partagée » selon les socialistes
– mais qui autant l’une que l’autre refusent les régulations massives).
L’UMP a récupéré les voix des ouvriers en promettant de
revaloriser la valeur du travail ? C’est au PS (qui en tant qu’opposition
n’aura pas la plus mauvaise place pour observer et critiquer) de proposer autre
chose ; quelque chose de mieux ; de différent ; et qui séduira à
nouveau les Français.
Ségolène Royal est loin d’être parfaite. Comme tout être
humain. Et d’autant plus comme tout Homme politique de la nouvelle génération
(surmédiatisée) qui ne cesse de faire parler d’elle. Elle n’est pas pour autant
exempte de qualité, notamment celle d’avoir réussi à rassembler (malgré les
courants et les querelles) 60% des militants autour de son investiture, et près
de 47% des Français sur sa candidature au second tour des présidentielles. Quel
autre socialiste aurait pu en faire autant ?
Très populaire, Mme Royal s’est fait applaudir lors des
meetings socialistes pour les législatives. Sur-active, elle n’a cessé ces
dernières semaines de dénoncer (de plus en plus intelligemment) l’attitude et
les propositions de l’UMP ; s’est souvent déplacée pour soutenir les
candidats PS dans leurs circonscriptions et annonce maintenant préparer une
motion qu’elle présentera afin que les militants puissent se prononcer « sur
une ligne politique claire » : elle est donc désormais
officieusement candidate à la succession de son compagnon à la tête du Parti
Socialiste.
Préférant tenter de récupérer quelques voix au bénéfice du
temps, les autres éléphants préfèrent garder le silence et ne pas appeler à un
nouveau vote des militants (qui donnerait à coup sûr Ségolène Royal encore
largement en tête).
Pourtant, j’estime que si le PS veut garder des chances de
gagner les prochaines élections (quelles qu’elles soient), il doit oublier un
peu l’idée de devoir forcément plaire à tout le monde (notamment à la multitude
de courants qui existent au sein même de son Parti) et doit adopter un fil
rouge clair et un programme propre et précis, quitte à ce que les représentants
des courants mettent un peu leur ego de côté (sans pour autant ne plus faire
valoir et défendre leurs idées) : la multitude et la complexité de
l’extrême gauche en est arrivé aujourd’hui à la détruire, il serait dommage
d’en faire de même avec le PS…
Je ne suis pas pour que le candidat socialiste des futures élections présidentielles soit immédiatement nommé : il risquerait fort d’être soumis à la critique (de l’extérieur comme de l’intérieur de son parti). Mais j’estime que si un candidat arrivait à se démarquer des autres et se présenter comme le candidat naturel de son parti (un peu à l’instar de Nicolas Sarkozy à l’UMP), et qu’il bénéficierait de l’appui de ses confrères (même s’il faut pour cela faire quelques arrangements), ce serait un atout énorme pour le PS… Et la seule qui s’impose en ce moment (comme depuis un bon moment d’ailleurs), c’est Mme Royal.
C’est pour cela que je vous pose cette question : Mais
qu’attend le Parti Socialiste pour soutenir universellement Ségolène Royal et
l’investir à sa tête ?
01 juin 2007
La nouvelle mode : vivre aux portes de l’enfer
Je tiens aujourd’hui à faire un
petit aparté dans ce blog ouvert au dialogue, pour vous parler d’un fléau qui a
envahi la France depuis quelques mois et qui se propage de manière fulgurante
et effrayante sur le net. Ce phénomène porte un nom : ana,
diminutif employé par les anorexiques.
Aux yeux de plusieurs milliers
d’adolescentes, l’anorexie est devenue plus qu’une maladie, c’est un mode de
vie auquel on adhère, même au péril de sa propre vie. Les pro-ana,
comme elles se définissent, sont généralement des adolescentes âgées de 12 à 18
ans qui s’échangent des informations pratiques (comment vomir, comment perdre
beaucoup de poids…) par le biais de blogs qui connaissent de plus en plus la
censure. Pour passer outre cette mesure, les jeunes filles s’échangent leurs
mails et dialoguent sur MSN, ou mettent des mots de passe pour accéder aux blogs. Enfin,
pour se reconnaître dans la rue, les anorexiques ont pour emblème de
reconnaissance un bracelet rouge, que l’on a pu voir porter par certaines stars
anorexiques tel que Nicole Richie.
Bref, ces jeunes adolescentes
font l’apologie de la minceur extrême, leur slogan :
Be
Perfect Be Pro-ana. Pour elles, avoir les os
visibles est très sexy, et leur vie est guidée par leurs dix commandements :
1. Si tu n'es pas mince, tu n'es pas attirante.
2. Être mince est plus important qu'être en bonne santé.
