19 janvier 2008
L’erreur de Marx
Oui, bon, je sais : je vais encore un citer un extrait
de ce livre (« Le capitalisme est-il moral ? » d’André
Comte-Sponville). Mais là, c’était tellement proche de ce que je pense que je
n’ai pas pu me résoudre à le laisser passer… D’ailleurs, si ça ne faisait pas
des mois que j’essayais de formuler maladroitement cette théorie, je pense que
j’aurais été tenté de l’accuser de plagiat ;-)
« Le but de Marx, au fond, ce fut de moraliser
l’économie. […] Marx voulait en finir avec l’injustice, non par une simple
politique de redistribution, dont il percevait bien les limites, encore moins
en comptant sur la conscience morale des individus, à laquelle il ne croyait
guère, mais en inventant un autre système économique, qui rendrait enfin les êtres
humains économiquement égaux. Moralement, on ne saurait lui donner tort. Mais,
économiquement, comment serait-ce possible ? La faiblesse de Marx, c’est
qu’il n’a pas les moyens anthropologiques de sa politique. Or, son
anthropologie est juste. En bon matérialiste, il pense que les hommes sont mus,
d’abord, par leur intérêt, ou par ce qu’ils jugent être tel. Il va même plus
loin que je n’irais personnellement : « Les individus poursuivent uniquement
leur intérêt particulier, lequel, à leur yeux, ne coïncide nullement avec leur
intérêt commun. » Mais alors, pourquoi se soumettraient-ils à
celui-ci ? Et s’ils ne le font pas, que reste-t-il du communisme ?
C’est où l’on rencontre la dimension utopique du marxisme. Pour que le
communisme, tel que Marx l’avait conçu, ait une chance de réussir, il fallait
au moins une chose : que les hommes cessent d’être égoïstes et mettent
enfin l’intérêt général plus haut que leur intérêt particulier. Si l’on
obtenait ça, le communisme avait une chance de réussir. Autrement, non. Il
était donc inévitable qu’il échoue (c’est facile à dire après coup, je vous
l’accorde, mais dès lors que nous sommes en effet après coup, autant en
profiter…), puisque les hommes sont égoïstes et mettent toujours, à l’échelle
des grands nombres, leur intérêt particulier plus haut que l’intérêt général.
Il était donc à peu près inévitable aussi que le communisme devienne
totalitaire, puisqu’il fallut bien imposer par la contrainte ce que la morale,
très vite, s’avéra incapable d’obtenir. C’est ainsi que l’on passe de la belle
utopie marxiste, au XIXe siècle, à l’horreur totalitaire que chacun
connaît, au XXe. Il fallait renoncer au rêve, ou transformer
l’humanité. On entreprit donc de la transformer (propagande, bourrage de crâne,
camps de rééducation, hôpitaux psychiatriques…), et ce fut l’échec sanglant que
l’on sait. »
09 janvier 2008
Moralement et politiquement correct
Voici un extrait de l’ouvrage du philosophe André
Comte-Sponville intitulé « Le capitalisme est-il moral ? » (tiré
– comme à son habitude, de multiples conférences faites en public). Je vous
laisse juger à quel point son honnêteté frise avec le politiquement
incorrect :
« Imaginez que ce soir, dînant avec quelques amis, je leur fasse cette déclaration saugrenue : « Cette fois, les amis, moralement, je suis content de moi ! J’ai passé tout l’après-midi à faire une conférence grand public sur le rapport entre la morale et l’économie. Deux heures d’exposé, trois heures de débat ! Si ce n’est pas avoir une haute idée de mes responsabilités d’intellectuel, de philosophe, de citoyen, qu’est-ce que c’est ? ». Mes amis, même quelque peu surpris du ton, ne pourraient, moralement, que m’approuver. Sauf si l’un d’eux, soudain, m’interroge : « Mais, dis voir, ils t’ont payé, pour faire ta conférence, ou l’as-tu faite bénévolement ? ». Je leur répondrais la vérité : « Bénévolement ? Non. Ils m’ont payé… Et même, tu vois, par rapport à nos habitudes d’universitaires, qui sont chiches, ils m’ont fort convenablement payé ! ». Mes amis, alors, ne pourraient que protester : « Que tu aies été payé pour faire ta conférence, aucun d’entre nous ne te le reprochera : tout travail mérite salaire, et l’on se doute que tu as fait ta conférence en toute honnêteté. En revanche, on trouve un peu culotté que tu te félicites, moralement, d’avoir fait une conférence pour laquelle tu reconnais toi-même avoir été fort convenablement payé ! Relis Kant, me diraient mes amis philosophes, dès lors que tout laisse entendre que tu as fait ta conférence par intérêt, et même si tu as agi en tout conformément à la morale, ta conférence était pourtant sans aucune valeur morale – puisque tu l’as faite par intérêt, et que le propre de la valeur morale d’une action, c’est le désintéressement ». Mes amis auraient évidemment raison, ce pourquoi l’idée ne me traverserait pas l’esprit un instant de me féliciter, moralement, d’être parmi vous aujourd’hui. »
12 décembre 2007
La mécanique du glissement à droite
Voici un article que j’ai trouvé dans Le nouvel
observateur hors série de novembre/décembre 2007 (consacré aux droites de
1789 à 2007), il est de Michel Winock :
« La droite n’est pas une entité fixe ; elle
est composite et évolutive. Pendant près de deux siècles, elle a changé et
s’est nourrie de tous les transfuges de la gauche. Le moteur principal de
l’évolution a été la poussée répétée des forces de gauche vers la droite à
partir du renouvellement de l’extrême gauche. Sous la IIIe République,
l’extrême gauche des radicaux-socialistes pousse vers la droite les
républicains modérés, mais ces mêmes radicaux sont poussés à leur tour vers la
droite par l’arrivée à l’Assemblée des élus socialistes dans les années 1890. Après
1920, c’est le Parti communiste français qui rejette dans la direction de la
droite socialistes et radicaux.
