08 mars 2008
La vie existe-elle après l'accouchement ?
Voici le contenu d’un mail que j’ai reçu. La source en est
– à ma connaissance, inconnue et c’est bien dommage…
Comme vous le savez peut-être, je suis athée. Athée dans
le sens où je ne crois pas en Dieu, en tout cas en aucun que peuvent nous
décrire les religions… Mais je n’irais pas – comme certains, jusqu’à nier son existence (comble, selon moi, de la prétention que de
pouvoir se prononcer avec certitude sur les questions métaphysiques : en ce
sens, je serais plutôt agnostique) et je trouve que ce petit texte est plutôt
bien fait. Je vous laisse en juger (attention, si un débat venait à être
lancé dans les commentaires, je souhaite d’entrée préciser que je tiens - en
bon laïque, à ce que cela se passe dans le plus grand respect de toutes les
religions) :
Dialogue amniotique : dans le ventre d’une femme enceinte
se trouvent deux embryons.
L’un est croyant, l’autre est non-croyant.
Le petit non-croyant :
Comment quelqu’un peut il croire à la vie après
l’accouchement ?
Le petit croyant :
Mais naturellement. Il n’y a aucun doute qu’il y
ait une vie après l’accouchement. Notre vie ici n’a de sens que parce que l’on
grandit pour nous préparer à la vie après l’accouchement. Nous devons ici
prendre de la force pour ce qui nous attend plus tard.
Le petit non-croyant :
Cela n’a aucun sens. Il n’existe pas de vie après
l’accouchement. Quelle forme peut avoir une telle vie ?
Le petit croyant :
ça, je ne peux pas le savoir exactement. Mais c’est sur
qu’il y a plus de lumière qu’ici. Et peut être pourrons nous manger avec notre
bouche, courir avec nos jambes et…
Le petit non croyant :
Arrête un peu avec ces sornettes. Courir ? Ce n’est pas
possible. Et une bouche qui mange est une image ridicule. Et pourquoi ? Nous
avons notre cordon ombilical qui nous nourrit. Et c’est évident que le cordon
ombilical ne peut nous conduire quelque part tellement il est court.
Le petit croyant :
Ce doit être sûrement possible. Ce sera sûrement
totalement différent quand nous nous y habituerons.
Le petit non-croyant :
Et personne n’en est jamais revenu. Compris ? Avec
l’accouchement finit la vie. C’est aussi simple que cela. Et surtout, la vie
n’est rien de plus qu’une grande plaie dans le noir.
Le petit croyant :
Oui, je suis d’accord que nous n’avons aucune
représentation de la vie après l’accouchement. Dans tous les cas, nous verrons
enfin notre maman. Et elle prendra soin de nous.
Le petit non croyant :
Maman ? Tu crois à une maman ? Et qui est-elle ?
Le petit croyant :
Elle est tout autour de nous. Nous vivons en elle et
par elle. Sans elle, nous n’existerions pas.
Le petit non-croyant :
C’est le top de la confusion ! Je n’ai pas vu le
moindre bout de maman ici. La conclusion finale est qu’il n’y en n’a pas !
Le petit croyant :
Quelquefois, quand un calme bienfaisant apparaît,
nous pouvons percevoir son chant. Nous pouvons aussi sentir comment elle
caresse notre monde. C’est pourquoi je suis sur que c’est alors que la vraie
vie commence.
