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25 octobre 2007

Pourquoi je suis moyennement démocrate – Vladimir Volkoff (Editions du rocher)

scan0002Réfutant la pensée unique et le politiquement correct, Vladimir Volkoff était un essayiste et romancier assez controversé et polémique : il n’hésitait pas à remettre en cause l’idéal démocratique et à mettre en avant ce qu’il appelait la désinformation. Aussi, lorsque l’on me proposa la lecture de ce livre, mon côté rebelle et ma curiosité de connaître les arguments que pourraient avancer ce genre de personnage prirent-ils le dessus…

Facile à lire avec sa centaine de pages divisée en vingt-et-un chapitres, ce livre m’a plutôt surpris quant à son contenu. En effet, extrémistes de tous poils, ne vous attendez pas à trouver ici une quelconque éloge du totalitarisme ou une apologie des grands dictateurs, bien au contraire : l’auteur incite plutôt à se pencher sur les défaut de notre système afin de tendre à en corriger les erreurs et – pourquoi pas, même s’il est vrai que l’on ressent chez lui un certain goût de l’aristocratie (qu’il préfère largement à la démocratie), à le rendre plus « vivable ». Ainsi en arrive-t-il même à nous affirmer qu’en Suisse, il aurait pu être « passionnément » démocrate.
M. Volkoff nous expose un par un de manière assez simple et explicite (à tel point que l’on aurait parfois préféré qu’il étaye un peu ses positions) les raisons pour lesquelles il est « moyennement » démocrate : il doute que les personnes politiques capables de solliciter au mieux les suffrages soient également les meilleures capables de gouverner, d’autant plus qu’elles favoriseront les personnes qui ont voté pour elles en ignorant catégoriquement les autres (il rappelle qu’une victoire à la majorité de 50% plus une voix est fondamentalement différente d’une décision prise en consensus par l’ensemble de la population) ; parce qu’il a l’impression qu’un véritable complot (entre autres à travers les multiples médias) contre tout ce qui n’est pas démocratique est existant (donc – contradictoirement, directement opposé à la liberté d’expression), sous couvert du politiquement correct qui étouffe les débats et sous prétexte que la démocratie est le meilleur régime indiscutable de gouvernance ; parce que la démocratie part soit du principe que le peuple veut forcément le Bien, soit que ce qu’il veut est forcément bien (on comprend aisément ses réticences à ce sujet-là, notamment au niveau de la nation) ; parce que sous le masque de la volonté du bien général, elle a souvent abouti au totalitarisme ; parce qu’elle préfère la suprématie du nombre (une personne = un vote = une voix) à celui du mérite ; parce qu’il ne croit guère au principe de l’égalité absolu et à la Déclaration universelle des droits de l’homme ; parce que la démocratie est contre-nature ; parce qu’il estime que, de toute manière, la démocratie n’a jamais vraiment marché (et ne le pourra jamais) ; parce qu’il aimerait que l’on nous laisse le choix avec d’autres types de gouvernance et parce que la démocratie en arrive parfois à bafouer ses propres principes (prenant par exemple les Etats-Unis qui forcent d’autres pays à l’adopter, ou d’autres pays occidentaux cherchant à imposer la liberté à des pays qui ne l’avaient pas forcément demandé etc.).
Il est bien entendu que si l’on ne peut qu’être d’accord avec certaines de ses oppositions, d’autres sont – à mon appréciation, beaucoup plus discutables. Ainsi me suis-je demandé si j’avais bien lu lorsque j’ai vu (sur le principe d’égalité) que « On ne peut que se réjouir de la disparition progressive d’une certaine misère, mais faut-il se féliciter du même coup de l’appauvrissement des classes fortunées qui, dans le temps, avaient le loisir et les moyens de favoriser les arts, de l’ébénisterie à l’opéra ? […] Nous avons plus de bacheliers et d’avantage d’illettrés ; moins de pauvres et plus de chômeurs […] On ne voit pas ce qu’il peut y avoir de sain dans cette évolution ».