Prenons l’exemple de Raymond Poincaré, figure
emblématique de la droite. Or, au début du XXe siècle, il est du côté des
dreyfusards avec une partie des modérés. Après la guerre de 1914-1918, ces
modérés de gauche, républicains, laïques et libéraux en économie, bien
représentés par l’Alliance démocratique, sont poussés à droite après
l’émergence du Parti communiste qui, avec le Parti socialiste, vient renforcé
la gauche anticapitaliste.
La droite a perdu ses doctrines d’origine imprégnées de
monarchisme et de catholicisme ; elle s’est républicanisée et laïcisée. Dans
ce processus, les idées, les groupes, les individus issus de la gauche ont joué
un rôle majeur. Tandis que la gauche originelle a évolué vers la droite, la
droite des origines, elle, a glissé vers l’extrême droite. Mais le processus
inverse est-il aujourd’hui impensable ? ».
Impensable ?
Je ne le crois pas, rien n’est impensable avec le cours du
temps. Surtout au vu lors de ces dernières élections de la reprise de certains
thèmes jusqu’à présent réservés à l’extrême droite par la droite… Voire même
par la gauche (sécurité, immigration, nationalisme etc.).
Mais je pense que ces évènements sont principalement dus à
un retour de bâton de sujets - pas forcément dangereux, qui ont fini par
devenir tabous dans notre pays. A l’inverse - en voyant le PS patauger et
s’emmêler dans ses propres prises de positions pendant qu’Olivier Besancenot
est en train de devenir LA figure emblématique de l’opposition en dénonçant de
manière engagée et structurée (par opposition à la manière que je qualifierais
de « systématique » du Parti socialiste) les réformes proposées par
le capitalisme (de droite comme de gauche), d’autant plus qu’il a désormais
exprimé explicitement le souhait de rassembler différents Partis de gauche afin
de créer un nouveau grand Parti anticapitaliste ; l’on peut se demander si
nous ne sommes pas en train d’assister à un nouveau « glissement à droite »…
L’émergence d’un nouveau Parti de gauche va-t-elle
influencer le PS dans les choix politiques qu’il doit faire ? Est-ce
finalement le renouvellement de l’extrême gauche – encore une fois, qui fixera
le sort du Parti socialiste ?
26 novembre 2007
Faut-il chasser les extrêmes ?
Loin de moi l’idée de me mettre à dos les principes du Cercle des blogueurs disparus en posant cette question, bien au contraire : c’est dans le cadre de nos grands débats communs que nous vous proposons celui-ci – vous pouvez d’ailleurs lire ici l’opinion de Toréador, de Pierre Catalan, de Frednetick, d'Odanel et d’autres à venir (faites-moi signe si j’en oublie).
Je ne tournerai pas longtemps autour du pot, et je sais que je ne ravirais pas les fans du politiquement correct, mais : non, j’estime qu’il ne faut pas chasser de notre échiquier politique les différents partis représentant les extrêmes, et ceci pour deux raisons.
Tout d’abord, je ne pense pas – comme nous avons pu le voir avec mon précédent post, que la démocratie est un régime infaillible, je serais même plutôt tenté de dire - à l’instar de Winston Churchill, que la démocratie est le pire régime… après tous les autres. Cela signifie peut-être que la démocratie est le moins pire des régimes, cela veut surtout dire qu’elle est loin d’être parfaite.
Que des candidats critiquent la démocratie (ou la République actuelle), je trouve cela sain car tout d’abord ça montre que nous avons encore une certaine liberté d’expression, mais surtout cela ne nous enferme pas dans une bulle idéologique (et par conséquent dangereuse) dans laquelle nous n’aurions plus le droit de remettre notre régime (et ses multiples failles) en cause et/ou en question.