09 janvier 2008
Moralement et politiquement correct
Voici un extrait de l’ouvrage du philosophe André
Comte-Sponville intitulé « Le capitalisme est-il moral ? » (tiré
– comme à son habitude, de multiples conférences faites en public). Je vous
laisse juger à quel point son honnêteté frise avec le politiquement
incorrect :
« Imaginez que ce soir, dînant avec quelques amis, je leur fasse cette déclaration saugrenue : « Cette fois, les amis, moralement, je suis content de moi ! J’ai passé tout l’après-midi à faire une conférence grand public sur le rapport entre la morale et l’économie. Deux heures d’exposé, trois heures de débat ! Si ce n’est pas avoir une haute idée de mes responsabilités d’intellectuel, de philosophe, de citoyen, qu’est-ce que c’est ? ». Mes amis, même quelque peu surpris du ton, ne pourraient, moralement, que m’approuver. Sauf si l’un d’eux, soudain, m’interroge : « Mais, dis voir, ils t’ont payé, pour faire ta conférence, ou l’as-tu faite bénévolement ? ». Je leur répondrais la vérité : « Bénévolement ? Non. Ils m’ont payé… Et même, tu vois, par rapport à nos habitudes d’universitaires, qui sont chiches, ils m’ont fort convenablement payé ! ». Mes amis, alors, ne pourraient que protester : « Que tu aies été payé pour faire ta conférence, aucun d’entre nous ne te le reprochera : tout travail mérite salaire, et l’on se doute que tu as fait ta conférence en toute honnêteté. En revanche, on trouve un peu culotté que tu te félicites, moralement, d’avoir fait une conférence pour laquelle tu reconnais toi-même avoir été fort convenablement payé ! Relis Kant, me diraient mes amis philosophes, dès lors que tout laisse entendre que tu as fait ta conférence par intérêt, et même si tu as agi en tout conformément à la morale, ta conférence était pourtant sans aucune valeur morale – puisque tu l’as faite par intérêt, et que le propre de la valeur morale d’une action, c’est le désintéressement ». Mes amis auraient évidemment raison, ce pourquoi l’idée ne me traverserait pas l’esprit un instant de me féliciter, moralement, d’être parmi vous aujourd’hui. »
22 juin 2007
John Locke (1632-1704)
Figurez-vous que (le vrai) John Locke fut un philosophe
anglais du siècle des Lumières !
Il était adepte de la philosophie empiriste qui, en
opposition avec l’innéisme des rationalistes, plaçait l’expérience au commencement de toute chose.
Au sujet de cet « affrontement » entre empiristes
et rationalistes, l’on apprendra après la mort de Locke que les empiristes
avaient finalement "raison", grâce au problème de Molyneux :
en 1730, lorsqu’un aveugle de naissance fut opéré avec succès, il ne pu
distinguer par la seule vue le cube de la sphère, infirmant ainsi ce que
pensaient les rationalistes (persuadés que les divers sens étaient connectés
les uns aux autres).
John Locke distinguait deux sortes d’idées : les
simples et les complexes. Je n’entrerais pas ici dans un long discours selon
moi parfaitement abstrait, mais prendrais plutôt un exemple qui permettra de
rapidement saisir le concept de Locke : il distinguait l’homicide (tuer un
homme), le meurtre (tuer volontairement un homme), et l’assassinat (tuer
volontairement et avec préméditation un homme)… Cette distinction ne
serait pas sans nous rappeler curieusement notre système judiciaire actuel.
Plus concrètement et dans un sens politique, Locke sera à
l’origine d’un concept de distinction des pouvoirs et, de par ses idées - à
l’époque peu communes (seul Spinoza avant lui avait soutenu la démocratie),
inspira de nombreux noms comme celui de Montesquieu ou de Rousseau, ainsi que
la Déclaration des droits américains.
Les idées de John Locke ont fait de lui le père du
libéralisme, notamment celui du modèle anglo-saxon : selon lui, la vie, la
liberté et la propriété sont des droits naturels que l’Etat doit garantir en
sanctionnant les violations ; il considèrera la tolérance religieuse et la
propriété - qu’il justifiera par le travail, et estimera que l’individu doit
renoncer à l’idée de se faire justice lui-même puisque le bien commun doit être
assuré par les lois de l’Etat.
De plus, en soutenant que lorsque les droits naturels (devant
être garantis par le souverain) sont transgressés, le peuple a le droit de se
révolter ; il inspirera la révolution de 1688 et les bases de la
démocratie anglaise.
Voici – à mon sens, un sacré grand nom de la philosophie
dont on ne nous parle guère (malheureusement) au lycée, certainement parce que
non Français…
Mais alors, quel est le lien me demanderez-vous avec le John
Locke de la série « Lost » qui apparaît en photo en haut de cette
chronique ? Eh bien, je dois dire que je ne vois pas grand-chose, peut-être
en apprendrons-nous plus en regardant la troisième saison ?
