Le grand salon de discussion

Discuter d'actualité, de politique, de philosophie

25 juin 2008

Le bébé Kiwis a un an

Le bébé Kiwis a un an, et il se porte d’ailleurs plutôt bien. Souvenez vous de sa naissance, plusieurs blogueurs légèrement apeurés du vide post traumatique de la présidentielle se regroupaient autour de l’instigateur de l’idée pour placer leurs modestes flux RSS derrière une barrière commune, Kiwis, le cercle des blogueurs disparus. L’objectif était de créer une sorte de petit refuge dans une blogosphère sauvage, désordonnée et ultra flexible. Un an après l’objectif semble atteint, l’hébergement est devenu repère de copains et tend même à prospérer, les débats s’enchainent, tirant derrière eux une flopée de problèmes incontournables dans le cadre d’une alliance pluri politique. Car au-delà de l’aventure, Kiwis est avant le fruit (sic) d’un criant paradoxe.

Benoitement, nous croyions dès les prémices du projet qu’une bonne dose de sympathie mêlée à un peu de savoir vivre suffiraient à faire grandir le p’tit bonhomme. Or, plus nous avancions et plus le fruit était gorgé de règles,  de contournements, de discussions et de disputes. Entre nous, nous sourions d’ailleurs souvent de cela en comparant cette aventure à celle de l’Europe avec ses directives postées par des instances dirigeantes représentatives de rien si ce n’est d’elles même, des distensions entre membres, des guerres de nerfs et de fiertés parfois mal placées. Quoi que l’on en  dise, le moindre projet ne croît guère sans colonne vertébrale.

Au final les choses rentrent dans l’ordre tant bien que mal, ajustées d’elles même par des départs, des arrêts ou des démissions parfois tristes. Ce genre de petite organisation n’est en fait qu’un concentré pur jus de ce qu’est la blogosphère. Un vaste terrain de jeu pour des citoyens qui, le temps d’un billet, se saisisse d’un porte voix pour faire entendre leurs points de vues et leurs connaissances au-delà des murs de leurs appartements. Un concentré d’avis, de débat, de richesses, de vides, de justice, d’injustice, une orgie de liberté de paroles. Cette blogosphère, vaste défouloir sans foi ni lois, pourtant diablement humaine qui couronne ses rois tout en rêvant de les abattre qui se complait dans l’opulence désorganisée mais qui se dote de classements de référence que les blogs ont eux même contribués à faire croitre en leur attribuant leurs confiances. Un monde de paradoxes.

A tout cela Kiwis n’échappe guère, à la différence près que son rôle est d’unir en son sein européens et anti – européens, blogueurs masqués ou démasqués, de la gauche régionaliste à la droite patriote, de faciliter l’organisation de débats, de sujets communs sur des thèmes d’actualité qui retiennent la plume et l’attention de certains. Un an après, quelque part sur la toile, certains présentent Kiwis comme une pâle copie de Lieux commun d’autres comme une sorte de réserve de blogs de droite tandis que d’autres encore sautent de pages « kiwisienne » en page « kiwisienne » avec une certaine aisance pour réagir sur tout ce qui fait l’actualité. Nous, à vrai dire on s’en fou de ce que pense les autres, chacun juge au grès de sa connaissance.

Pour nous en tout cas, et moi (qui ça au fait ?) en particulier, ce groupement est à la source d’un ultime paradoxe. La vague mais néanmoins très plaisante impression d’avoir nouer avec des inconnus certains liens d’amitiés certains.

Pour tout cela l’aventure continue et nous espérons vous lire encore nombreux sur nos blogs, bonne anniversaire Kiwis !

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19 mai 2008

L’impersonnalisation de la société

Il est rare que j’aborde sur ce blog des sujets qui me touchent personnellement. Mais là, la situation actuelle fait que je souhaite partager avec vous mes impressions du moment…
Je trouve que notre société devient de plus en plus impersonnelle.
Certes, ce phénomène ne date pas d’hier (on entend suffisamment les « anciens » regretter que nous connaissions mieux – par le biais d’Internet, le nom des personnes qui se trouvent à l’autre bout du monde plutôt que celles qui se trouvent juste à côté de nous), mais j’ai l’impression qu’il s’est fortement accentué depuis ces derniers mois.