Ensuite, j’estime très humblement que je ne détiens pas la Vérité. Aussi je trouverais très hypocrite de bannir définitivement le vote des personnes qui ne pensent pas comme moi.
Si j’ai totalement approuvé le principe de Kiwis qui refuse les extrêmes au sein d’un Cercle qui se veut un minimum républicain (car il aurait fallu dès lors approuver et assumer ce que chacun aurait dit, y compris certains propos extrêmes tels que le racisme ou le « révolutionnisme ») ; j’estime que les extrêmes ne doivent nullement être supprimés de nos choix de vote ; d’ailleurs je tiens à ce propos à rappeler que les commentaires des extrémistes comme des autres - du moment qu’ils sont argumentés, non agressifs, non vulgaires et non discriminatoires (bref, qu’ils peuvent apporter et enrichir le débat) sont les bienvenus au Salon.
A titre d’exemple, je ne rentrerai pas ici dans le débat du moralement correct ou non, mais force est de constater que si des millions de personnes ne s’étaient pas tournés vers Jean-Marie Le Pen en 2002, Nicolas Sarkozy n’aurait jamais proposé un programme qui semble au fond convenir à la majorité des Français… Vers quoi se seraient alors retourné ces personnes-là qui ne sont pas – contrairement à ce que l’on voudrait faire croire, toutes racistes et/ou xénophobes (cf. à ce sujet les récentes déclarations de M. Jospin) ? Peut-être qu’à force de les en taxer, elles seraient réellement devenues fascistes…
En fait, pour résumer, je crois que l’on peut dire qu’en tant que républicain et démocrate, je sois contre l’idée de chasser les extrêmes car cela pourrait s’avérer dangereux pour notre régime et notre pays…
25 octobre 2007
Pourquoi je suis moyennement démocrate – Vladimir Volkoff (Editions du rocher)
Réfutant la pensée unique et le politiquement correct,
Vladimir Volkoff était un essayiste et romancier assez controversé et
polémique : il n’hésitait pas à remettre en cause l’idéal démocratique et
à mettre en avant ce qu’il appelait la désinformation. Aussi, lorsque
l’on me proposa la lecture de ce livre, mon côté rebelle et ma curiosité de
connaître les arguments que pourraient avancer ce genre de personnage
prirent-ils le dessus…
Facile à lire avec sa centaine de pages divisée en
vingt-et-un chapitres, ce livre m’a plutôt surpris quant à son contenu. En
effet, extrémistes de tous poils, ne vous attendez pas à trouver ici une
quelconque éloge du totalitarisme ou une apologie des grands dictateurs, bien
au contraire : l’auteur incite plutôt à se pencher sur les défaut de notre
système afin de tendre à en corriger les erreurs et – pourquoi pas, même s’il
est vrai que l’on ressent chez lui un certain goût de l’aristocratie (qu’il
préfère largement à la démocratie), à le rendre plus « vivable ».
Ainsi en arrive-t-il même à nous affirmer qu’en Suisse, il aurait pu être « passionnément »
démocrate.
M. Volkoff nous expose un par un de manière assez simple et
explicite (à tel point que l’on aurait parfois préféré qu’il étaye un peu ses
positions) les raisons pour lesquelles il est « moyennement »
démocrate : il doute que les personnes politiques capables de solliciter
au mieux les suffrages soient également les meilleures capables de gouverner,
d’autant plus qu’elles favoriseront les personnes qui ont voté pour elles en
ignorant catégoriquement les autres (il rappelle qu’une victoire à la majorité
de 50% plus une voix est fondamentalement différente d’une décision prise en
consensus par l’ensemble de la population) ; parce qu’il a l’impression
qu’un véritable complot (entre autres à travers les multiples médias) contre
tout ce qui n’est pas démocratique est existant (donc – contradictoirement,
directement opposé à la liberté d’expression), sous couvert du politiquement
correct qui étouffe les débats et sous prétexte que la démocratie est le
meilleur régime indiscutable de gouvernance ; parce que la démocratie part soit
du principe que le peuple veut forcément le Bien, soit que ce qu’il veut est
forcément bien (on comprend aisément ses réticences à ce sujet-là, notamment au
niveau de la nation) ; parce que sous le masque de la volonté du bien
général, elle a souvent abouti au totalitarisme ; parce qu’elle préfère la
suprématie du nombre (une personne = un vote = une voix) à celui du
mérite ; parce qu’il ne croit guère au principe de l’égalité absolu et à
la Déclaration universelle des droits de l’homme ; parce que la démocratie
est contre-nature ; parce qu’il estime que, de toute manière, la
démocratie n’a jamais vraiment marché (et ne le pourra jamais) ; parce
qu’il aimerait que l’on nous laisse le choix avec d’autres types de
gouvernance et parce que la démocratie en arrive parfois à bafouer ses
propres principes (prenant par exemple les Etats-Unis qui forcent d’autres pays
à l’adopter, ou d’autres pays occidentaux cherchant à imposer la liberté à des
pays qui ne l’avaient pas forcément demandé etc.).