Le dernier chapitre, dans lequel l’auteur est censé nous dire quels changements pourraient le faire changer d’avis n’est en fait qu’une justification de l’aristocratie (sans qu’il ne la nomme expressément) puisque – entre autres, il finit son essai en affirmant qu’il doute de plus en plus des bienfaits des urnes (principe fondamental de la démocratie) sur notre système politique (par opposition à des décision prises par une certaine élite dont je pense qu’il estimait faire partie).
Cependant, pour pouvoir connaître et débattre de ce qu’il propose, il faudra vous procurer un autre essai, à savoir Pourquoi je serais plutôt aristocrate. En tout cas, pour ma part, je suis d’accord que la démocratie est loin d’être parfaite, mais je reste intimement persuadé qu’elle n’est pas forcément le pire système qui nous convienne à l’heure actuelle. Car lorsque j’entend certaines personnes (après une analyse certes pertinente) nous avancer que la démocratie est corrompue, et que je me rends compte que c’est surtout l’usage que l’on en fait (donc plutôt le cœur des hommes) qui est corrompu, je me demande si le fait de laisser mon avenir en décision à une certaine élite serait meilleur pour mes intérêts : ces personnes-là sont-elles réellement supérieures à nous du point de vue de la nature humaine, ou bien finiraient-elles - elles aussi, par ne regarder plus que leurs intérêts avant tout ?

Le débat est lancé…

Posté par Bastogi à 20:40 - Bibliothèque - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Le démocratie...

Si nous revenons au principe antique de la démocratie dans la Cité Grecque, nous pouvons être démocrate. C'est par exemple le cas le la Confédération Helvétique, qui, l'esclavage en moins, possède la forme de démocratie la plus proche de celle de la grèce antique. L'agora est remplacée par les urnes, mais, l'usage régulier de la votation au niveau national, au niveau provincial et même au niveau local donne à ce vieux pays qu'est la Suisse un régime, si ce n'est parfait, au moins proche des réalités qutodiennes du citoyen. Savez-vous qu'en suisse, dans certains cantons, avant qu'un etranger puisse s'installer dans une commune, l'on procède à un referundum? Impensable en France alors que notre pays se targue d'être le phare de la démocratie.
Si la démocratie, c'est reconnaitre les réalités charnelles de notre nation alors, je serai le premier démocrate. Democratie directe au niveau local, représentative des familles et des metiers au niveau provincial et représentatives des provinces au niveau national... j'applaudie des deux mains.
Notre démocratie démagogique basée sur l'idéologie betement égalitaire et libertaire dans une société où personne n'est l'égal de son voisin et dans laquelle la liberté n'est qu'une chimère pour la simple bonne raison que les homo sapiens sapiens que nous sommes ne pourraient être vraiment libre que débarrassé du lien social et nu dans la nature, est une absurdité. Nous croyons être maitre de notre destin parceque nous allons aux urnes tous les 5 ans, mais qui gouverne réellementla France? Les représentants de la nation qui ne représentent qu'eux même puisque le suffrage majoritaire à deux tours élimine de facto 80% du corps electoral? Non!
La république française possède une triple gouvenance complice. D'abord, les idéologues moralistes et donneurs de leçon qui parasytent nos media de leur propagande droit-de-l'hommico-socialo-démocrate qui nous dictent notre manière de penser, ensuite, la finance internationale, qui, par l'intermédiaire de l'omniprésence publicitaire et la dérégularisation volontaire des marchés nous dicte notre manière de travailler et de consommer, et enfin, les institutions internationales au premier rang desquelles se trouve la technocratique union européènne qui nous dicte notre manière de vivre.

A l'instard de Vladimir Volkoff, je ne suis que très-très-très moyennement démocrate.... doux euphémisme!

Posté par Le Téméraire, 26 octobre 2007 à 13:08

J'ai lu ce bouquin qui est très intéressant...
A mon sens la démocratie est un système pervers par essence, étant donné que la loi de la majorité est stupide. Mais enfin, on n'a pas mieux en théorie! Ceci dit, le meilleur système selon moi serait une dictature éclairée. Problème : pourrait-on la remetre en cause? C'est toute l'ambiguité. En même temps, la démocratie non plus ne peut être remise en cause.

Posté par le chafouin, 26 octobre 2007 à 14:06

>> Chafouin : Dans l’absolu je suis d’accord avec toi. Bien sûr qu’il vaut mieux une personne à la tête d’un pays qui sache prendre les bonnes décisions pour le bien commun, plutôt qu’une bande de démagos qui ne sache rien faire d’autre que du populisme pour se faire élire et qui recule devant la pression à chaque mesure (pourtant nécessaire) qui change les habitudes et les acquis de certains… Dans l’absolu.
Mais dans l’absolu, je serais aussi un communiste convaincu : n’est-ce pas le meilleur système économique que les êtres humains n’ont jamais inventé ?
Malheureusement, l’absolu (et les théories) ne prend pas en compte un facteur important : celui de la nature humaine, et l’on a bien vu hélas où ont mené tous les régimes communistes qui ont été mis en place. Mais peut-être suis-je un peu trop méfiant sur ce sujet-là.