Premier exemple de cette « impersonnalisation » de notre société : les grandes surfaces. Ces grandes surfaces qui – il n’y a encore que quelques années, étaient là pour permettre même aux plus modestes bourses de bénéficier des produits divers et variés du monde entier ; ces grandes surfaces qui peuvent aujourd’hui faire la pluie et le beau temps en jouant à leur guise sur les prix.
Non pas que celles-ci soient seules responsables de la crise du pouvoir d’achat que sont en train de traverser les Français, comme voudraient nous le faire croire notre gouvernement – avant de proposer de combattre cette dernière en favorisant le développement de ces dites grandes surfaces (allez comprendre !) ; mais force est de constater qu’elles ont tout de même un rôle dans tout ça : personnellement, c’est aux marchés (que l’on retrouve hebdomadairement dans presque chaque village) que je trouve les meilleurs prix, c’est donc ceux-ci que j’aurais cherché à développer.
Bref, les grandes surfaces, derrières leurs bonnes intentions (en tout cas affichées), en sont arrivées à nous proposer par endroits des choses aussi insensées que des journaux ou des développements photos – sans parler des télévisions, de l’outillage et autre accessoires automobiles, et souhaitent même nous proposer aujourd’hui des médicaments (à petits prix, bien évidemment) ! Résultat : nous voici accourir dans ces magasins on ne peut plus impersonnels où nous allons rager et pester sur le monde présent dans les rayons et/ou en caisse, et où nous n’allons saluer – presque par obligation, que la caissière qui nous répondra avec le même sourire que celui de Mercredi…

Autre exemple : ces grandes sociétés nationales ou multinationales, lorsque ce ne sont plus carrément que des grands « groupes » qui n’hésitent pas à fermer des points de vente et/ou à monter le prix des produits (souvent de première nécessité) lorsque leur bilan se retrouve légèrement en dessous de ce qu’ils espéraient s’ils n’avaient pas perdu une (infime) partie de leur bénéfice dans les subprimes, tout en ignorant totalement les conséquences de leurs caprices faits et gestes… A l’inverse - et pas forcément plus glorieux, ne voyons-nous pas de plus en plus les employés de ces sociétés à la limite de ne même pas connaître l’activité de l’entreprise qui leur permet de manger tous les jours ? Des personnes qui semblent ne pas beaucoup se soucier de la santé de leur entreprise lorsque ce n’est pas directement de la satisfaction du client, toujours prêtes à râler sur leur situation, leur condition de travail ou leur salaire ? De quoi se demander parfois si ces personnes seraient capables de subvenir à leurs besoins en faisant tourner leur propre société s’il n’y avait pas un patron (qui n’ose - ou ne peux, pas les licencier) pour leur verser leur SMIC mensuel…
Je sais bien qu’il ne faut pas faire d’un cas une généralité, mais – d’un côté comme de l’autre, j’ai l’impression que ces attitudes semblent de plus en plus se généraliser justement…

Toute cette impersonnalisation, ajoutée à la montée d’individualisme récente qui a abouti à l’élection de Nicolas Sarkozy l’année dernière (non pas que je dise que celle-ci soit néfaste en soi), nous conduit à une société basée sur le profit immédiat, le temps libre et les loisirs ; conséquences directes et fâcheuses du Capitalisme poussé à son apogée.
Les lecteurs réguliers du Salon savent bien que je ne pourrais jamais soutenir un système économique tel que le Communisme (en grande partie à cause de la nature de l’Homme), mais cela ne signifie pas que je sois un défenseur inconditionnel du Capitalisme… Aussi, je pose la question – sauf que cette fois je ne la pose plus à nos politiques, mais à nos intellectuels, penseurs et économistes :

Quand – plutôt que de vous en remettre constamment à la fatalité, allez-vous vous pencher sur une solution alternative (autre que le Communisme que vous ramenez toujours tel une bête noire dès que le sujet est abordé) à notre système actuel ?

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28 mars 2008

Boycott des JO de Pékin : la grande hypocrisie

Invitée hier de France Info, Marie-Georges Buffet en a profité pour donner sa position sur un éventuel boycott des Jeux Olympiques, et…
Et – une fois n’est pas coutume, j’aurais tendance à être d’accord avec elle : cela fait plus d’un demi-siècle (comme le dirait le ministre préféré des socialistes – Bernard Kouchner, « selon nos connaissances ») que la Chine a envahi le Tibet, poussant ses dirigeants et le Dalaï Lama à l’exil ; cinquante huit ans que les Chinois exercent la répression des Tibétains, ne serait-ce qu’en les privant de leur indépendance ; et cela fait maintenant sept ans que l’on sait que les prochains JO se dérouleront à Pékin… 