Il est bien entendu que si l’on ne peut qu’être d’accord
avec certaines de ses oppositions, d’autres sont – à mon appréciation, beaucoup
plus discutables. Ainsi me suis-je demandé si j’avais bien lu lorsque j’ai vu (sur
le principe d’égalité) que « On ne peut que se réjouir de la
disparition progressive d’une certaine misère, mais faut-il se féliciter du
même coup de l’appauvrissement des classes fortunées qui, dans le temps,
avaient le loisir et les moyens de favoriser les arts, de l’ébénisterie à
l’opéra ? […] Nous avons plus de bacheliers et d’avantage
d’illettrés ; moins de pauvres et plus de chômeurs […] On ne voit pas ce qu’il peut y avoir de sain
dans cette évolution ».
Le dernier chapitre, dans lequel l’auteur est censé nous
dire quels changements pourraient le faire changer d’avis n’est en fait qu’une
justification de l’aristocratie (sans qu’il ne la nomme expressément) puisque –
entre autres, il finit son essai en affirmant qu’il doute de plus en plus des
bienfaits des urnes (principe fondamental de la démocratie) sur notre système
politique (par opposition à des décision prises par une certaine élite dont je
pense qu’il estimait faire partie).
Cependant, pour pouvoir connaître et débattre de ce qu’il
propose, il faudra vous procurer un autre essai, à savoir Pourquoi je serais
plutôt aristocrate. En tout cas, pour ma part, je suis d’accord que la
démocratie est loin d’être parfaite, mais je reste intimement persuadé qu’elle
n’est pas forcément le pire système qui nous convienne à l’heure actuelle. Car
lorsque j’entend certaines personnes (après une analyse certes pertinente) nous
avancer que la démocratie est corrompue, et que je me rends compte que c’est
surtout l’usage que l’on en fait (donc plutôt le cœur des hommes) qui est
corrompu, je me demande si le fait de laisser mon avenir en décision à une
certaine élite serait meilleur pour mes intérêts : ces personnes-là
sont-elles réellement supérieures à nous du point de vue de la nature humaine,
ou bien finiraient-elles - elles aussi, par ne regarder plus que leurs intérêts
avant tout ?
Le débat est lancé…
17 octobre 2007
La philo-thérapie – Eric Suarez (Eyrolles)
Eric Suarez est professeur de philosophie en classe de
terminale, ayant pris l’habitude d’expliquer simplement à des non-initiés les
théories (et les bienfaits) de la philosophie, il a ouvert un cabinet de consultations
en philosophie au travers desquelles il souhaite proposer une alternative au
discours des psys (sans pour autant vouloir s’y substituer, car il précise bien
qu’il s’agit là de deux choses bien distinctes). Dans cet ouvrage, il nous
relate certaines de ces consultations et nous invite – par le biais du
questionnement, à trouver des solutions aux maux quotidiens qui peuvent tous
nous toucher.
En toute honnêteté, ce n’est pas trop le genre de quatrième
de couverture qui pourrait me donner envie de me lancer dans la lecture de ce
genre d’ouvrage, mais force est de constater qu’un coup d’œil – même furtif,
sur le sommaire ne peut qu’intriguer le lecteur potentiel. Avec des questions
telles que : « Puis-je aimer la même personne toute une vie ? »,
« La jalousie peut-elle tuer mon couple ? », « L’infidélité
est-elle pardonnable ? », « La beauté est-elle la
condition du désir ? », « Suis-je un bon parent ? »,
« Le travail est-il la seule reconnaissance sociale ? »,
« Harcèlement au travail : comment sortir de la
victimisation ? », « Qui suis-je après la mort d’un
proche ? » ou bien « « Comment surmonter une rupture
amoureuse ? », difficile de ne pas avoir la curiosité de lire la
réponse à au moins une question abordée…
Bien entendu, aucune réponse claire et (surtout) universelle
n’est donnée ici (en existe-t-il ?) ; mais l’auteur nous incite -
avec comme fil rouge ses différentes consultations, à nous poser les bonnes
questions afin de trouver par nous-même la réponse qui nous correspond et nous
convient. Ainsi, après la lecture d’un chapitre, deux personnes peuvent très
bien en tirer des conclusions opposées…
Il serait bien difficile ici de faire un résumé de ce qui
peut être évoqué sans l’écorcher, d’autant plus que chaque sujet ayant sa
délicatesse, il me faudrait des pages
entières pour pouvoir vous présenter le tout. Aussi, je préfère laisser votre
curiosité – si elle a pu être piquée comme l’a été la mienne par ce qui a été
évoqué plus haut, vous guider vers la lecture de ce livre.