3. Tu dois t'acheter des vêtements étroits, couper tes cheveux, prendre des
pilules diurétiques, jeûner,... Faire
n'importe quoi qui puisse te rendre plus mince.
4. Tu ne mangeras point sans te sentir coupable.
5. Tu ne mangeras point de nourriture calorique sans te punir après coup.
6. Tu compteras les calories et restreindras tes apports.
7. Ce que dit la balance est le plus important.
8. Perdre du poids est bien / en gagner est mauvais.
9. Tu ne peux jamais être trop mince.
10. Être mince et ne pas manger sont les signes d'une volonté véritable et
de succès.
De plus, il
ne faut pas confondre minceur et maigreur, car lorsque l’on rentre dans
l’anorexie, nous ne faisons plus parti de la catégorie des jeunes filles
minces, mais bel et bien maigres c'est-à-dire la peau sur les os. Les filles
anorexiques gardent leur corps enfantin, elles n’ont pas de ventre, pas de
cuisses mais surtout elles n’ont pas de fesse, pas de poitrine. Qui a-t-il de
plus attirant que de voir passer une jeune femme avec une belle poitrine dans
un tee-shirt à décolleté plongeant ? Les femmes avec de belles fesses
rondes telle Jennifer Lopez, ne sont-elles pas les références de femme sexy
pour les hommes ? Car il ne faut pas oublier que ce qu’on perd en premier
c’est la poitrine et les fesses, bref tout ce qui différencie un homme d’une
femme.
Enfin,
comment peut-on vivre dans la culpabilité, la restriction, la punition. Manger
est un plaisir et un acte de vie, et non une corvée, faire attention à ce que
l’on mange est une chose, mais se priver en est une autre, on se force à ne pas
donner à notre corps ce qu’il réclame. Beaucoup d’anorexique parle de forte
crampe d’estomac, dû à un manque de nourriture, comment prétendre être bien
dans sa peau alors que l’on souffre au quotidien, comment peut-on faire
abstraction de se que notre corps nous hurle ? Comment prétendre prendre
confiance en soi dans l’anorexie, alors que chaque jour dans la rue on est
dévisagé, épié comme des bêtes curieuses, critiqué à voix basse ? On ne
peut pas prétendre être heureuse lorsque l’on est rejeté par le monde, mais
surtout par notre propre corps.
Il faut
savoir que l’apport journalier moyen d’une jeune adolescente doit être de
l’ordre de 2000 Calorie/Jour, pour les pro-ana on tombe à 400 Calories/Jour. Leur
repas en général se limite à du thé, des fruits, boire beaucoup d’eau accompagné
de laxatif et suivi par de longues heures d’activités sportives (le sucre et
les graisses sont bien entendu bannis). Autant vous dire que les carences sont
énormes et entraînent pertes de cheveux, déchaussement des dents, mauvaise
circulation sanguine, fatigue, disparition des règles mensuelles et évidemment
pour de trop grand nombre de cas l’arrêt cardiaque et la mort.
Je finirai
ce post en rappelant que l’anorexie n’est pas un jeu, mais une maladie mentale
qui se soigne avec l’aide de professionnels. Contrairement aux préjugés, cette
maladie n’est pas typiquement féminine, sur10 anorexiques, un est un garçon. Les
anorexiques n’ont généralement aucun problème scolaire mais ont une baisse
d’appétit, font énormément de sport, et maigrissent à vu d’œil. Ne laissez pas
vos enfants, vos frères et sœurs, vos cousins, vos amis s’enfoncer dans cet
enfer. Parlez leur, écoutez-les, guidez-les ou faites appel à des
professionnels car c’est leur santé qui est en jeu, et leur avenir (en espérant
qu’il soit le plus long possible). Enfin, pour ceux qui connaissent déjà
l’enfer je pense sincèrement que c’est de courage, de rage de vivre et de volonté
qu’ils doivent faire preuve pour sortir de ces rouages. Et surtout n’oubliez
pas, la vie est trop courte pour la gâcher, ma philosophie à moi : carpe
diem ou tout simplement profite de chaque instant.
25 mai 2007
Bernard Kouchner, ouverture ou trahison ?
Il représente à lui seul l’ouverture prônée par Nicolas
Sarkozy, peut-être même la seule lorsque l’on le compare à Hervé Morin – qui a
l’intention de fonder un nouveau parti (en fait de reprendre et de continuer l’UDF) :
un parti du centre qui reste au ''service'' de la droite, ou à Eric Besson – qui avait
déjà rejoint M. Sarkozy avant le résultat des élections ; resterait à la
limite Jean-Pierre Jouyet - proche de François Hollande, mais en tant que
secrétaire d’Etat, force est de constater que l’on ne parle guère de lui (à
moins que ce ne soit parce qu’il n’était pas membre du PS)…
Toujours est-il que Bernard Kouchner est arrivé sur le
devant de la scène médiatique : traité d’opportuniste, accusé de trahison
par certains, viré du Parti Socialiste par le Premier secrétaire dès l’annonce
de sa participation au gouvernement, qualifié d’homme de l’ouverture par les
sarkozystes (dont certains d’ailleurs se méfient) ; il occupe les pages de
la presse et les sujets de conversations du moment.