Et là, aujourd’hui, soi-disant parce que la répression violente de manifestations tibétaines a récemment refait surface (non pas que cela ne soit pas condamnable) nous devrions boycotter cet évènement sportif mondial que sont les Jeux Olympiques ? Quelle farce !
Les associations ont le droit de dire ce qu’elles veulent, mais les politiques ont, elles, le pouvoir de le faire de manière officielle : je suis d’accord avec Mme Buffet lorsque celle-ci déclare qu’il ne faut pas tout mélanger, que si quelque chose doit être dit, il ne faut pas attendre cinq mois (et cette occasion) pour le dire…
Après, si nos politiques n’ont pas le cran de parler des Droits de l’Homme à nos "amis" Chinois pour des raisons économiques (ah ! L’argent…), à la limite, je peux le comprendre… Mais que l’on ne vienne alors pas impliquer des athlètes (pour ceux qui appellent à un boycott "total" des JO) ou des représentants sportifs de leur nation (pour ceux qui ne souhaitent que celui de la cérémonie d’ouverture) à des affaires qui ne devraient rester que politique ! 

Et (petit post-scriptum au passage), que l’on arrête également de nous bassiner les oreilles avec les images que certaines télévisions chinoises n’ont pas diffusé : je pense qu’en termes d’images choisies, arrangées, et de séquences coupées, la France est très mal placée pour faire la leçon…

Lire également à ce propos l'avis du Chacal, du Chafouin et de Toréador (si j'en ai oublié, n'hésitaient pas à me faire signe).

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08 mars 2008

La vie existe-elle après l'accouchement ?

Voici le contenu d’un mail que j’ai reçu. La source en est – à ma connaissance, inconnue et c’est bien dommage…
Comme vous le savez peut-être, je suis athée. Athée dans le sens où je ne crois pas en Dieu, en tout cas en aucun que peuvent nous décrire les religions… Mais je n’irais pas – comme certains, jusqu’à nier son existence (comble, selon moi, de la prétention que de pouvoir se prononcer avec certitude sur les questions métaphysiques : en ce sens, je serais plutôt agnostique) et je trouve que ce petit texte est plutôt bien fait. Je vous laisse en juger (attention, si un débat venait à être lancé dans les commentaires, je souhaite d’entrée préciser que je tiens - en bon laïque, à ce que cela se passe dans le plus grand respect de toutes les religions) : 

 

Dialogue amniotique : dans le ventre d’une femme enceinte se trouvent deux embryons.
L’un est croyant, l’autre est non-croyant.

Le petit non-croyant :
Comment quelqu’un peut il croire à la vie après l’accouchement ?

Le petit croyant :
Mais naturellement. Il n’y a aucun doute qu’il y ait une vie après l’accouchement. Notre vie ici n’a de sens que parce que l’on grandit pour nous préparer à la vie après l’accouchement. Nous devons ici prendre de la force pour ce qui nous attend plus tard.

Le petit non-croyant :
Cela n’a aucun sens. Il n’existe pas de vie après l’accouchement. Quelle forme peut avoir une telle vie ?

Le petit croyant :
ça, je ne peux pas le savoir exactement. Mais c’est sur qu’il y a plus de lumière qu’ici. Et peut être pourrons nous manger avec notre bouche, courir avec nos jambes et…

Le petit non croyant :
Arrête un peu avec ces sornettes. Courir ? Ce n’est pas possible. Et une bouche qui mange est une image ridicule. Et pourquoi ? Nous avons notre cordon ombilical qui nous nourrit. Et c’est évident que le cordon ombilical ne peut nous conduire quelque part tellement il est court.

Le petit croyant :
Ce doit être sûrement possible. Ce sera sûrement totalement différent quand nous nous y habituerons.

Le petit non-croyant :
Et personne n’en est jamais revenu. Compris ? Avec l’accouchement finit la vie. C’est aussi simple que cela. Et surtout, la vie n’est rien de plus qu’une grande plaie dans le noir.

Le petit croyant :
Oui, je suis d’accord que nous n’avons aucune représentation de la vie après l’accouchement. Dans tous les cas, nous verrons enfin notre maman. Et elle prendra soin de nous.

Le petit non croyant :
Maman ? Tu crois à une maman ? Et qui est-elle ?

Le petit croyant :
Elle est tout autour de nous. Nous vivons en elle et par elle. Sans elle, nous n’existerions pas.

Le petit non-croyant :
C’est le top de la confusion ! Je n’ai pas vu le moindre bout de maman ici. La conclusion finale est qu’il n’y en n’a pas !

Le petit croyant :
Quelquefois, quand un calme bienfaisant apparaît, nous pouvons percevoir son chant. Nous pouvons aussi sentir comment elle caresse notre monde. C’est pourquoi je suis sur que c’est alors que la vraie vie commence.