Le Salon reste évidemment ouvert si vous avez des questions
ou des commentaires ; pour ma part, je dirais que c’est un excellent
ouvrage (même si le style d’écriture n’est pas toujours facile à saisir –
notamment, je pense, dans les sujets qui nous touchent moins) que l’on peut et
devrait garder sur sa table de chevet afin de toujours être préparé (en tout
cas, autant que l’on peut l’être dans ces cas-là) à ce genre d’éventualités et
de coups durs de la vie…
25 septembre 2007
Sarkozysme aigu
Je tiens à commencer cette chronique en affirmant tout le
respect que j’ai pour Bernard Laporte, sportivement parlant. Le rugby est un
sport très complexe et je dois bien dire que je lui fais entièrement confiance
quant à ses choix (que ce soit au niveau des joueurs sélectionnés ou des
tactiques envisagées) pour mener l’équipe de France le plus loin possible dans
la compétition.
Sur le plan humain, je ne le connais pas suffisamment pour
pouvoir juger, mais je l’ai assez vu à la télévision et entendu à la radio pour
savoir que – contrairement à certaines apparences, il a une personnalité bien
trempée. Ce qui n’est pas forcément un mal en soit, surtout lorsque l’on doit –
en tant que sélectionneur d’une équipe de France, affronter ce mal bien
français qui est de critiquer à tout va chaque décision prise… On a ainsi déjà
pu voir M. Laporte remettre à leur place plusieurs journalistes (entre autres,
lorsqu’il ne traite pas les spectateurs du stade de France de « bourgeois
de m*** ») qui bien souvent tentaient de remettre en cause ses propres
choix, mais aussi parfois cherchaient simplement à faire connaître un peu plus ce
sport à leurs auditeurs/téléspectateurs en vue de cette coupe du Monde… Bon,
sur ce point, je ne serais pas trop sévère avec Bernard Laporte car tout
d’abord j’estime que personne n’est parfait et chacun possède des limites
(notamment lorsque l’on se rappelle le mal que certains ont pu faire à l’équipe
de France de football en 98), ensuite je ne peux que le suivre lorsqu’il annonce
que si les journalistes (sportifs) étaient si forts que ça, ce serait eux qui
se trouveraient à sa place.
Sur le plan politique, on le sait, M. Laporte a apporté son
soutien à Nicolas Sarkozy et est en voie de devenir un de ses secrétaires
d’Etat. Encore une fois, ce n’est pas moi qui irais le lui reprocher, chacun
étant libre de ses orientations et de ses choix, bien que je ne sois pas
spécialement pour que l’on amalgame le sport (ou une autre activité, artistique
par exemple) avec la politique. Toujours est-il que Bernard Laporte n’a pu que
forcer le respect lorsqu’il a répondu qu’il resterait concentré sur l’équipe de
France de rugby jusqu’à la fin de (sa participation à) la coupe du Monde, et
qu’il ne mélangerait pas les deux activités qu’il savait bien distinctes…
Jusqu’à…
Jusqu’à ce début de coupe du Monde. Jusqu’à ce qu’il
entreprenne de faire lire aux joueurs la lettre de Guy Môquet juste avant le
match d’ouverture, cette fameuse lettre qui a tant fait de bruit (il faut dire
que lire la lettre d’un jeune condamné à être fusillé durant la guerre de 39-45
à des joueurs de rugby – répertorié, rappelons-le, comme sport de combat, avant
un match, ce n’était peut-être pas le meilleur choix pour les préparer et les
motiver), d’autant plus que cette lettre avait été récemment utilisée par M.
Sarkozy (inutile – je pense, de préciser dans quelles circonstances), ce qui
rajoutait un peu au caractère hors propos de cette initiative… J’avais
finalement réussi à passer l’éponge sur ce détail, me disant que les images
n’auraient jamais dû sortir des caméras de TF1 avant la fin de la coupe du
Monde (ce qui avait d’ailleurs provoquer la colère des joueurs), et que M.
Laporte n’avait rien chercher de plus que de créer un élan
« patriotique » au sein de ses joueurs afin qu’il soient fiers du
maillot qu’ils portent et cherchent à le défendre du mieux qu’ils le peuvent…
Mais Bernard Laporte persiste et signe dans ce que
j’appellerai un sarkozysme aigu et (surtout, car comme je le disais plus
haut chacun est libre de ses choix) déplacé : après la victoire du
XV de France face à l’Irlande vendredi dernier, il n’a rien trouvé de mieux à
répondre à la question « Comment vous sentez-vous après ces deux
semaines difficiles ? » que « Moi je ne vous lis pas et
heureusement parce qu’il y a tellement de c***. J’ai confiance en un homme si
vous voulez en parler qui est le président de la République. Il n’y a pas de
relation entre mon nouveau métier et celui que je fais là. Je sais que ce sont
mes dernières émotions. Après je passerai à un autre métier avec la confiance
d’un homme qui est grand. Il nous l’a prouvé ce soir […] Si tout le
monde était comme lui, ce pays se porterait mieux » ( !).