Je dois dire que mon opinion sur ce personnage est assez
mitigée : d’un côté, je me méfie de quelqu’un qui vient de l’opposition au
sein du gouvernement (quel qu’il soit), car cela risquerait fort de créer des
conflits dont les retombées (ministre des Affaires étrangères tout de même !)
ne serait pas sans danger. De plus, sa position sur les USA et l’Irak n’est pas
pour m’enchanter – et j’espère bien que Nicolas Sarkozy ne l’a pas choisi pour
ses déclarations sur le sujet (car force est de constater qu’ils ont en commun
d’avoir un penchant proaméricain) et qu’il n’oubliera pas sa promesse de
Président nouvellement élu - dire aux Etats-Unis que « l’amitié c’est
accepter que ses amis puissent penser différemment ».
D’un autre côté, il est évident que si M. Kouchner a rejoint
le gouvernement, ce n’est pas pour mener une autre politique que celle de M.
Sarkozy - donc un politique de droite (ce qui évitera peut-être les conflits
d’idées que je redoutais). Je comprends d’ailleurs tout à fait que François
Hollande l’ait exclu du PS, car il a non seulement renié ses idées, mais a en
prime décrédibilisé son ancien parti en acceptant l’ouverture – n’en déplaise à
ceux qui pensent qu’il n’y a pas de honte à aider un gouvernement
« ennemi » du moment que c’est pour la bonne cause : lorsque les
solutions de ce gouvernement ne vous paraissent pas les bonnes pour rétablir la
situation de la France, il est étonnant d’aller l’aider à les appliquer…
Opportuniste ? Très certainement : selon certains,
Bernard Kouchner a toujours voulu avoir un ministère, et celui du quai d’Orsay
l’attirait particulièrement.
Mais je n’irai pas jusqu’à parler de trahison : M. Kouchner
a toujours eu des positions controversées (car pas trop « de
gauche ») qui ne lui ont valu que très peu de postes à responsabilités
dans sa carrière au PS malgré sa popularité, et même s’il ne portait pas
spécialement Nicolas Sarkozy dans son cœur jusqu’au deuxième tour, je pense qu’au
regard de ces positions et notamment celles sur le PS ou la gauche (« Aujourd’hui,
je ne fais rien au PS. J’espère y rejouer un rôle, mais on ne me demande rien.
Tant pis, s’ils ne veulent pas de moi. Je ne vais pas me mettre à genoux » ;
« La gauche française souffre
d’une forme de frilosité qui tourne au conservatisme ») on
ne peut pas nier qu’il soit au final la personne la plus logique (la
seule ?) de gauche susceptible de rejoindre un gouvernement de droite.
PS : Pour information, le salon vient de se faire référencer sur Booster Blog, Parti Pris, Annuaire du Web, Casafree, afin d'ouvrir ses portes au plus grand nombre de visiteurs possibles.
18 mai 2007
Deux jours – Joker présidentiel
Deux jours. C’est le temps que sera resté le nouveau
président de la République avant de se faire pointer du doigt par le salon… En
effet, l’heure est venue de dénoncer l’attitude de Nicolas Sarkozy – non pas en
ce qui concerne les onéreuses vacances qu’il s’est offert (ou fait offrir) au
lendemain de la fin de sa campagne, ni sur un article (concernant son épouse)
qui a été mystérieusement retiré de la publication, mais bel et bien sur ses
idées…
En effet, n’ayant pu donner des ministères à chacun de ses
soutiens au profit d’un gouvernement d’« ouverture », M. Sarkozy
espère en contenter quelques uns de plus en demandant à ce qu’une direction
collégiale soit mise en place en lieu et place de son ancienne présidence de
l’UMP, laquelle représenterait toutes les sensibilités (afin d’éviter la
création de courants) et choisirait en son sein un secrétaire général.
On imagine sans peine (lorsque l’on ne l’a pas vu
s’extérioriser) la frustration de certains des fidèles de Nicolas Sarkozy de se
voir refuser un maroquin sous prétexte que « la fidélité c'est pour les
sentiments, l'efficacité c'est pour le gouvernement ». D’un autre
côté, le nouveau président de la République n’avait (officiellement) rien
promis à personne, et avait même commencé à parler d’ouverture dès son
investiture en janvier dernier : on peut ainsi se demander – en voyant la
réaction de déception de certains, si certains ralliements ne se sont fait uniquement
par intérêt personnel et/ou opportunisme…
Passons. Cette façon de vite oublier ses soutiens une fois
élu n’est pas sans me rappeler celle de son prédécesseur - et ne m’intéresse
guère, d’autant plus qu’elle est sûrement volontaire pour pouvoir affirmer que
M. Sarkozy n’est pas du genre à « ne s’entourer que de ses amis » ;
ce qui m’a le plus interpellé dans cette déclaration, c’est que – au final, ce
ne sont plus les militants de l’UMP qui éliront leur président.