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24 février 2008

Dictatures du politiquement correct et du politiquement incorrect

Nous sommes entrés dans une ère ultra médiatique. Chacun de nous (moi le premier) devenant un citoyen « par procuration », nous reposant sur notre droit de vote - durement acquis par nos ancêtres, pour nous exprimer, et réduisant notre vie politique et notre participation à celle-ci à des commentaires sur ce que l’on a vu à la télé, entendu à la radio et lu dans la presse (je ne parle évidemment pas de ceux qui « militent » pour un Parti ou un autre, mais c’est pour moi différent car ce que font ces sympathisants relève automatiquement d’un parti pris et sont donc - peut-être mêmes les premiers, à être englobés dans ce qui va suivre)… Par conséquent, chacune de nos idées (que l’on estime bien entendu brillantes) est potentiellement (obligatoirement ?) influencée par quelque chose à laquelle nous nous fions les yeux fermés.
Nous vivons également dans une société qui a gardé un traumatisme très présent de la seconde guerre mondiale, apogée de l’antisémitisme grandissant dans notre continent (mais dont les origines remontent au moins deux siècles plus tôt – sans parler de l’antisémitisme religieux) et sommet de l’antihumanisme.
Ce traumatisme nous a au moins permis du point de vue de la morale de faire un grand pas en avant (il serait malhonnête de le nier). Mais ce traumatisme nous restreint également à notre insu de plus en plus de libertés, et l’on pourrait se demander si nous ne sommes pas en train de tomber dans une véritable dictature. Une dictature, non pas comme celles dont nous avons les images (que l’on nous a communiquées ou que l’on s’est faites nous-même) en tête, mais une dictature que j’appellerai « psychologique » : la dictature du politiquement correct, celle qui nous fait taire certaines choses par peur d’être montré du doigt, voire carrément banni de la société… Une connaissance journaliste m’a d’ailleurs confié récemment en arriver à s’auto censurer par peur de se mettre le public (ou ses supérieurs) à dos.
Ainsi sommes-nous obligés de fustiger les expulsions d’étrangers – pourtant entrés de manière illégale sur notre territoire, pour ne pas être traités de fachos ; obligés de chercher des excuses à des délinquants (du moment que leur délit ne devienne pas un crime) sous peine de se voir accusé de favoriser un Etat policier et totalitaire ; obligés d’embaucher au moins un personne « de couleur » dans nos entreprises (même si la compétence n’est pas de mise par manque de choix) pour ne pas être accusés de racisme ; obligés de traiter de la même manière (y compris pour la rémunération) une personne compétente et une autre beaucoup moins, sous prétexte qu’il s’agit d’une femme, d’un homosexuel (déclaré) ou d’un handicapé (à condition, bien entendu, que la « faille » ne relève pour ce dernier cas pas directement de son handicap) sous peine d’être taxé de misogyne, d’homophobe ou d’inhumain ; obligés de masquer ses sentiments patriotiques pour ne pas passer pour un extrémiste nationaliste ; obligés de condamner le Front National dès que nous l’évoquons (même sur un plateau télévision ou lors d’une interview sensée demeurer objective) sous peine d’être accusé de sympathie envers la « bête immonde » etc.
Tout ceci a bien entendu un bon fond, je ne vais pas faire comme si le racisme (entre autre) n’existait (ou ne tuait) plus de nos jours, et comme si la désapprobation des différences (de toute sorte de différence) n’entraînait pas encore à l’heure actuelle de fortes inégalités ; mais force est de constater que cela en devient de plus en plus réducteur au niveau intellectuel…

Face à cela, Nicolas Sarkozy a peut-être été le premier à sentir le vent tourné et à se positionner de façon à l’avoir dans le dos, mais il n’a certainement pas été le seul : je pense que l’on sera tous plus ou moins d’accord pour dire que les médias l’ont bien aidé (consciemment ou pas)… Ainsi, l’on entend désormais par-ci par-là (parfois même de ma propre bouche je dois bien l’avouer) fustiger le « politiquement correct ».
L’ennui, c’est que certains (à l’instar de Franz-Olivier Giesbert dont je n’ai pas retrouvé l’adresse du blog) – prétendant combattre la pensée unique au nom de la liberté de penser, en arrivent peut-être même inconsciemment à faire comme ceux qu’ils dénoncent, mais avec des idées opposées, inversées : combattre le « politiquement correct » devient un argument en soi, et tombe à son tour dans une sorte de dictature psychologique, puisque la seule évocation de la finalité (ou des moyens) tend à remplacer un discours construit, réfléchi et argumenté…