Navré, M. Bernard Laporte, mais vous êtes ma cible du jour, car lorsque l’on déclare il y a encore ne serait-ce que quelques semaines que l’on ne veut pas tout mélanger, le minimum serait de rester fidèle à ses propos. Certes, les journalistes n’ont pas été tendres avec vous - j’étais et suis toujours le premier irrité face à ce genre de réactions et de critiques ; mais il y a des personnes dont je fais partie qui n’ont que faire de votre amitié et votre admiration envers Nicolas Sarkozy, alors ne profitez pas de votre situation de sélectionneur de l’équipe d’une nation qui reçoit la coupe du Monde pour nous exposer lourdement vos opinions !
14 septembre 2007
Le « miracle » de la croissance n’a pas eu lieu…
Nicolas Sarkozy espérait peut-être que le simple fait que
les Français l’aient élu à une grande majorité il y a environ quatre mois
allait suffire à dynamiser et relancer le pays. C’est sans doute ce que les
faits lui faisaient plus ou moins croire lorsque l’on a vu l’opposition (trop
occupée à s’entre-déchirer) incapable de contester de manière constructive les
réformes qu’il mettait en place… Mais la rentrée doit être dure !
En effet, après avoir complètement démoli l’opposition avec
sa politique de (pseudo) ouverture, M. Sarkozy ne devrait plus tarder à
affronter le pire fléau : l’opinion publique française, et avec toutes les
mauvaises nouvelles qui arrivent, laissez-moi vous dire que Nicolas Sarkozy risque
fort de chuter, d’autant plus haut qu’il l’est à l’heure actuelle dans les
sondages de populisme popularité.
En dehors des tensions avec son Premier ministre et avec nos
voisins les Allemands (certainement dues aux fortes personnalités des
dirigeants des deux pays), force est de constater que tout n’est pas au rose en
ce mois de septembre : la croissance, que le gouvernement estimait entre 2
et 2.5% (quitte à aller la « chercher »), n’est plus annoncée qu’à
1.8 ou 1.9%, et les spécialistes commencent à sermonner la France…
Il faut dire qu’après la défaite des Bleus (en rugby -
quoiqu’ils n’ont guère étaient plus brillants en foot), les Français sont vite
retombés sur Terre et ont recommencé à considérer leurs soucis, M. Sarkozy le
premier : si l’équipe de France ne va guère loin dans cette compétition
(et le match de vendredi a dû lui jeté un sacré froid dans le dos, au point de
remettre la cause « l’effectivité » de la nomination de Bernard
Laporte au gouvernement – ne serait-ce qu’un temps), la croissance ne
bénéficiera n’aucun coup de pouce supplémentaire - comme cela avait pu être le
cas en 1998.
Mais ne nous inquiétons pas, Nicolas Sarkozy a bien des
idées et des atouts dans ses manches pour nous sortir de cette situation qui
commence à devenir délicate : après nous avoir promis l’abaissement de
la dette et l’augmentation de notre pouvoir d’achat, il envisage pour
compenser l’agrandissement de la dette due au paquet fiscal voté en
priorité cet été – dont le coût a été estimé à près de 13 milliards d’euros par
an pour l’Etat (et dont l’efficacité n’a pas encore porté ses fruits - si tant
est que cela arrivera un jour), de baisser notre pouvoir d’achat,
notamment en augmentant la TVA, les prix du tabac, de l’alcool, des produits
trop sucrés ou trop salés, voire même de l’essence ! C’en serait presque
ironique et amusant si ces réformes (qui ne sont certes pour le moment qu’au
stade de l’élaboration théorique) n’avaient pas comme un arrière goût amer de « très
bientôt effectives »…
Attention, M. Sarkozy, je vous rappelle que vous avez déjà utilisé votre Joker Présidentiel, plus rien ne protège désormais vos faux pas des cibles du jour du Salon…
09 septembre 2007
Ils ont su nous contenir…
Avec toutes approximations, ces dégagements au pied où l’on
loupe le ballon (Skrela), ces pénalités (pourtant apparemment à portée de nos
buteurs) ratées (Skrela, Michalak), cette passe plus que téléphonée qui a mené
au contre à l’origine de l’unique essai des Pumas (Martin) - et de la partie,
et l’on perd d’uniquement cinq malheureux points… Il y a de quoi se dire que
nos Bleus auraient dû gagner ce match.