Selon un des proches de Nicolas Sarkozy « Si
l'on gardait le système actuel, le successeur de Nicolas serait ipso facto
tenté d'exercer un contre-pouvoir », ce que ne souhaite évidemment pas
le nouveau président de la République. Il serait en effet dommage pour ce
dernier que s’installe une cohabitation entre l’Elysée et l’UMP.
Cette attitude me semble on ne peut plus éhontée de la part
de celui qui a fait des pieds et des mains pour accéder à la présidence du
parti fondé par son vieil ennemi (contre son approbation d’ailleurs), qui a
prôné durant de longues années la rupture avec un gouvernement auquel il
appartenait, et qui s’est fait élire sur cette dernière mais aussi (entre
autres) grâce aux nombreux soutiens émanant de son parti… Cette attitude mériterait même - en
temps normal, une cible du jour.
Mais on va dire que c’est gratuit pour cette fois, que c’est
notre cadeau au président nouvellement élu, une façon de lui souhaiter la
bienvenue (certains affirmeront peut-être que la censure sur les blogs a déjà
commencée ;-)
Attention cependant : le Joker Présidentiel est
utilisé, je serais moins indulgent la prochaine fois…
11 mai 2007
Entre fascisme, révolte gauchiste et répression
« Au sein de la nébuleuse révolutionnaire, un terme
semble résumer la vision de la période : celui du fascisme. De la
répression au fascisme, le glissement s’opère en effet aisément. […] La
logique qui anime de telles interprétations n’est pas de l’ordre de la
rationalité, mais de la « rage » contre un pouvoir qui réprime et une
société qui refuse de faire sienne la perspective révolutionnaire. […] Le
fascisme est annoncé sur le mode de l’imminence. Il est censé venir
d’ « en haut », de l’Etat lui-même et plus précisément du
ministère de l’Intérieur. […] Au début des années soixante-dix, le thème
du fascisme structure une représentation de la société française et une façon
de raisonner ou de déraisonner dont la France des années quatre-vingt-dix subit
encore les effets. Loin de combattre le danger réel que constitue la montée de
l’extrême droite en France, cette vision entretient une dangereuse confusion. »
Voici ce qu’écrit Jean-Pierre Le Goff, philosophe de formation
et sociologue, dans son livre « Mai 68, l’héritage impossible » (La
Découverte). Je précise que cet ouvrage était initialement sorti dans les
années quatre-vingt-dix, donc avant le score de Jean-Marie Le Pen aux élections de 2002, et bien avant l’arrivée
de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur.
On peut distinguer deux Mai 68 : celui qui a démarré
bien avant cette date et qui a véhiculé la pensée anarchiste et apolitique
(d’une génération qui vécue la transition entre l’époque de ses parents qui
avaient connu la Guerre et celle de ses enfants qui ne connaissent que la
guerre économique de consommation et de loisirs) qui a abouti à la pensée
humaniste de la société et la civilisation dans laquelle nous vivons encore à
l’heure actuelle, une sorte de pensée soixante-huitarde symbolique à laquelle
nous n’hésitons pas à faire référence (en bien ou en mal) régulièrement encore
de nos jours ; et celui - beaucoup plus politisé à l’extrême gauche, qui a
démarré en mai, mais qui s’est largement étoffé dans son immédiat d’après (les
étudiants et « enragés » qui se sont aperçus que la révolution
n’était pas réalisable sans l’appui des ouvriers se sont soudainement
rapprochés des multiples partis prônant la révolution et des syndicats qu’ils
rejetaient quelques semaines auparavant – rappelons que les accords de Grenelle
négociés par les syndicats n’ont jamais été signés mais en partie appliqués
dans les mois qui suivirent par le gouvernement). Ce Mai 68-là était en ce sens
bien plus proche de la révolution gauchiste que de la pensée libertaire
omniprésente à l’époque ; c’est d’ailleurs en ce sens que la révolte n’a
jamais pu aboutir : si l’opinion publique eut un courant de sympathie au
départ des faits en voyant la (sévère) répression de la police sur les manifestants,
elle s’en est vite détachée en voyant la violence de certains de ses mêmes
manifestants/émeutiers, et la peur d’une révolution communiste comme il avait
pu en avoir dans d’autres pays (et dont la menace était très présente et réelle
à l’époque) a fait voté les citoyens pour le gouvernement en cours (« J’me
souviens surtout d’ces moutons, effrayés par la liberté, s’en allant voter par
millions pour l’ordre et la sécurité » chantera des années plus tard
Renaud).