C’est en cela aussi que j’estime que la France est en train de se diviser en deux (non pas que l’une ou l’autre des parties ait raison et l’autre tort). Et si les mentalités continuent d’évoluer dans ce sens, un conflit (et ce serait fort dommage) n’est pas inenvisageable…
Coincé entre ces deux visions du Monde (ou plutôt de la France) - non pas parce que je suis totalement objectif (bien que j’essaie au maximum de l’être dans mes chroniques) mais surtout parce que mes idées biscornues me font être d’accord parfois avec l’une, parfois avec l’autre (et souvent moitié-moitié), je me suis retrouvé il y a quelques temps accusé ici de me faire « complice de l'islamisation » parce que je défendais le respect et la tolérance envers les religions ; et de faire « le jeu de l'extrême droite » parce que je comparais les propos défendus par l’extrême gauche à ceux de l’extrême droite (notons au passage que les deux accusations sont opposées et – je pense, inconciliables. Pourtant, c’est bien de moi que l’on parle, et je n’ai ni changé d’opinion entre temps, ni inventé une quelconque idéologie qui ne correspondrait pas à mes idées pour faire bonne figure sur tel blog et une autre sur celui-là)… Si ces propos ne venaient pas de personnes que je connaissais (virtuellement parlant), j’aurais mis ça sur le compte de l’endoctrinement et j’aurais laissé tomber la discussion ; mais tout porte à croire que cela vient d’autre chose : peut-être ont-ils raison (moi-même plus influencé par le politiquement correct - peut-être parce qu’il existe depuis plus longtemps, je dois dire que c’est surtout la deuxième accusation qui m’a le plus interpellé) ? Peut-être devrais-je taire certaines idées « taboues » afin de ne pas encourager involontairement certaines idéologies ? Mais dans ce cas, c’est l’idéologie inverse (que je ne cautionne nullement non plus) que j’aurais encouragée…
Pris au milieu de ces deux dictatures psychologiques qui n’existent peut-être que dans mon esprit perturbé, j’ai cependant pris une décision : c’est de dire (et de défendre) ce que je pense. Peu importe ce qu’en diront ceux qui ne sont pas d’accord avec moi, peu importe si je cautionne malgré moi une idéologie (plus ou moins) totalitaire : je pense que chacun est assez intelligent pour ses faire ses propres opinions, d’autant plus qu’un lecteur régulier saura parfaitement ce que je pense sur chaque sujet abordé. Mais, que diable ! Je veux à tout prix garder ma liberté d’expression et surtout de penser pour ne pas finir comme ma connaissance journaliste à m’ « auto censurer » inconsciemment par peur de déplaire !

 

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18 février 2008

Marine Le Pen s’y verrait bien…

Invitée de Jean-Jacques Bourdin sur RMC mercredi dernier, Marine Le Pen a affirmé qu’elle aimerait se présenter aux élections présidentielles de 2012 pour représenter les « nationaux »… Sachant qu’elle n’avait pas répondu à la première question du journaliste qui était (de mémoire) « Serez-vous un jour Présidente du Front National ? », cela peut laisser penser que Mme Le Pen est prête à se présenter aux prochaines élections avec ou sans l’étiquette du FN (comme c’est d’ailleurs déjà le cas pour sa campagne municipale)…

Marine Le Pen est une personnalité politique d’extrême droite un peu à part : profitant de sa côte auprès des journalistes (« sympathique », « bonne copine » selon leurs propres termes - à ne pas prendre au premier degré bien entendu) et de sa large diffusion médiatique, elle tente de dédiaboliser le Front National.
Pour cela, elle arrache tout d’abord l’étiquette de Parti « antirépublicain » qui colle au FN depuis des décennies en affirmant son attachement à la démocratie, à la République et à ses fondements (droits de l’homme et du citoyen, laïcité etc.). Elle se permet même de donner des leçons d’égalité (en ce qui concerne le communautarisme grandissant et – surtout, encouragé par) à Nicolas Sarkozy - un comble !, et à la France (médiatique) en général (il faut dire qu’avec la période de l’entre deux tours à laquelle nous avons eu droit en 2002, ce n’est pas bien difficile)…
De plus, force est de remarquer que Mme Le Pen ne dérape jamais (en tout cas devant un micro) sur les sujets sensibles ou tabous : contrairement à son père à il y a encore ne serait-ce que quelques années, vous ne l’entendrez non seulement pas prononcer de propos racistes, mais pas non plus (c’est une exclusivité) de propos ambigus respirant la xénophobie !
Cela ne l’empêche pas, par « patriotisme » et par « amour de l’histoire et de la culture française », d’être contre l’immigration, et de ne pas pouvoir apprécier un bon morceau de raï que tente de lui faire écouter un détracteur par le biais de son autoradio… Mais - certainement beaucoup plus attirée par le pouvoir que son père, Marine Le Pen privilégie le grand nombre plutôt que les minorités, cherchant ainsi le vote du plus grand nombre de citoyens (de droite) possible plutôt que celui de certains extrémistes… 