En attendant, je laisse aux spécialistes et aux décrypteurs (notamment
ceux qui ont lu « Le guide officiel ») de cette série le soin d’éventuellement
nous expliquer ce qu’ils ont pu comprendre ;-)
Toujours est-il que j’ai trouvé la ressemblance des idées de
ce philosophe avec notre société actuelle plutôt intéressante, surtout lorsque
l’on regarde que ces idées sont apparues au XVIIIe siècle…
06 novembre 2006
Gygès, ou le mythe du seigneur des anneaux
Gygès était un berger. Un jour d’orage, il vit la terre
s’ouvrir devant lui. En entrant dans la crevasse ainsi créée, il découvre un
cadavre muni d’un anneau. Gygès s’empare de l’anneau et remonte à la surface.
Plus tard, alors qu’il se trouve au milieu d’une
assemblée, il se rend compte qu’en tournant la bague autour de son doigt, il
devient invisible. Exalté par ce pouvoir, il en profite pour tuer le roi afin
de prendre sa place et coucher avec la reine.
Son don lui assurant l’impunité, Gygès deviendra un
criminel.
Cette histoire ne serait pas sans rappeler un célèbre livre
écrit par John Ronald Reuel Tolkien ; pourtant, le mythe de Gygès a été
écrit par Platon dans son livre II de La République au IVe siècle avant
Jésus Christ ! Fidèle à ses habitudes, Platon ne rédige pas cette anecdote en
son nom propre, mais la fait raconter par Glaucon, qui espère ainsi montrer que
l’Homme n’est pas naturellement juste.
C’est amusant parce que ce débat date d’au moins vingt-cinq
siècles, et il pourrait toujours être d’actualité aujourd’hui …
En fait – et pour tout dire, je serais sur ce point plutôt d’accord
avec lui, car si l’Homme était naturellement bon, toutes les horreurs qui ont
ponctué notre Histoire et qui continue d’entacher notre actualité quotidienne n’existeraient
pas.
Je pense en effet que si l’être humain se comporte de
manière correcte la plupart du temps, c’est essentiellement par crainte du
châtiment. Un exemple (beaucoup plus contemporain) pourrait venir appuyer ma
thèse : celui du téléchargement sur internet.
On pourrait être amené à croire qu’un personne qui n’a
jamais rien volé de sa vie est de nature bonne ; mais cette même personne
n’a-t-elle jamais télécharger illégalement sur internet (à condition, bien
entendu, qu’elle en ait eu l’occasion) ? Je pense que très peu de personnes
auxquelles je poserais la question ne pourrait me répondre par la négative (moi
le premier). Ceci montre bien que si ces personnes n’ont jamais causé
directement de tort à d’autres personnes, elles sont tout à fait capables de le
faire de manière indirecte, parce qu’elles ont beaucoup plus de cran lorsqu’il
y a moins de risque, ou parce qu’elles n’ont pas l’impression que ce qu’elles
font est immoral…
Ainsi, pour moi, l’Homme ne peut être naturellement juste.
Notez que je parle ici de la nature de l’Homme au sens
général, et ne remets nullement en cause qu’il existe des personnes dévouées au
bien qui seraient véritablement dignes du mot « bon ».
Vos opinions seront - comme toujours, les bienvenues.
12 septembre 2006
Préférez-vous une vraie tristesse ou une fausse joie ?
En lisant l’essai du philosophe André de Comte-Sponville
intitulé Le bonheur, désespérément, j’en suis arrivé – juste après
l’habituelle définition personnelle de la philosophie,
à cette question : Vaut-il mieux une vraie tristesse qu’une fausse
joie ?
Cette question m’a d’autant plus intrigué que je ne suis pas
– en tout cas au premier abord, d’accord avec l’auteur, et que pour lui la
réponse est très claire : est philosophe dans l’âme celui qui aime le
bonheur, mais qui aime encore plus la vérité…
Tout d’abord, mais je ne m’attarderais pas là-dessus, je
tiens à préciser que pour moi philosopher, c’est chercher à vivre mieux, tout
simplement : la question de la vérité – même si elle reste essentielle et peut faire l’objet d’un chapitre, ne
devrait en aucun cas figurer dans la définition de la philosophie.