Je ne peux m’empêcher d’émettre les similitudes qu’il y a
entre l’époque de Mai 68 et la notre (bien que je sois conscient que cela n’ait
strictement rien à voir) : la facile assimilation entre Nicolas Sarkozy et
le fascisme par ses opposants, le rejet de l’autorité et la violence envers les
force de l’ordre, les émeutes contre le Président nouvellement (et
démocratiquement) élu…
A ce propos, je souhaiterais éclaircir ma position à ce
sujet : pour moi, manifester son mécontentement et son opposition aux
réformes que proposent le gouvernement, c’est un droit, et je dirais même que
c’est utile et nécessaire pour s’exprimer et montrer que le gouvernement
propose des lois qui ne conviennent pas forcément à tout le monde, ni à toute
les visions du monde (cela montre, en fait, que quoi qu’il se passe, la
sanction - par le biais du vote, n’est jamais très loin) ; chercher à
imposer son opinion au gouvernement et au peuple français en manifestant son
désaccord sur la récente élection d’un Président (qui n’est d’ailleurs pas
encore entré en fonction) ou en réclamant qu’un projet de loi soit purement et
simplement abandonné sans quoi on bloquera certains accès du et au pays, c’est
anti-démocratique ; casser et brûler des voitures et des vitrines de
magasins de personnes qui n’ont rien demandé ou s’en prendre aux fonctionnaires
de police (ou aux pompiers), c’est tout simplement intolérable et inadmissible.
D’autant plus que, croyez-moi, ça ne fait que renforcer l’opinion publique
envers M. Sarkozy, qui ne regarde plus que l’Etat fort prôné par ce dernier (pour
preuve, la perte des voix de M. Le Pen au profit de l’ancien ministre de
l’Intérieur), au lieu de se pencher sur ses vraies idées et réformes qui
seraient bien capables de le perdre…
Si la Gauche (ses cadres comme ses sympathisants) veut
vaincre Nicolas Sarkozy aux prochaines élections (législatives ou
présidentielles), il va falloir qu’elle s’organise différemment de ce qu’elle a
pu montré jusqu’à présent, et qu’elle fasse front, idéologiquement.
07 mai 2007
Ça va bouger !
Se faire élire sans brader son programme aux plus offrants
lors du deuxième tour, cela faisait peut-être vingt-cinq ans que ça n’était
plus arrivé… Cela faisait en tout cas plus de vingt-cinq ans que les Français
n’avaient pas voté pour une alternance mais pour une continuité du gouvernement
en cours. Il ne reste plus qu’à espérer que Nicolas Sarkozy tienne ses
promesses et ne fasse pas tomber la France dans une espèce d’immobilisme car,
rappelons-le lui, 100% des bulletins exprimés l’ont fait en faveur du
changement (celui qu’il prônait ou celui d’un autre candidat)…
En tout cas, en se faisant élire en tenant une position bien
ancrée à droite, M. Sarkozy va pas mal faire bouger… les rangs
politiques ! En effet, il y en a qui vont s’éloigner de la droite pour se poser
en véritable opposition, tandis que d’autres vont vouloir se rapprocher du
centre pour récupérer des voix et ainsi s’assurer (en tout cas selon eux) une
victoire prochaine.
C’est ainsi que l’on a pu voir au PS Ségolène Royal afficher
un sourire de victoire après une large défaite (peut-être avait-elle peur de se
voir obligée d’endosser de la responsabilité de cette défaite), promettant aux
socialistes qu’elles serait toujours près d’eux et avec eux pour continuer la
rénovation du parti qu’elle a entamée ; Dominique Strauss-Kahn affirmer
que c’était dès le premier tour que la gauche avait perdu les élections, et se
dire disponible pour rénover le PS (action qu’il prétend d’ailleurs avoir
initié) ; Laurent Fabius continuer de courir après les voix de l’extrême
gauche (c’est-à-dire moins de 10% des voix au premier tour) ; et François
Hollande qui continuait son discours d’opposition (au final, comme si rien
n’avait changé depuis un an) dès la fin du premier discours du futur Président
de la République.
Il faut dire qu’il a certainement dû sentir que le discours
rassembleur de Nicolas Sarkozy (qui a parlé d’écologie et de solidarité – un
fait rare dans sa campagne) était fait pour couper l’herbe sous les pieds d’une
opposition qui allait mettre un certains temps avant de s’organiser
convenablement, mais toujours est-il qu’il est entré en opposition directe avec
ce que sa compagne proposait aux Français quelques heures auparavant, à savoir
sortir d’une politique de bloc contre bloc (idée par ailleurs reprise à
François Bayrou). Ce n’était certainement point grave pour lui car – selon ses
propres dires, une personnalité politique n’est engagé envers ses promesses de
campagne qu’une fois élue…
Cela ne l’a en tout cas pas empêché de se faire à son tout
critiquer plus tard dans la nuit.