L’ennui, avec cette attitude, c’est que Marine Le Pen ne fait pas l’unanimité. Non seulement au sein de son Parti, mais également d’une partie de ses électeurs : en « démocratisant » le FN, Marine Le Pen tend à faire coïncider (certes fort involontairement, et bien aidée par l’ancien ministre de l’Intérieur) son programme avec celui de Nicolas Sarkozy (ceux-ci n’étaient d’ailleurs – en apparence, pas très loin l’un de l’autre aux dernières élections présidentielles). Ce qui a eu pour effet de faire perdre les voix du Front National au profit de l’UMP (d’un point de vue stratégique, pour un électeur souhaitant la victoire de ces idées, M. Sarkozy avait bien plus de chances de se faire élire que Jean-Marie Le Pen au second tour), mais aussi de faire s’éloigner certains extrémistes que M. Le Pen avait toujours réussi (grâce à ses petites phrases qui lui valurent nombre de condamnations) à garder parmi ses électeurs…
Mme Le Pen se retrouve ainsi mise en concurrence (voire en difficulté) à la succession de son propre père qui, pourtant -  depuis qu’il a réalisé qu’il ne pourra pas se représenter dans cinq ans, ne cesse de la défendre. Les années à venir au sein du FN risquent d’être bien mouvementées, et pas seulement par la vente du Paquebot. Face à cela, Marine Le Pen a apparemment décidé de se lancer  quoiqu’il arrive à la tête du Front National : il faudrait peut-être lui rappeler qu’elle ne sera pas la première à tenter de représenter les nationaux sans l’appui (qu’ils estimaient plutôt être un poids) du FN : Bruno Mégret et Philippe de Villiers s’y sont risqués avant elle, avec les résultats dont on se souvient…
 

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11 février 2008

Echec pour Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy est un homme politique qui est – par conviction, proche, très proche du centre. N’importe qui, qui a un minimum de mémoire, pourra vous le confirmer. Il en est proche non pas parce qu’il estime que le centre est l’avenir de la France, mais plutôt parce qu’il aime bien plaire à tout le monde…
C’est peut-être d’ailleurs sa plus grande erreur : vouloir plaire à un maximum de personnes. Car plaire à tout le monde (de gauche comme de droite), c’est forcément tomber dans le « ninisme » engendré par François Mitterrand, et perpétré par Jacques Chirac avant lui. Un ninisme qui mène automatiquement à l’immobilisme qui a fait fuir les électeurs des urnes (ou qui les a fait se diriger vers les extrêmes) il y a quelques années.
M. Sarkozy semblait pourtant avoir compris cela en prônant – au sein même du gouvernement, la rupture avec ce même type de gouvernement…

Ce que Nicolas Sarkozy n’avait apparemment pas saisi, c’est que la France est scindée en deux parties : il y a (et aura toujours) ceux qui sont « pour » et ceux qui sont « contre ». Pour caricaturer à l’extrême, il y a ceux qui placent la charité au-dessus des intérêts de la nation, et ceux qui placent leurs intérêts au-dessus de ceux de la société…
La gauche a bien entendu accusé M. Sarkozy de monter ces deux parties l’une contre l’autre (comme si les Français étaient assez stupides pour se mettre soudainement à penser ce que l’ancien ministre de l’Intérieur s’était mis à dire, plutôt que d’avouer que celui-ci ne faisait que traduire leurs pensées), le taxant de « facho » à tout bout de champs à qui voulait bien l’entendre.
Une fois élu, notre actuel président de la République a bien entendu tâché de se dépêtrer de cette image (avec succès, devons-nous dire, puisqu’on ne l’entend plus critiqué – à part par certains irréductibles, que sur sa vie privée - !!!). Logique, diront certains ? Pas faux. Il aurait été idiot au vu de la montée des violences urbaines de rester sans rien faire ou de continuer à influencer dans ce sens-là.
Mais les convictions ont vite repris le dessus : ouverture du gouvernement à des personnalités de gauche, négociations musclées uniquement en apparence avec les syndicats… S’il est incontestable que la politique mise en œuvre par Nicolas Sarkozy est de droite, force est de constater qu’elle a du mal à convaincre.
A cela, une raison selon moi toute simple : M. Sarkozy a tenté de séduire l’électorat vacant de la gauche, estimant que celui de droite lui était désormais acquis. Grave erreur. Sa côte de popularité est même en train de chuter.