Auraient dû gagner ce match, cela ne veut certainement pas
dire qu’ils l’auraient mérité ! Mais on a eu l’impression que les rugbymen
de l’équipe de France ont surtout eu du mal à tenir la pression de ce match
d’ouverture de la coupe du Monde à domicile où l’on les annonçait parmi les
favoris face à une équipe d’Argentine finalement peu inquiétante, mais dont la
stratégie a été payante…
En tant que supporter (mais pas fanatique) de l’équipe de
France, je reste confiant : les Bleus nous ont déjà prouvé à de multiples
occasions que c’étaient parfois dans le creux de la vague qu’ils savaient être
les plus combatifs. Je sais donc qu’ils sont parfaitement capables de se
ressaisir, d’arriver premier de leur poule en récupérant le maximum de points
de bonus, et de nous faire rêver encore longtemps en allant loin, très loin.
Peut-être même jusqu’à une finale contre les All Blacks.
Mais pour quoi faire ?
Si c’est pour nous offrir le même spectacle que vendredi
dernier, ou n’importe lequel des quatre derniers test-matches contre la
Nouvelle-Zélande, ce n’est pas la peine !
En tant qu’admirateur de rugby, je le dis sans frémir :
je préfère assister à une belle finale sans la France plutôt que de regarder
une finale minable et sans suspens avec les Bleus…
Au fond, je me demande si le mieux pour tout le monde ne
serait pas que les Bleus arrivent deuxième de la poule D, et affrontent (selon
toute vraisemblance) les Blacks en quart de finale. Alors nous serions
rapidement fixés de savoir s’ils sont capables de prétendre pouvoir remporter
la coupe, ou s’ils sont bons pour retourner faire les beaux sur les calendriers
ou sur des publicités pour cheeseburger…
Je suis sévère, mais que les choses soient claires : je
suis certainement l’un des rares à croire (encore) au potentiel des Bleus.
Lorsque je lis ici ou là qu’il faut absolument que l’on
arrive premier de notre poule afin d’éviter les Blacks en quart, je me demande
si finalement il ne vaudrait mieux carrément pas qu’une autre équipe batte la
Nouvelle-Zélande avant la finale, ou l’épuise et la blesse tellement que nous
serions assurés de pouvoir gagner la coupe… Est-ce comme ça que certains
veulent voir la France championne du Monde ?
Ben, pas moi !
Les Blacks sont sans conteste possible les meilleurs joueurs
de rugby du Monde, mais ils ne sont certainement pas invulnérables ! Les
fantômes de 1999 (et 2003, pour ne pas dire 1995 et 1991) planent encore dans
leur tête… Les prétendants à la succession des Anglais doivent être capables de
les battre, et ce n’est pas chose insurmontable, loin de là.
En tout cas, une chose est sure : c’est que je préfèrerais
voir les Bleus perdre (ou gagner, pourquoi pas ? ;-) en quart de finale
contre les All Blacks après un match acharné plutôt que de les voir gagner (ou
perdre !) en finale contre les mêmes, mais après un match au rabais…
En attendant, il reste encore des matches difficiles à jouer… Allez les Bleus ! Ressaisissez-vous ! Je sais que vous êtes encore capable de nous faire rêver, et on est toujours tous derrière vous !
31 août 2007
L’anti-traité d’athéologie – Matthieu Baumier (Presses de la Renaissance)
Alors que je m’étais lancé avec enthousiasme dans la lecture
du traité d’athéologie et en avait été quelque peu déçu, je me suis lancé au
contraire avec beaucoup d’appréhension dans la lecture de cet anti-traité, et
en a été au contraire agréablement surpris : le style d’écriture est assez
simple et direct, et les références bibliques sont plutôt rares…
Cependant, un petit reproche me vient dès le début du livre
à l’esprit : M. Baumier ne traitera que du christianisme (alors qu’à la
lecture du traité, il ne m’a pas semblé qu’il soit le principal visé, en tout
cas pas plus que les deux autres monothéismes), laissant le soin à d’autres de
faire un anti-traité qui concernerait le judaïsme et l’islam. Il est vrai que
l’auteur se justifie en précisant qu’à l’inverse du philosophe concerné, il ne
traitera – lui, que d’un sujet qu’il connaît (à savoir le christianisme
catholique) ; mais on peut tout de même rester un peu sur notre faim.
A noter également qu’il est amusant de voir un athée se
faire accuser de « pécher »…
Matthieu Baumier, après une magnifique « ouverture
de la dispute » qui nous met bien en bouche par sa sincérité et son
apparente objectivité, contredit Michel Onfray sur des sujets aussi divers et
variés que les femmes, la Genèse, la (prétendue obsession de la) mort, le
conflit entre religion et science, le Christ, Paul, les massacres et le nazisme
dans lesquels je ne rentrerai pas trop dans les détails pour cause (encore une
fois) de lisibilité de la présente chronique.