Bref, ça sent un peu le sapin au Parti Socialiste et -
les (rares) pro-Royal me pardonneront, je pense c’est ce qui se passe
lorsque l’on rassemble non pas autour de ses idées mais contre celles d’un
autre (77% des votes pour Nicolas Sarkozy étaient d’adhésion contre 55% pour
Ségolène Royal – à 42% vote barrage à M. Sarkozy).
Et l’UDF le mouvement démocrate dans tout ça ?
Va-t-il perdre une majorité de ses députés (avides de pouvoir) au profit de la
majorité de l’UMP ? Va-t-il – comme il l’a promis, créer une véritable
troisième force au centre (encore faut-il qu’il en ait les moyens) ? Ou
bien va-t-il se laisser tenter par un ralliement avec le PS dont certains n’hésitent
plus à annoncer la venue ?
Encore une fois, ce sont les résultats des législatives qui
pourront mieux nous éclairer dans tout ce mic-mac mais, une chose est sure,
c’est que ça va bouger !
04 mai 2007
Un pas de plus à gauche
Soucieux d’occuper le devant de la scène, François Bayrou
multiplie les sorties pour le moins surprenantes. On l’a ainsi (lamentablement)
entendu déclarer, juste avant le débat entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal,
qu’il était possible qu’il se prononce selon la tournure du débat. Il a
finalement décidé, hier, de déclarer qu’il ne voterait pas pour M. Sarkozy
(mais sans pour autant se prononcer en faveur de Mme Royal)… Pour ceux qui en
doutaient encore, voilà qui est réglé.
En tout cas, avec ce nouveau pas à gauche, force est de
constater que le futur Président du « mouvement démocrate » prend en
contre-pied ses propres députés ; et je dois bien avouer que je ne
comprend pas très bien sa stratégie (je ne pense pas que ce soit uniquement
un conflit personnel entre lui et M. Sarkozy, ce serait vraiment idiot et
irréfléchi de sa part) : peut-être estime-t-il que Nicolas Sarkozy est déjà
élu, et que c’est le meilleur moyen de se positionner dans l’opposition ?
Ou peut-être espère-t-il faire pencher la balance en faveur de Mme Royal (qui a
accueilli ses déclarations à bras ouverts) à quelques jours du second
tour ?
Dans tous les cas, le geste est osé, car si la droite passe
dimanche, je ne suis pas sûr qu’avec 22 députés sur 29 ayant rejoint l’UMP d’une
part, et près de la moitié des votes s’exprimant pour les socialistes d’autre
part, le partie qui se présente comme l’opposition logique soit celui de M.
Bayrou ; de même, si c’est la gauche qui passe, acceptera-t-il de
gouverner avec le PS et renier ainsi ses promesses de parti indépendant, ou
bien espère-t-il être présenté comme l’opposition principale face aux
socialistes (qui serait tout autant crédible au vu de ses dernières
déclarations que le cas inverse) ?
Dans tous les cas, j’imagine mal avoir envie dans cinq ans
de voter pour un parti qui s’est contenter de rester au milieu, à approuver si
ce que le gouvernement au pouvoir – qu’il soit de droite ou de gauche, propose lui
convient ; ou à s’opposer si cela ne lui convient pas… Au mieux y
verrai-je un bon arbitre, qui devra laisser jouer les grands au moment du
prochain match.
Bref, son pari de faire un nouveau pas vers la gauche est
assez risqué, car il y a des chances qu’il perde une grande majorité de ses
députés (visiblement attirés par le pouvoir et aisément soudoyés) et/ou qu’il
soit contraint de fusionner avec le Parti Socialiste pour former un seul grand
parti de centre gauche - vu la tendance de toute façon à gauche à s’éloigner
des extrêmes pour rejoindre le centre, ce qui me paraîtrait logique dans les
années à venir, mais qui serait au grand détriment de François Bayrou si cela
devait survenir dans le prochain quinquennat, vu las taille actuelle du PS.
Les législatives de juin nous éclaireront certainement plus
à ce sujet, puisque le vote utile d’avril dernier sera oublié au profit de la
réelle tendance des convictions des Français…
Dimanche, c’est Le grand jour, n’oubliez pas d’aller voter.
La consigne du salon ? La même que pour le premier
tour : ne laissez pas les autres décider pour vous !