Fidèles à eux-mêmes et encouragés à la fois par un gouvernement qui réclame des élections municipales « nationales » (donc hors sujets) et une opposition qui appellent à un vote sanction, les Français se préparent à rappeler à l’ordre le Président. Non pas tellement que les discours de l’opposition (qui semble se complaire dans les victoires immédiates des votes sanctions aux élections locales) soient très convaincants, mais surtout que l’exercice du pouvoir amène son lot inévitable de déceptions.
Un échec s’annonce donc pour Nicolas Sarkozy, pour les municipales (certains maires en arrivent même à briguer les mairies sans l’étiquette UMP afin de ne pas partir avec un handicap) mais aussi à moyen terme.
A force de trop vouloir concilier tous les Français, il est en train de perdre toute crédibilité aux yeux des uns et (si tant est qu’il en est eu ne serait-ce qu’un soupçon) des autres. Attitude étrange : il avait pourtant réussi à se faire élire (et largement qui plus est) sans broncher sur ses idées avec un programme qui n’était pas facilement défendable du point de vue du politiquement correct… S’il espérait se faire aimer par une plus grande majorité encore de Français en redorant son image durant son premier mandat afin de mieux pouvoir attaquer le second, il risque fort - en continuant sur cette voie, d’être sévèrement surpris d’ici peu de temps.


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19 janvier 2008

L’erreur de Marx

Oui, bon, je sais : je vais encore un citer un extrait de ce livre (« Le capitalisme est-il moral ? » d’André Comte-Sponville). Mais là, c’était tellement proche de ce que je pense que je n’ai pas pu me résoudre à le laisser passer… D’ailleurs, si ça ne faisait pas des mois que j’essayais de formuler maladroitement cette théorie, je pense que j’aurais été tenté de l’accuser de plagiat ;-)

« Le but de Marx, au fond, ce fut de moraliser l’économie. […] Marx voulait en finir avec l’injustice, non par une simple politique de redistribution, dont il percevait bien les limites, encore moins en comptant sur la conscience morale des individus, à laquelle il ne croyait guère, mais en inventant un autre système économique, qui rendrait enfin les êtres humains économiquement égaux. Moralement, on ne saurait lui donner tort. Mais, économiquement, comment serait-ce possible ? La faiblesse de Marx, c’est qu’il n’a pas les moyens anthropologiques de sa politique. Or, son anthropologie est juste. En bon matérialiste, il pense que les hommes sont mus, d’abord, par leur intérêt, ou par ce qu’ils jugent être tel. Il va même plus loin que je n’irais personnellement : « Les individus poursuivent uniquement leur intérêt particulier, lequel, à leur yeux, ne coïncide nullement avec leur intérêt commun. » Mais alors, pourquoi se soumettraient-ils à celui-ci ? Et s’ils ne le font pas, que reste-t-il du communisme ? C’est où l’on rencontre la dimension utopique du marxisme. Pour que le communisme, tel que Marx l’avait conçu, ait une chance de réussir, il fallait au moins une chose : que les hommes cessent d’être égoïstes et mettent enfin l’intérêt général plus haut que leur intérêt particulier. Si l’on obtenait ça, le communisme avait une chance de réussir. Autrement, non. Il était donc inévitable qu’il échoue (c’est facile à dire après coup, je vous l’accorde, mais dès lors que nous sommes en effet après coup, autant en profiter…), puisque les hommes sont égoïstes et mettent toujours, à l’échelle des grands nombres, leur intérêt particulier plus haut que l’intérêt général. Il était donc à peu près inévitable aussi que le communisme devienne totalitaire, puisqu’il fallut bien imposer par la contrainte ce que la morale, très vite, s’avéra incapable d’obtenir. C’est ainsi que l’on passe de la belle utopie marxiste, au XIXe siècle, à l’horreur totalitaire que chacun connaît, au XXe. Il fallait renoncer au rêve, ou transformer l’humanité. On entreprit donc de la transformer (propagande, bourrage de crâne, camps de rééducation, hôpitaux psychiatriques…), et ce fut l’échec sanglant que l’on sait. »

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09 janvier 2008

Moralement et politiquement correct

Voici un extrait de l’ouvrage du philosophe André Comte-Sponville intitulé « Le capitalisme est-il moral ? » (tiré – comme à son habitude, de multiples conférences faites en public). Je vous laisse juger à quel point son honnêteté frise avec le politiquement incorrect :

