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06 novembre 2006

Gygès, ou le mythe du seigneur des anneaux

Gygès était un berger. Un jour d’orage, il vit la terre s’ouvrir devant lui. En entrant dans la crevasse ainsi créée, il découvre un cadavre muni d’un anneau. Gygès s’empare de l’anneau et remonte à la surface.
Plus tard, alors qu’il se trouve au milieu d’une assemblée, il se rend compte qu’en tournant la bague autour de son doigt, il devient invisible. Exalté par ce pouvoir, il en profite pour tuer le roi afin de prendre sa place et coucher avec la reine.
Son don lui assurant l’impunité, Gygès deviendra un criminel.

Cette histoire ne serait pas sans rappeler un célèbre livre écrit par John Ronald Reuel Tolkien ; pourtant, le mythe de Gygès a été écrit par Platon dans son livre II de La République au IVe siècle avant Jésus Christ ! Fidèle à ses habitudes, Platon ne rédige pas cette anecdote en son nom propre, mais la fait raconter par Glaucon, qui espère ainsi montrer que l’Homme n’est pas naturellement juste.
C’est amusant parce que ce débat date d’au moins vingt-cinq siècles, et il pourrait toujours être d’actualité aujourd’hui …
En fait – et pour tout dire, je serais sur ce point plutôt d’accord avec lui, car si l’Homme était naturellement bon, toutes les horreurs qui ont ponctué notre Histoire et qui continue d’entacher notre actualité quotidienne n’existeraient pas.
Je pense en effet que si l’être humain se comporte de manière correcte la plupart du temps, c’est essentiellement par crainte du châtiment. Un exemple (beaucoup plus contemporain) pourrait venir appuyer ma thèse : celui du téléchargement sur internet.
On pourrait être amené à croire qu’un personne qui n’a jamais rien volé de sa vie est de nature bonne ; mais cette même personne n’a-t-elle jamais télécharger illégalement sur internet (à condition, bien entendu, qu’elle en ait eu l’occasion) ? Je pense que très peu de personnes auxquelles je poserais la question ne pourrait me répondre par la négative (moi le premier). Ceci montre bien que si ces personnes n’ont jamais causé directement de tort à d’autres personnes, elles sont tout à fait capables de le faire de manière indirecte, parce qu’elles ont beaucoup plus de cran lorsqu’il y a moins de risque, ou parce qu’elles n’ont pas l’impression que ce qu’elles font est immoral…
Ainsi, pour moi, l’Homme ne peut être naturellement juste.
Notez que je parle ici de la nature de l’Homme au sens général, et ne remets nullement en cause qu’il existe des personnes dévouées au bien qui seraient véritablement dignes du mot « bon ».

Vos opinions seront - comme toujours, les bienvenues.

Posté par Bastogi à 07:32 - Réflexions philosophiques - Commentaires [6] - Permalien [#]

Commentaires

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    Nice!I learn a little bit more every week about what being a SAHD means.