Au sens commun, une fausse joie est une nouvelle que l’on
apprend et qui nous rend heureux, et dont on apprend ensuite qu’elle n’était
pas vraie…
Dans ce sens, on peut dans un premier temps se dire qu’une
fausse joie vaut toujours mieux qu’une vraie tristesse : puisque la vie
est faite de hauts et de bas, autant ne pas cracher sur les moments heureux, si
courts puissent-ils être.
Cependant, lorsque l’on se penche d’un peu plus près sur la
question, on peut voir qu’une fausse joie n’est pas toujours préférable à une
triste vérité, car la désillusion qui s’ensuit peut s’avérer fort désagréable.
Par exemple, un célibataire devrait peut-être mieux le
rester en attendant de trouver la personne qui lui convient, plutôt que de
tomber amoureux d’une qu’il croira amoureuse de lui, et dont il s’apercevra peu
de temps après qu’il n’en était rien…
Plus amer, une femme qui tombe enceinte mais finit par faire
une fausse couche peut, après-coup, tellement être tombée de haut qu’elle
décidera de ne plus tenter l’expérience par peur d’un nouvel échec.
Ainsi, une triste vérité vaut mieux qu’une dure désillusion.
Mais l’auteur entend-t-il vraiment fausse joie dans ce sens ? Rien n’est
moins sûr.
Tout d’abord, nombre d’entre vous pourraient me faire
remarquer que les exemples que je viens de donner ne sont nullement des fausses
joies, mais plutôt des vraies tristesses… Et ce serait exact ! En tout
cas, selon le point de vue d’où l’on se place.
Je pense que vous pouvez maintenant saisir l’ambiguïté dont
j’ai parlé plus haut sur ces termes : pourquoi l’auteur opposerait-il une
vraie tristesse à une fausse joie, sachant que celle-ci s’ensuit toujours d’une
triste vérité ? Peut-être ne veut-il en fait seulement évoquer la fausse
joie (et je dois bien dire que les paragraphes qui précèdent l’interrogation
vont plutôt dans ce sens) qu’en tant que bonheur dans le faux, le mensonge…
Et dans ce sens – encore une fois, il n’est pas aussi
évident qu’il y parait de répondre.
Evidemment, si le choix nous est proposé entre continuer à
vivre dans notre mensonge, ou bien connaître la vérité, je pense que nous
choisirions tous la vérité - même si celle-ci doit nous attristé, ne serait-ce
que par curiosité.
Cependant, si le choix ne nous est pas posé aussi
directement, si nous ne nous doutons pas que la « réalité » dans
laquelle nous vivons n’est pas vraie, irions-nous chercher la vérité,
uniquement par goût de la vérité avant le bonheur ? En d’autres
termes : préférez-vous vivre malheureux dans la vérité plutôt
qu’heureux dans une illusion ?
Je ne crois pas – bien que j’y mette un bémol, cela
relèverait presque pour moi du masochisme…
Je suis conscient qu’avec de tels propos, l’auteur cible
principalement la religion, et je peux comprendre qu’en ce sens la triste
vérité sera toujours préférable aux yeux du philosophe que la croyance aveugle.
Mais l’auteur ne cible pas seulement la religion, car il
commence par opposer le bonheur à la vérité, puis à la triste vérité.
Ainsi, il s’adresse selon moi à des philosophes qui ont rejeté la religion mais
qui continuent de vivre dans une bienheureuse ignorance, et s’en satisfont - du
moment que cela les touche personnellement.
C’est surtout dans ce cas que j’aurais du mal à répondre
aussi catégoriquement que M. de Comte-Sponville. Par exemple, si ma femme me
trompait : si j’avais vingt ou trente ans, je souhaiterais sûrement le
savoir, car je serais encore suffisamment jeune pour pouvoir refaire ma vie,
plutôt que de continuer celle-ci dans l’illusion de combler ma compagne.