« Imaginez que ce soir, dînant avec quelques amis, je leur fasse cette déclaration saugrenue : « Cette fois, les amis, moralement, je suis content de moi ! J’ai passé tout l’après-midi à faire une conférence grand public sur le rapport entre la morale et l’économie. Deux heures d’exposé, trois heures de débat ! Si ce n’est pas avoir une haute idée de mes responsabilités d’intellectuel, de philosophe, de citoyen, qu’est-ce que c’est ? ». Mes amis, même quelque peu surpris du ton, ne pourraient, moralement, que m’approuver. Sauf si l’un d’eux, soudain, m’interroge : « Mais, dis voir, ils t’ont payé, pour faire ta conférence, ou l’as-tu faite bénévolement ? ». Je leur répondrais la vérité : « Bénévolement ? Non. Ils m’ont payé… Et même, tu vois, par rapport à nos habitudes d’universitaires, qui sont chiches, ils m’ont fort convenablement payé ! ». Mes amis, alors, ne pourraient que protester : « Que tu aies été payé pour faire ta conférence, aucun d’entre nous ne te le reprochera : tout travail mérite salaire, et l’on se doute que tu as fait ta conférence en toute honnêteté. En revanche, on trouve un peu culotté que tu te félicites, moralement, d’avoir fait une conférence pour laquelle tu reconnais toi-même avoir été fort convenablement payé ! Relis Kant, me diraient mes amis philosophes, dès lors que tout laisse entendre que tu as fait ta conférence par intérêt, et même si tu as agi en tout conformément à la morale, ta conférence était pourtant sans aucune valeur morale – puisque tu l’as faite par intérêt, et que le propre de la valeur morale d’une action, c’est le désintéressement ». Mes amis auraient évidemment raison, ce pourquoi l’idée ne me traverserait pas l’esprit un instant de me féliciter, moralement, d’être parmi vous aujourd’hui. »

 

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12 décembre 2007

La mécanique du glissement à droite

Voici un article que j’ai trouvé dans Le nouvel observateur hors série de novembre/décembre 2007 (consacré aux droites de 1789 à 2007), il est de Michel Winock :

« La droite n’est pas une entité fixe ; elle est composite et évolutive. Pendant près de deux siècles, elle a changé et s’est nourrie de tous les transfuges de la gauche. Le moteur principal de l’évolution a été la poussée répétée des forces de gauche vers la droite à partir du renouvellement de l’extrême gauche. Sous la IIIe République, l’extrême gauche des radicaux-socialistes pousse vers la droite les républicains modérés, mais ces mêmes radicaux sont poussés à leur tour vers la droite par l’arrivée à l’Assemblée des élus socialistes dans les années 1890. Après 1920, c’est le Parti communiste français qui rejette dans la direction de la droite socialistes et radicaux.
Prenons l’exemple de Raymond Poincaré, figure emblématique de la droite. Or, au début du XXe siècle, il est du côté des dreyfusards avec une partie des modérés. Après la guerre de 1914-1918, ces modérés de gauche, républicains, laïques et libéraux en économie, bien représentés par l’Alliance démocratique, sont poussés à droite après l’émergence du Parti communiste qui, avec le Parti socialiste, vient renforcé la gauche anticapitaliste.
La droite a perdu ses doctrines d’origine imprégnées de monarchisme et de catholicisme ; elle s’est républicanisée et laïcisée. Dans ce processus, les idées, les groupes, les individus issus de la gauche ont joué un rôle majeur. Tandis que la gauche originelle a évolué vers la droite, la droite des origines, elle, a glissé vers l’extrême droite. Mais le processus inverse est-il aujourd’hui impensable ? ».

Impensable ?
Je ne le crois pas, rien n’est impensable avec le cours du temps. Surtout au vu lors de ces dernières élections de la reprise de certains thèmes jusqu’à présent réservés à l’extrême droite par la droite… Voire même par la gauche (sécurité, immigration, nationalisme etc.).
Mais je pense que ces évènements sont principalement dus à un retour de bâton de sujets - pas forcément dangereux, qui ont fini par devenir tabous dans notre pays. A l’inverse - en voyant le PS patauger et s’emmêler dans ses propres prises de positions pendant qu’Olivier Besancenot est en train de devenir LA figure emblématique de l’opposition en dénonçant de manière engagée et structurée (par opposition à la manière que je qualifierais de « systématique » du Parti socialiste) les réformes proposées par le capitalisme (de droite comme de gauche), d’autant plus qu’il a désormais exprimé explicitement le souhait de rassembler différents Partis de gauche afin de créer un nouveau grand Parti anticapitaliste ; l’on peut se demander si nous ne sommes pas en train d’assister à un nouveau « glissement à droite »…

L’émergence d’un nouveau Parti de gauche va-t-elle influencer le PS dans les choix politiques qu’il doit faire ? Est-ce finalement le renouvellement de l’extrême gauche – encore une fois, qui fixera le sort du Parti socialiste ?

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