Posté par Bastogi, 29 octobre 2007 à 19:25

Bastogi, tu es sûr que tu reçois encore les mails Kiwis ? On t'entend plus !

Posté par Toreador, 30 octobre 2007 à 18:46

Pas tous hélas depuis que Hotmail est devenu « Live » (merci Microsoft), mais oui oui, je reçois encore une grande majorité de vos mails. Je suis navré pour le silence radio de ces dernières semaines, mais je n’ai pas eu beaucoup de temps pour moi ces derniers temps, cela a d’ailleurs dû se ressentir par mon absence sur la blogosphère, y compris sur mon propre blog… Encore une fois, je suis désolé.
Cela devrait rentrer dans l’ordre à partir de cette fin de semaine/début de semaine prochaine, où je n’aurais peut-être toujours pas beaucoup le temps d’écrire, mais où je pourrais au moins prendre le temps de répondre à vos mails et différentes chroniques ;-)
En attendant, j’ai rajouté le blog de M. Pingouin dans la liste de Kiwis et me réjouis de son arrivée (je n’ai pu lire le mail qu’après son acceptation).

Posté par Bastogi, 30 octobre 2007 à 19:27

bonne fille

Salut mon ami!
Certains de ces propos m'attristent (beaucoup) et me révoltent (un peu)
c'est vrai, la démocratie, bonne fille, accepte (a-t-elle le choix d'ailleurs ???) qu'on soit "moyennement démocrate".
La dictature, à l'inverse n'a pas de tels états d'âme! T'es pour ou t'es contre, enfin t'es pour ou tu disparaîs!!!
Mon cher Bastogi, je voudrais seulement te dire que pour moi, la liberté, l'égalité, la fraternité ne sont pas des états accomplis, des situations établies, mais "seulement" des idéaux, des références, avec lesquelles on ne transige pas!!!
Si on est "moyennement" démocrate, on est "moyennement" fasciste, c'est-à-dire totalement fasciste!!! CQFD
amitiés, à+

Posté par arlequin, 23 novembre 2007 à 09:23

Re : bonne fille

>> Arlequin : Je suis tout à fait d’accord avec toi sur le principe de la liberté d’expression : le fait que des livres tels que celui-ci (qui n’est certainement pas le pire au niveau de la remise en cause de notre régime) – bien qu’ils aient du mal à se faire connaître par le biais des médias (qui réfutent le non politiquement correct, mais ceci est un autre débat) ; prouve que nous ne sommes pas (encore) dans un régime totalitaire…
Attention cependant à ne pas trop rapidement confondre République et démocratie : la démocratie est un mode de scrutin selon lequel chacun d’entre nous – sous certaines conditions (âge, nationalité française etc.), peut voter, et chaque voix se vaut. Remettre en question ce mode de scrutin (ce que fait Vladimir Volkoff dans ce livre) n’équivaut pas forcément à développer des idées fascistes, sinon l’UMP (et le PS) qui a demandé à faire accepter le mini traité européen sans passer par le suffrage universel (qui a en avait pourtant refuser une certaine forme il y a deux) ans serait – en quelque sorte, fasciste !
A ce sujet, j’ai un exemple à donner : qui n’a jamais sourit lorsque les guignols – en parlant de Steevy, disaient : « le pire, c’est que sa voix vaut autant que la mienne », en se disant que ce n’était pas totalement faux ? Et bien, ce genre de réflexion est purement anti-démocratique. Pourtant, je ne pense pas que l’on puisse pour autant parler de fascisme…

Posté par Bastogi, 25 novembre 2007 à 10:47

oui ce régime démocratique - indépassable, comme le dit Marcel Gauchet - peut donner lieu à bien des interprétations et aussi à toutes les dérives... et la seule prévention contre ces dévoiements toujours possibles, est de poursuivre le débat!
alors bravo pour le dialogue,
et bon dimanche!

Posté par arlequin, 25 novembre 2007 à 11:39

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