Mais si j’avais soixante ou soixante-dix ans, voudrais-je
vraiment le savoir, même (et j’insisterai bien là-dessus) si je n’ai absolument
aucun doute sur ce point ? Bien sûr, il m’arrivera peut-être de poser la
question, mais ce sera plus histoire de me conforter que pour connaître la
vérité, car je n’aurais pas grand-chose à y gagner.
Je suis d’accord que l’Amour est un mauvais exemple, car
tout le monde sait que le cœur a ses raisons que la raison ignore, et je
m’excuse d’avance auprès de ceux qui voudraient me le reprocher ; mais
pour moi (mais ça fera sûrement l’objet d’une autre chronique), le bonheur,
c’est en grande partie l’Amour qu’on se porte mutuellement avec ma compagne –
alors c’est le meilleur exemple que j’ai trouvé…
Prenons-en un autre : si je suis passé à côté d’une
superbe occasion – de quoi que ce soit (gagner de l’argent, emballer une jolie
fille, me rabibocher avec quelqu’un, trouver un bon boulot etc.), que cela me
rendrait triste de l’apprendre, et que je ne pourrais hélas plus rien y
faire, je ne pense pas que ce soit préférable que je connaisse la vérité,
et je n’irais pas forcément la chercher…
Vous l’aurez compris, je ne suis pas tout à fait d’accord
avec André de Comte-Sponville, mais je tiens à me répéter, cela dépend des
cas : si une vérité me plonge dans une tristesse que je pourrais surmonter
afin de repartir à la recherche du (d’un autre ?) bonheur, ou si
l’illusion dans laquelle je vis commence à me faire me poser des questions
quant à sa véracité, je choisirais la vérité au bonheur ; mais – en
poussant à l’extrême, si une triste réalité doit faire s’écrouler toute ma vie,
et que je n’aurais pas le moindre doute quant à son existence, je ne remuerais
jamais ciel et terre pour la connaître. En tout cas, pas par amour de la vérité
plus que de celui du bonheur…
Navré de vous dire ça alors que la chronique touche à sa
fin, mais cela veut dire que je ne suis pas – en tout cas pas selon M. de
Comte-Sponville, philosophe dans l’âme ;-)
Vos propositions, opinions et exemples seront évidemment les
bienvenus.
31 août 2006
Qu’est-ce que le changement ?
Le dictionnaire nous dit que le changement est une
transformation de quelque chose dans l’espace « temps », ou une
substitution de quelque chose par autre chose dans l’espace « lieu ».
Je passerai sur le fait qu’il est difficile qu’un changement opère dans
l’espace « lieu » sans opérer également dans l’espace
« temps », mais c’est bien entendu le changement en tant que
transformation qui nous intéresse au sens philosophique.
Selon de nombreux philosophes, le changement est synonyme de
mouvement, mais aussi d’existence : rien qui existe ne peut rester
inchangé - les arbres poussent, les êtres humains vieillissent, les objets se
détériorent (à plus ou moins grande vitesse selon leur capacité à se
biodégrader)… On remarquera au passage la différence qui apparaît entre
« vivre » (pour tous ce qui « vit ») et
« exister » (pour le reste).
Nous pouvons également pousser un peu plus loin le
raisonnement et affirmer - à l’instar de Bergson, que quelque chose ne peut
pas changer s’il n’y a pas quelque chose qui ne change pas.
Au premier abord, cette phrase peut paraître complexe, et
pourtant, elle est on ne peut plus logique si on la regarde de plus près :
par exemple, on peut dire à quelqu’un qui se présente vêtu d’une autre chemise (que
celle de la veille) qu’il a changé de chemise ; mais on n’aurait pas pu le
lui dire s’il avait mis un T-shirt à la place, car il n’y aurait alors pas eu
changement mais substitution. De même, si nous rencontrons une connaissance
perdue de vue depuis un certains temps, nous ne pouvons nous apercevoir qu’elle
a changé seulement s’il y a quelque chose en elle qui n’a pas changé ;
sinon, nous ne l’aurions même pas reconnue, ou bien ce ne serait plus elle…
Certains se demandent « Qu’est-ce que le
temps ? » ou bien « A quoi sert de vieillir ? ».