Je retiendrai de cet ouvrage principalement l’aisance avec
laquelle l’auteur avoue (souvent afin de mieux pouvoir le contredire un peu
plus loin) les ponts sur lesquels il est en accord avec M. Onfray, ou plutôt
ceux sur lesquels personne ne « réfute ce que Michel Onfray
affirme », à savoir (entre autres) que les « textes [religieux] sont
écrits par des mains humaines et compilés au cours du temps » ;
que le récit d’Adam et Eve n’est rien d’autre qu’un mythe ; que tendre
l’autre joue est une parabole ; qu’il y a eu des « courants
puritains ou fanatiques du christianisme, courants tout de même largement
minoritaires à l’échelle de l’histoire et de l’espace » ; qu’il
existe une « pluralité de sens » à la Bible (dans lequel le
philosophe n’en regard qu’un), ainsi l’auteur reconnaît-il que « la
Genèse [qui] montre que Dieu réserve aux hommes de devenir imbéciles et
mortels » est une interprétation possible ; que l’idée que des
Dieux aient été créés afin de conjurer l’angoisse est certainement assez
juste (mais qu’« il est même peu probable que, sans la mort, on eut
pu philosopher » - Schopenhauer) ; que « la résurrection n’a pas à
être démontrée comme vraie sur un plan historique : elle est affaire de
foi, bien sûr » ; que la Bible est un livre dans lequel « des
éléments de contradiction s’entrechoquent » ; qu’il est hors de
doute « que science et religion aient été en conflit, parfois violent » ;
que « le croyant sait pertinemment que le Christ est aussi une
construction de l’histoire » ; que Paul excellant dans le meurtre,
les passages à tabac et les razzias « n’est certainement pas
entièrement faux » pour une part de sa vie ; qu’il y a bien eu un
antisémitisme historique au sein du christianisme, etc.
Cependant, l’objet du livre restant tout de même de
contredire le philosophe (décelant « une prétention à ce plus
d’intelligence et un indéniable mépris pour nos ancêtres »), M.
Baumier n’hésite pas à s’en donner à cœur joie contre les approximations
(parfois grotesques et révoltantes comme celle sur la – prétendue, non intervention
du pape Jean-Paul II sur les massacres au Rwanda) et les théories hédonistes de
M. Onfray, ainsi met-il en opposition les femmes de la Bible « d’une
beauté extérieure animée par le feu de leur intériorité » avec ces
« objets de consommation hédonistes » qui se ridiculisent à la
télévision ( !) ; précise-t-il que le fait qu’il n’y avait rien avant
la « Création », c’est aussi la théorie du big-bang ; que
« le christianisme ne connaît pas de fiction de l’au-delà »,
mais plutôt une certaine conception de la résurrection ; qu’une
philosophie du jouir serait « exclusive d’une partie de l’humanité » ;
que lorsque quelqu’un en arrive à affirmer que « Dieu n’existe pas »,
« il montre en toute clarté que sa connaissance est déficiente »
(Jean-Paul II) ; qu’« aujourd’hui, la science la plus en pointe,
la physique quantique, rapproche science et religion » ; que
« matérialiste ou religieux, le fondamentalisme est l’ennemi de la foi
comme de la raison » (notez que j’aurais également pu mettre cette
réplique dans le précédent paragraphe) ; que l’auteur trace un portait de
Paul qui paraît fidèle grâce à des informations qu’il a trouvé… dans la Bible
(dénonçant ainsi la méthode du philosophe de considérer un texte comme « donnant
des informations vraies ou fausses selon que lesdites informations vont ou non
dans le sens de la thèse de l’auteur »), etc.
En général, j’ai trouvé la lecture de cet ouvrage très
intéressante, mais je pense qu’afin de pouvoir se faire une bonne opinion (que
l’on soit d’un côté ou de l’autre) il est important de lire les deux livres, car
il est vrai que Matthieu Baumier tombe parfois lui aussi dans la caricature,
celle-là même qu’il prétend combattre (notamment en dénonçant le « véritable
ennemi de l’humanité : l’individualisme politique et hédoniste, fondé sur
le primat capitaliste absolu du profit matériel »)… Il accuse Michel
Onfray de ne considérer qu’une seule interprétation possible des écrits, mais
ne combat ceux du philosophe (qu’il interprète lui-même – comme l’on a pu le
voir, selon ses critères) qu’avec sa propre interprétation.
Même si cela reste à moindre dose que le philosophe, force
est de constater que la subjectivité prend vite le dessus lorsque l’on
s’attaque à de tels sujets et c’est bien dommage, car cela constitue un terrible
obstacle dans la tentative de convaincre celui qui ne pense pas comme soi.
A vous, donc, de vous faire votre propre opinion, le salon restant évidemment ouvert aux commentaires et débats à ce sujet.