25 avril 2007
François Bayrou se décrédibilise
Visiblement enivré par les 18 % de votes en sa faveur,
François Bayrou n’a pas dû émettre l’hypothèse que les sept millions de voix
d’électeurs égarés qui sont venues se rabattre sur lui ne seront peut-être plus
siennes dans cinq ans, voire d’ici les législatives ou - encore mieux, d’ici le
6 mai (si ce n’est d’ailleurs pas déjà le cas). Aussi, le Président de l’UDF
continue d’agir comme s’il était toujours dans la course à l’Élysée (il
faut dire que les tentatives de ralliement lamentables des deux candidats
restants - mettant en avant un troisième homme dans le débat, n’arrangent guère
les choses) et se permet même le luxe de renommer son propre parti en annonçant
une force nouvelle, « la seule force nouvelle de notre pays »
(!).
Rappelons tout de même que l’UDF existe depuis presque
trente ans, qu’il a déjà eu un Président de la République (Valery Giscard
d’Estaing), que François Bayrou a été ministre sous le gouvernement d’Alain
Juppé, et qu’il était déjà candidat à l’élection présidentielle de 2002.
Toujours est-il que M. Bayrou, en prononçant un discours tel
que celui qu’il a prononcé dans l’après-midi, vient de se décrédibiliser.
En effet, trop emporté par l’élan que vient d’avoir son
parti, François Bayrou en a même oublié ce qu’il a promis (et continue de
promettre), à savoir sortir du clivage gauche-droite, créer une « force
de contre-pouvoir, libre, capable de dire oui si l’action va dans le bon sens
et non si elle va dans le mauvais sens » (quelle modestie ceci dit) et
« faire sortir la politique des réflexes du toujours pour et du
toujours contre » ; car, en dénonçant le programme de Ségolène
Royal comme allant « exactement à l’encontre, en sens contraire, des
orientations nécessaires pour rendre à notre pays et à son économie leur
créativité et leur équilibre » sans en préciser les points sur
lesquels il est en accord ; et en s’attaquant à Nicolas Sarkozy sur sa
personnalité plutôt que sur son programme « Nicolas Sarkozy, par sa
proximité avec les milieux d’affaires et les puissances médiatiques, par son
goût de l’intimidation et de la menace, va concentrer les pouvoirs comme jamais
ils ne l’ont été. Par son tempérament, et les thèmes qu’il a choisis d’attiser,
il risque d’aggraver les déchirures du tissu social, notamment en conduisant
une politique d’avantage au plus riche », n’est-il pas en train d’agir
justement de la manière qu’il prétend combattre (toujours contre) ?
Au final, la seule chose intelligente qu’ait pu dire le
Président de l’UDF, c’est que « les Français qui ont voté pour moi sont
en conscience des citoyens libres de leur choix », mais ça, j’imagine
qu’ils n’ont pas attendu qu’il le dise pour l’être.
Navré, M. Bayrou, mais vous êtes ma cible du jour, car si je
peux passer sur le fait que vous prétendiez pouvoir dénoncer ce qui est bien ou
mal pour notre pays, sans préciser que cela reste VOTRE opinion, que vous
espériez effacer votre passé et celui de votre parti simplement en le renommant
et en prétendant n’accepter (dés lors) plus « aucune soumission ou
ralliement à l’un des deux camps » ; permettez-moi de vous
rappeler que ce n’est pas votre programme qui a été retenu dimanche dernier,
mais tout de même que les sept millions de Français qui ont voté pour vous ne
l’ont pas fait pour vos beaux yeux et pour le bien de votre parti, mais bien pour
les idées que vous véhiculiez, alors essayez pour le moins de vous y tenir et d’en
montrer l’exemple.
20 avril 2007
Les professions de foi
Absent de la blogosphère depuis des mois, j’aurais aimé
profiter de cette semaine de vacances qui vient de s’écouler (snif) pour vous
préparer une petite surprise pour les élections présidentielles (du genre
éplucher les programmes de certains candidats etc.). Malheureusement, faute de
temps, j’ai du me contenter des douze professions de foi que j’ai reçu dans ma
boîte aux lettres lundi… Voici ce que j’ai pu en retenir - sachant qu’il ne
s’agit en aucun cas d’un résumé de chacune d’entre elles, et surtout que ce
que j’en écris ne se base nullement sur les idées véhiculées, mais bien sur
la forme.
Celles qui m’ont déçues (de gauche à droite) :
Marie George Buffet : On ne pouvait que
s’attendre à mieux de la part de celle qui représente le Parti Communiste Français
(bien qu’elle ne se présente pas comme telle – cela doit faire plaisir à son
propre parti) vu que le communisme est sensé être le système directement opposé
au capitalisme, elle se fait au final voler la vedette par Olivier Besancenot
(lire plus bas). Ce que j’ai cru comprendre au fur et à mesure que je lisais
son tract, c’est : « Voter à gauche, c’est nous permettre plus
on aura de voix au premier tour de négocier le plus de ministères possible si
le PS est élu au second tour », ce que Mme Buffet n’a d’ailleurs pas exclu
dans ses récentes déclarations… Décevant, donc.
Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy : Trop
confiants par rapport aux sondages, ou bien au contraire peureux de perdre des
précieuses voix lors de la dernière ligne droite de la campagne, j’ai trouvé
que leurs professions de foi manquaient un peu de… passion. Chacun se
contentant d’énumérer des idées basiques de gauche (pour l’une) et de droite
(pour l’autre – à moins que ce ne soit l’inverse ?) qui ne peuvent que leur
garantir le soutien des leurs, et un maximum de voix des indécis : du
grand art dans le « ninisme » (objectif : se faire élire)… Où
sont passés leur mordant habituel et leurs propositions controversées ?
Jean-Marie Le Pen : Estimant (sans doute à juste
titre) que son nom suffise à faire voter (ou pas) pour lui, M. Le Pen nous
livre tout simplement la profession de foi la plus courte, se contentant de
rappeler les évènements de 2002. On était justement en droit d’espérer qu’un
parti présent au second tour de la précédente élection présidentielle énumère
au moins l’essentiel de ses propositions…
Celles qui m’ont emballées :
Olivier Besancenot (la palme !) : En voilà
un qui n’a pas peur de ne pas faire de « ninisme » !
Si, selon François Mitterrand, Jean-Marie Le Pen est le
véritable visage de la droite, permettez-moi de proposer M. Besancenot comme
étant celui de la (vraie) gauche, il ne faut d’ailleurs pas s’étonner à mon
avis de sa côte (par rapport à ses adversaires de gauche) dans certains
sondages.
Il est le seul candidat d’extrême gauche (avec Arlette
Laguiller, mais celle-ci se rattrape par une flatterie dans le paragraphe qui
suit) à s’opposer directement au système capitaliste, y compris celui de Mme
Royal ; et surtout à ne pas avoir peur de se mouiller en proposant ses
idées : interdire les licenciements, passer aux 32 heures (!), multiplier
par dix l’impôt sur la fortune etc. : on ne peut pas dire que son
programme tente de séduire tout le monde !
Si tous les candidats faisaient comme lui, je pense qu’on y
verrait plus clair, et qu’il y aurait nettement moins d’indécis…
Philippe de Villiers : Ses déclarations on ne
peut plus « pertinentes » lui avaient déjà valu d’être une cible du
jour au salon,
mais il faut croire que M. de Villiers s’est bien entouré pour écrire sa
profession de foi : en se basant sur ses résultats plutôt que sur des
promesses en exposant le moins possible ses idées pour le moins inquiétantes,
je dois dire qu’il marque un sacré bon point !
Les autres :
Pas moins de six candidats (la moitié du total) à gauche du
Parti Socialiste qui proposent – à mon appréciation, pratiquement tous la même
chose (Smic à 1500 euros net, augmentation des salaires de 300 euros
etc.) : de quoi se demander s’ils ne se sont pas consultés les uns les
autres avant de proposer… Je ne suis pas un spécialiste de l’extrême gauche,
mais je veux bien que quelqu’un m’explique pourquoi ils ne se sont pas mis
d’accord pour ne présenter qu’un seul candidat, si ce n’est une question
d’ambitions personnelles.
A noter que selon moi deux sortes du lot : Gérard
Schivardi - qui proposent carrément de revenir sur les accords de Maastricht et
de sortir de l’Europe ; et José Bové - qui n’appartient à aucun parti
politique, ce qui peut le rendre un peu plus crédible, d’autant que son
programme englobe l’ensemble de ce que proposent les autres, et qu’il est
soutenu par Renaud – ce qui ne pouvait me laisser indifférent ;-)
Restent Frédéric Nihous, dont seuls voteront pour lui ceux
qui sont visés par ses propositions sur la chasse et la pêche ; et
François Bayrou, dont l’idée de dépasser le clivage gauche droite me séduit
plutôt pas mal lorsqu’il s’agit des éternelles disputes dignes d’adolescents,
mais beaucoup moins lorsqu’il s’agit de politique sérieuse : non seulement
le clivage est impossible à effacer, mais en plus je l’estime nécessaire pour
faire avancer le pays (il ne manquerait plus que l’on devienne tous d’accords
les uns avec les autres : plus de débats, quel ennui ! ;-).
N’oubliez pas que dimanche c’est le grand jour !
La consigne du salon ? Allez voter (c’est
une chance que nous avons) ! Et voter selon votre cœur (en tout cas au
premier tour ;-) : c’est ce qui permettra d’indiquer à notre prochain
gouvernement la tendance (qu’elle soit de droite ou de gauche) que nous voulons
qu’il prenne pour ces cinq prochaines années.