Et si les réponses n’étaient pas plus compliquées que
cela : le temps, c’est le changement, car seul le changement nous permets de
constater que le temps passe ; et vieillir, ça permet de changer, de grandir,
de mûrir… Si le temps ne passait pas, nous serions restés l’enfant capricieux
que nous étions il y a des années, nous ne pourrions jamais réaliser nos rêves,
guérir de nos blessures, les oublier, voire pardonner à ceux qui nous les ont
faites…
Vous l’aurez compris, vieillir sert à effacer les mauvais
moments de la vie, mais pas seulement ; cela nous sert également (et
surtout – selon que l’on soit optimiste ou pessimiste) à s’élargir l’esprit de
part l’expérience que l’on acquiert, et réaliser les objectifs que nous nous
sommes fixés.
Mais alors, Que se passe-t-il lorsque nous avons atteint
(tous) les objectifs que nous nous étions fixés ? Je vais certainement
en choquer quelques uns en disant cela, mais lorsque nous avons atteint nos
objectifs, nous pouvons mourir… Mourir l’esprit tranquille.
Je conçois que cela puisse paraître surprenant, mais
certaines personnes âgées ou malades ne décident-elles pas elles-mêmes de leur
dernière heure ?
Cependant, je ne suis pas de ceux qui trouvent toujours un
sens à la mort, car il y a aussi des personnes qui meurent sans l’avoir décidé
(non pas que certaines le décident – en dehors des suicidaires, mais dans le
sens où elles meurent subitement, sans pouvoir réaliser ce qui leur arrive et
donc faire le point sur leur vie : quelqu’un qui meurt dans un accident
par exemple). Dans ces cas, malheureusement, nous ne pouvons que nous dire que
cela fait partie de la vie, de ses changements (de ceux qui nous font mieux
apprécier les bons moments) ; et le temps qui passe nous servira à guérir nos
blessures, faire notre deuil et donc recommencer à vivre
« normalement » afin de tenter nous-mêmes de pouvoir partir l’esprit
tranquille.
Il est vrai qu’il n’est pas très réconfortant d’entendre ce genre de théorie sur la mort, et peut-être atteignons-nous ici la limite de la philosophie : les religions ont un côté bien plus rassurant, mais cela, c’est un autre sujet (je tiens d’ailleurs à préciser que les thèmes du temps et de la mort n’étaient là que pour appuyer celui du changement, et devraient faire – feront, peut-être ? – l’objet d’une chronique à eux seuls).
10 juillet 2006
Qu’est-ce que la philosophie ?
J’ai toujours eu un faible pour la philosophie. Mais entre la «
facilité » que j’avais à lire les œuvres philosophiques, et les notes
calamiteuses que je pouvais récupérer lorsque j’étais au lycée, on ne
peut pas dire que cela a pu se transformer en réelle passion.
Je trouve cela dommage d’ailleurs, car philosopher, c’est avant tout
s’ouvrir au Monde et aux pensées autres que les nôtres, sur des sujets
aussi divers et variés que l’humanisme, la politique, l’économie, la
religion, la psychanalyse… Mais aussi la philosophie en elle-même.
Aussi, je me suis dit qu’il ne serait peut-être pas inintéressant de
parler un peu de philosophie, sans - bien entendu, entrer dans des
longs sujets autant abstraits qu’ennuyeux, mais plutôt en discutant sur
des sujets simples, accessibles à tous, et qui pourtant sont (ou
pourraient être) sources de grands débats philosophiques…
Paradoxalement, je vais commencer aujourd’hui avec un sujet des plus
difficiles de la philosophie – en ce sens que les philosophes
n’arrivent pas à se mettre d’accord dessus. Cependant, il est, selon
moi, la base de tout : si la définition de la philosophie d’un auteur
ne vous accroche pas, vous pouvez tout de suite arrêter de le lire,
parce que c’est son œuvre entière que vous n’accrocherez pas… Je pense
donc qu’il est important de commencer par cette question : Qu’est-ce
que la philosophie ?
La philosophie est pour moi une science. Comme toute science, elle a un
domaine d’étude – la pensée, et est à la recherche de quelque chose.