    Posté par supra shoes, 15 janvier 2011 à 04:50
  • Philosophie

    Bonsoir,
    même après 5 ans, ce post est toujours d'actualité.
    Replaçons-nous dans ce contexte platonicien où il est question de la justice. Glaucon soutient que l'homme est juste car impuissant à assouvir ses désirs et par peur des conséquences de l'injustice (le châtiment donc). [Il serait anachronique de parler de "naturellement bon" (Rousseau arrive bien plus tard =))]
    Glaucon incarne l'opinion comme majorité. Encore aujourd'hui, nous sommes tentés de donner raison à Glaucon.
    Ce sophiste nous dit que la nature foncière de l'homme, c'est la démesure: insatisfaction perpétuelle et désir d'avoir toujours plus. De plus, la justice est perçue comme "une règle du jeu", une instance pour maintenir la paix, pour régler les rapports entre individus.
    Notre but: assouvir nos désirs toujours grandissants, comparativement aux autres, dans une logique de domination. Alors, la loi apparaît comme obstacle à cette démesure et non pas comme quelque chose d'absolu qui serait l'accomplissement même de l'existence.
    Où se trouve la valeur morale?
    L'essentiel de la valeur morale tient dans l'intention avec laquelle on accomplit une action, dans l'intériorité de l'homme. L'invisibilité permet d'observer l'inobservable: l'intention.
    L'invisibilité nous rappelle aussi une chose importante: c'est le regard d'autrui qui nous bride, qui est une pression pour "bien agir".
    Revenons au mythe, fort d'une symbolique riche de sens.
    Gygès est un berger, le guide d'un troupeau, par extension dans le domaine politique (nous sommes dans la République de Platon): le souverain.
    Le mouvement est celui d'une descente: l'immoralisme est un mouvement descendant, vers le monde des morts (contrairement à la dynamique ascendante, "positive", qu'on trouve dans l'allégorie de la caverne par exemple)
    D'ailleurs, remarquons que la faute inaugurale du berger est bien la profanation. Elle se fait dans une première invisibilité: il est seul dans la sépulture, agit en toute impunité. Faire le premier pas vers l'injustice, c'est ôter la dimension sacrée de la justice, le sacré de la notion de valeur.
    Alors arrivent les dérives: débauche, crime. L'ultime moment, l'idéal de l'injustice évidemment: pouvoir agir injustement sous le regard des autres, en pleine lumière ! Gygès y parvient: il devient roi (du moins tyran XD).
    Quitte à utiliser le précieux, autant y aller jusqu'au bout ! L'habitude que Gygès avait d'être un gars juste, il la tenait de la pression du regard des autres. Invisible, l'habitude se perd.
    Des questions:
    Notre conscience, notre bon vieux Gimminy Cricket ne serait que le relais de ce gendarme extérieur qu'est la société?
    Sommes-nous toujours porter à désirer plus?
    La loi n'est-elle qu'un obstacle auquel on obéirait seulement par calcul, dans notre intérêt?
    MAIS, le mythe a un point faible grave: avez-vous lu quelque part que Gygès se tiraillait pour savoir ce qu'il devait faire?
    Tout se passe comme si l'enchaînement depuis la découverte de l'anneau jusqu'à l'accession au trône était inexorable, mécanique.
    Mais la notion qui est bel et bien occultée ici, c'est la notion de délibération, de choix, de LIBERTE.
    Gygès ne penserait pas, serait soumis au mécanisme de ses passions, un bon petit robot.
    La justice est affaire de jugement, délibérer est à la portée de l'homme, et c'est bien sur ça que repose la possibilité de suivre ou non une exigence de justice !
    Ainsi la morale est empreinte de liberté et la liberté nécessaire pour penser la morale: circularité à l'image de cet anneau =)
    En clair, Gygès, c'est une pauvre victime: Glaucon ne lui a pas donné l'occasion de décider.
    Le présent de vérité générale que j'ai utilisé tout le long de cette interprétation (encore embryonnaire j'en conviens!) ne se veut en rien dogmatique. Au contraire, il se veut stimulant et fait juste état de ma réflexion sur ce mythe très dense.
    Je ne prétends pas donner de leçons ni de réponses: je me contente de lancer des passerelles et de conceptualiser la chose.
    Pour poursuivre, une possibilité parmi d'autre: Bergson: les deux sources de la morale et de la religion, pour essayer de mettre en lumière la question: la morale, construction sociale ou élan intérieur? (je n'aime pas la binarité, creusons, creusons !!)

    Posté par CJ, 12 février 2011 à 00:41
  • Rien à voir !
    Sur le blog " le cri du peuple" tu m'as fait une réflexion (02/11) qui manque de bon sens . Je ne suis pas contre la construction d'édifices religieux financés par l'état , bien que tout le monde crie haut et très fort qu'il y a séparation entre les deux . Par contre , peux-tu me dire si tu connais des églises ou des temples construits ces derniers temps ?
    Moi , non , l'argent va tout droit au construction des mosquées si bien que pour rénover des églises (ici , chez moi) on doit faire appel aux dons privés ou faire des tombolas ou encore des kermesses pour les financer !
    Et, ça , çà te parait tout à fait normal ???
    Moi , non , pour tous ou pour personne pas de chouchous !
    Tu peux effacer ce que j'ai écrit , je l'ai fait là parce que depuis une semaine je n'arrive pas à te répondre sur le blog en question et je ne suis pas du genre à hurler avec les loups ou suivre bêtement comme les moutons de Panurge .
    Réfléchis bien !

    Posté par khate, 08 novembre 2006 à 04:40
  • >> Khate : Ma réponse sur le blog du Cri du peuple ne te visait pas spécialement, je ne faisais qu’écrire ce que je pensais…
    Si l’Etat a tendance à favoriser la construction de mosquées, c’est peut-être parce que dans un pays qui se veut laïque, la religion musulmane a du retard à rattraper sur la catholique, qui est resté durant de nombreux siècles soudée au pays.
    Cependant, je suis tout à fait d’accord sur le fait qu’il est injuste que le financement de l’Etat ne s’applique qu’aux mosquées et que si Nicolas Sarkozy a récemment proposé cela, ce n’était que dans le but de s’attirer la sympathie des musulmans à la veille des élections présidentielles…

    Posté par Bastogi, 09 novembre 2006 à 20:27
  • à Philosophie - Précisions

    Il faut commencer par lire La République en entier. D'abord, Glaucon n'est pas un sophiste, mais bien un disciple de Socrate qui idéalise, avec Gygès, la position du sophiste Thrasymaque. Mais plus important, la notion de lutte intérieure que vous soulevez est au coeur même de la République(IV, VIII, IX). Platon introduit sa division tripartite de l'âme justement pour rendre compte de ce genre de conflit. Le processus délibératif est, chez Platon de l'ordre de la raison et le regard d'autrui, de l'ordre du Thumos. Il faut également faire attention au concept de liberté comme on le conçoit aujourd'hui. Celui-ci ne se retrouve pas chez Platon.

    Posté par JTM, 15 mai 2011 à 20:13
  • alors!

    sinon il est bon d'en parler souvent car ya d'autre qui ignorent totalement la vérité.

    Posté par blason97, 28 février 2012 à 23:10

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