C’est sur l’objet de cette quête que les opinions des philosophes
divergent : certains affirment que la philosophie est à la recherche de
la sagesse, d’une morale, d’autres disent de la vérité, du sens de la
vie ou bien d’autres encore du salut (sérénité face au concept de la
mort, dont seul les êtres humains ont consciences).
Pour moi, sans pour autant entrer en contradiction avec ce qui a été
énoncé, c’est bien plus simple : la philosophie est à la recherche du
bonheur, du bien-être général comme de tout un chacun. En étudiant les
diverses pensées (du présent comme du passé), la philosophie essaye
tout simplement de trouver un moyen de nous faire vivre, de nous faire
profiter de notre vie, parce qu’on en a qu’une…
C’est en ce sens que j’aime la philosophie, et que je pense qu’elle est
très importante : à l’heure où tout se dirige vers les profits
immédiats, vers un certain « individualisme », la philosophie nous
apprend comment détourner les yeux de ce qui nous paraît important afin
de regarder au plus profond de nous ce qui est vraiment essentiel.
Certes, la société actuelle - avec cet individualisme, cette manière de
vivre au jour le jour de plus en plus matérialiste, c’est la
philosophie qui en est principalement la cause : à force de nous
conseiller de ne plus regarder ni vers le futur, ni vers le passé, mais
de profiter de l’instant présent, les philosophes ont amené ce courant
de pensée d’après-guerre qui tend à penser de manière égoïste, à ne
regarder que son bonheur, que son intérêt. Mais, est-ce un mal en soit
? Ce sont également les philosophes (j’entends par « philosophes » non
pas uniquement ceux qui ont pu écrire des livres, mais aussi tous ceux
qui ont réfléchi et pensé à une Morale, et donc contribué à faire
avancer la Pensée) qui ont amené la société telle que nous la
connaissons aujourd’hui, c’est la philosophie qui est à la base - par
exemple, des idées humanitaires qui ont donné naissance à la
déclaration des droits de l’Homme. Nous nous pensons malheureux dans la
société actuelle ? Mais qui serait prêt à retourner vivre comme au
début du siècle, avec tout ce que cela impliquerait ? Qui voudrait
revenir au temps de la guerre quotidienne, aux inégalités, aux
intolérances comme elles étaient - bien pires que ce qu’elles sont
aujourd’hui ?
Je suis d’accord que la société actuelle n’est pas parfaite (et je vous
dirais franchement : tant mieux !), mais c’est aussi pour cela que la
philosophie continue d’exister, de chercher… Sinon, elle serait resté «
bloquée » aux dernières déclarations de Freud, Marx, ou Nietzsche (entre
autres) : la philosophie est en quête du bonheur, et elle a largement
contribué à rendre la société meilleure au fil des siècles, mais elle
n’a pas encore totalement atteint son objectif ; elle ne l’atteindra
jamais si vous voulez mon opinion, car chaque pas en avant, chaque
avantage apporte son lot d’inconvénients – même s’ils restent moindres,
qu’il faut tenter de supprimer, encore et toujours (l’être humain
n’est-il pas, après tout, un grand insatisfait ?).
C’est pourquoi j’estime que la philosophie n’est pas à la recherche
d’un objectif « fini », mais est simplement en quête d’une vie
meilleure, et chaque auteur a tenté (et tente toujours) de faire de son
mieux, chacun en son temps.
C’est pourquoi j’estime également que nous devrions prendre exemple sur elle et
tenter de vivre nos vies du mieux que nous le pouvons, non pas en
mettant de côtés les espoirs et les souvenirs (ils ont leur
importance), mais en faisant en sorte qu’au crépuscule de notre vie,
nous puissions regarder en arrière et être satisfaits, fiers de nous,
en un mot : pouvoir se regarder dans une glace. Il est bien entendu que
cela comprend une part d’humanisme, mais aussi une part
d’individualisme (peut-être pas dans le sens égoïste, mais plutôt dans
le sens du cadre familial et proche) – afin de pouvoir profiter et se
faire plaisir. Mais ça, c’est un autre sujet.
Vos commentaires, opinions voire suggestions seront les bienvenus.